XV --r^rf*^" -■'w'jC' Xli^ r»-Jt"*f^^' y ,/ ■-yvc-.r U- ta/,/.-au J.^ A . KMfl-U , 18» fi . Imp Ch . Dulàtrc ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR ■ ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR (JOURNAL DE MICROBIOLOGIE) PUBLIÉES SOUS LE PATRONAGE DE M. PASTEUR PAR E. DUGLAUX MEMBRE DE l'INSTITUT PROFESSEUR A LA SORBONNE Et un Comité de rédaction composé de MM, CHAMBERL5ND. rh-f ^e service à l'Institut Pasteur, Dr GRANCHER, professeur à la Faculté de médecine. METCHNIKOFF, chef de service à l'Institut Pasteur. NOCARD, professeur à l'École vétérinaire d'AIfort. D"" ROUX, chef de service à l'Institut Pasteur. Dr STRAUS, professeur à la Faculté de médecine. TOME NEUVIEME 1895 AVEC HUIT PLANCHES PARIS G. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN EN FACE DE l'ÉCOLE DE MÉDECINE gme ANNEE JANVIER 1895 N» 1. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SIR LA DÉSI\FECIiO^^ DES MATIÈRES FÉCALES ]%OR]MA.l^ES EX I*/VXHO LOGIQUES ÉTUDE DE LA VALEUR COMPARÉE DES DIVERS DÉSINFECTANTS CHIMIQUES ACTUEL^ Par m. II. VINCENT vS^V Médecin-major (1(3 deuxième classe. {Laboratoire de Bactériologie de VHnpital mililaire du Dey, à Alger.) I Les progrès de l'Epidémiologie, secondée par les recherches de laboratoire, ont montré que bon nombre de maladies infec- tieuses redoutables : fièvre typhoïde, choléra, dysenterie, etc., se propagent par l'intermédiaire des matières fécales. Transmises par contact direct ou par contagion médiate, desséchées et mélangées aux poussières respirables, infiltrées dans le sol, dans la nappe aquifère ou dans les conduites d'eau, ces matières fécales trouvent ainsi autant de conditions propices qui leur permettent d'apporter, de propager et de perpétuer la maladie originelle. C'est donc un point d'une haute importance pratique que de connaître les moyens les mieux appropriés à leur désin- fection efficace, facile et rapide. Bien qu'un certain nombre àh rechercnes aient été publiées sur ce sujet, la science ne possède que des documents assez contradictoires. Frankland, Lasgoutte, Descous, ont recom- mandé le sulfate de fer. Pour Uffelmann, Drossbach, les meil- 1 2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. leurs désinfectants des liquides de vidange sont les acides minéraux. D'autres (Liborius, Pfubl, Richard et Chantemesse) préfèrent le lait de chaux. Baxter, Borchoiï adoptent l'acide phénique; Fraenkel, Esmarch, Dclplanque, Gautrelet, Remou- champs etSugg-,Ger]acl], Ileyden préconisent l'un des dérivés de la houille tels que le lysol, le solvéol, le solutol. Et je ne cite pas ici tous les agents, tour à tour prônés et délaissés, qui encombrent aujourd'hui l'arsenal des désinfectants. Nous avons essayé de reprendre celte étude de la désinfection des matières fécales normales et pathologiques en nous aidant principalement du contrôle bactériologique. Seul, en effet, ce dernier peut permettre d'établir, sur des données rigoureuses, la valeur comparée des divers agents parasiticides. Les tenta- tives déjà faites, par divers hygiénistes, pour vérifier, par les cultures, le pouvoir antiseptique des désinfectants usuels n'échappent pas, en général, à un certain nombre d'objections ou de reproches, dont le plus grave découle de la technique expérimentale même qui a été employée. Le plus souvent, on s'est contenté, après avoir additionné les matières d'une quan- tité déterminée du désinfectant, de les ensemencer directement dans les milieux nutritifs. On introduit ainsi, dans ces derniers, en même temps que les germes des matières fécales soumises à la désinfection, une petite quantité de la substance antiseptique. Il se peut, dès lors, que les cultures révélatrices demeurent infécondes, alors que la semence n'est pas morte : il suffit qu'elle soit immobilisée par la faible dose d'antiseptique qui l'a accompagnée dans le nouveau milieu de culture. II MÉTHODE DE RECHERCHE EMPLOYÉE Il n'était pas facile d'étudier l'action des désinfectants sur les matières fécales solides. La plupart des agents antiseptiques ne pénètrent pas très loin dans leur profondeur. Souvent, même, ils les coagulent à la surface et respectent les parties centrales, avec les germes qui s'y trouvent. Nous avons pratiqué les expériences de désinfection sur des matières fécales fluides ou délayées dans l'urine. N'est-ce pas sous cette forme, d'ailleurs, qu'elles se présentent le plus fréquemment dans les cas où la DESINFECTION DES MATIERES FECALES. 3 désinfection est le plus nécessaire? Les selles morbides, susceptibles de renfermer des microbes pathogènes tels que les bacilles de la fièvre typhoïde, du choléra, les microbes de la diarrhée verte, l'ag'ent encore mal connu de la dysenterie, etc., offrent précisément ce caractère commua d'être à peu près fluides, souvent, même, très séreuses. D'un autre côté, le cou- tenu des fosses d'aisance présente la même consistance. Autant donc pour reproduire avec exactitude les conditions naturelles do la désinfection que pour faciliter la technique des expériences, on a opéré : 1° Sur des selles normales récentes, et délayées dans l'urine jusqu'à consistance semi-iiquide ; 2') Sur les mômes selles anciennes et putréfiées, additionnées, dans certains cas, d'eau résultant de la lévigation d'une terre de jardin, afin d'accroître les difficultés de la désinfection; 3" Sur des selles de lyphoïdiques fraîches ou anciennes, addi- tionnées, pour plus de sûreté, de cultures du bacille d'Eberth; 4° Sur des selles diarrhéiques auxquelles on a ajouté un dixième, en volume, d'une culture en bouillon d'un bacille du choléra d'origine indienne et très vivace. Pour l'étude de l'action comparée des divers désinfectants, voici comment il a été procédé. On prend un certain nombre de verres à expériences et l'on verse, dans chacun d'eux, 100 ce. de matières fécales. Ces matières sont ensuite additionnées de proportions variées d'an- tiseptiques, telles qu'elles correspondent à des doses progressi- vement croissantes de ceux-ci : 1, 2, 5, 10 g-rammes, etc., pour 100 c. c. d'excréments, ou bien 1, 2, 5, 10 kilog-rammes, etc., pour 1 mètre cube de ces derniers. Les désinfectants salins ont été employés à l'état de solution concentrée et titrée, afin de permettre à leur action de s'exercer immédiatement. Le mélang-e était soigneusement agité, puis abandonné au repos, à la température ambiante (celle-ci a toujours été notée), mais à Tabri du soleil, des poussières et de la pluie. Après un certain nombre d'heures ou de jours, on a prélevé, à l'aide de pipettes stérilisées et dont la g-outte était exactement jaugée, des parcelles de matières ainsi traitées, tantôt après avoir de nouveau ag-ité le môlang-e. tantôt dans.la masse laissée au repos, mais comparativement dans la profondeur et près de 4 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. la surface, aGii qu'aucun germe ne pûl échapper à l'ensemen- cement. Chaque pipette étant jaugée à l'avance, il était facile^ après avoir dénombré les colonies développées dans les cultures sur gélatine, de faire, en même temps que l'analyse qualitative des g-ermes, la détermination quantitative de ceux-ci. Mais avant de faire l'ensemencement des selles, on a pris soin de neutraliser, toutes les fois qu'il a été possible, l'anti- septique qu'elles contenaient, àl'aide d'un réactif chimique appro- prié, délayé lui-même dans du bouillon : acide acétique à 1/200, pour les bases alcalines (soude, potasse); courant de CQ- ou acide sulfurique à 1 0/00, pour la chaux. Dans certains cas, on a employé, concurremment avec les désinfectants salins, des acides minéraux : ceux-ci ont été saturés à l'aide de l'eau de chaux ou de l'ammoniaque diluée *. Enfin, pour certains désin- fectants tels que le bichlorure de mercure, et aussi pour d'autres substances telles que le sulfate de cuivre, le sulfate de fer, je me suis inspiré de la méthode qui a donné à J. Geppertdes résultats si remarquables-. Avant d'en faire la culture, la parcelle dosée de matières fécales était délayée dans du bouillon contenant une petite quantité de sulfhydrate d'ammoniaque qui forme, avec les bases de ces sels, des sulfures insolubles. Pour quelques antiseptiques tels que les dérivés aromatiques de la houille (crésyl, lysol, etc.), on ne pouvait évidemment effectuer la neutralisation avec le même succès. On a obvié à cet inconvénient inévitable en diluant la goutte de matières fécales à ensemencer d'abord dans 1 c. c. de bouillon, puis dans une grande quantité de g'élatine nutritive (20 c. c), telle que le désin- fectant fut porté à un degré de dilution incapable de nuire au développement des microbes. La gélatine était ensuite répartie dans plusieurs boites de Pétri ou dans les fioles de Gayon. Dans les cas oii, pour faire la contre-épreuve, on n'a pas neutralisé le désinfectant, ou lorsqu'on a simplement ensemencé les matières dans un faible volume de gélatine peptonisée, il a 1. Cette neutralisation était faite goutte à goutte, et la quantité exacte de substance neutralisante était au préalable dosée dans un autre récipient servant de témoin et contenant 1 c. c. des mêmes matières. 2. Zur Lehre von den Antiseptica, etc. [Berliner Klin. Wochensch., 1889, n° 36, et 1890, n° 11 ) DESINFECTION DES MATlEllES FECALES. 3 été constaté que le nombre des colonies développées dans les cultures était moindre et même, parfois, que le milieu restait stérile alors qu'en réalité nombre de germes avaient survécu. Seize désinfectants ont été étudiés comparativement. Pour la commodité de notre exposé, nous les diviserons en plusieurs groupes. Le premier groupe comprend : sulfate de proto.njde de- fer; sulfate de cuivre; chlorure de zinc. Dans un deuxième groupe, nous avons placé le bichlorure de mercure. Le troisième sera constitué par les hupoclilorites alcalins de chau.T., de potasse et de soude. Le quatrième comprend les bases alcalines : chaux, potasse, soude. Enfin nous plaçons dans le cinquième Y acide phénique et les principaux dérivés industriels de la distillation de la houille : Huile lourde de houille, crésijl^ lijsol, solvéol, solutol. III SUR LE DEGRÉ DE DÉSINFECTION DES MATIÈRES FÉCALES QU'ON DOIT RECHERCHER DA.XS LA PRATIQUE La difficulté delà stérilisation des matières fécales ne résulte pas seulement de la nature même du milieu organique qui sert d'habitat aux bactéries et les protège, dans une certaine mesure, contre l'action offensive des antiseptiques; elle est encore fonc- tion du nombre considérable et de la qualité particulière de ces microbes, dont quelques-uns opposent aux agents de désinfec- tion une résistance extraordinaire. Lorsque, en efîet, onfaitagirdes proportions progressivement croissantes de désinfectants sur les matières fécales mélangées à l'urine en fermentation depuis quelques jours, et qu'on opère, pour chacun de ces essais, des ensemencements de contrôle destinés à mesurer les efTets bactéricides du désinfectant, on observe, le plus souvent, une diminution corrélative du nombre des germes. Non toujours, cependant; en effet, à partir d'un certain taux de l'antiseptique, les résultats obtenus ne sont plus aussi régulièrement en rapport direct avec la proportion eniploi/ée. La destruction des bactéries s'arrête ou se ralentit et l'on rencontre, G ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dans les cultures, un certain nombre de microbes, presque tou- jours les mêmes, qui ont résisté. Pour obtenir leur mort, il devient nécessaire d'employer une très forte quantité du désin- fectant. Une expérience va le montrer. Un mélange de matières fécales, d'urine et d'eau de terre ', est abandonné, pendant quelques jours, à la putréfaction. On verse ensuite, dans un certain nombre de verres à expériences, 100 c. c. de cette émulsion et, à chaque récipient, on ajoute successivement, en agitant avec soin, 2, o, 10, 13 0/0..., etc., d'une solution au douzième de chlorure de chaux du commerce titrant 140 litres de chlore au kilogramme. Les ensemencements systématiques pratiqués ultérieurement donnent les résultats suivants, à une température qui a varié de 7 à IS^ Proportion de la solution de chlorure de cliaux. xN ombre de vivantes par Après 2i heures. Innombrables bactéries c. c. de Apn . Innc restées matières. 2 0/0 is 'iS heures, imbrables. o — 20.000 I0.6OO 8 — 4.800 3.400 40 — 4.500 » 15 — I.IOO » 20 — 860 » 2o — TCO 680 30 — 510 » SO — » 60 — » De cette expérience résultent deux conclusions. La première est l'énormité de la dose nécessaire pour amener la mort de tou.-> les germes; la seconde, c'est qu'à partir de la dose de lo 0/0 jus- qu'à celle de 2-j et 30 0/0 de la solution saturée d'hypochlorite de chaux, la diminution du nombre des microbes est beaucoup plus lente qu'avant. J'ajouterai que la nature des espèces bacté- riennes demeurées vivantes a été trouvée la même. J'ai toujours retrouvé cette double particularité. 11 existe, par conséquent, dans les matières fécales et au point de vue spécial qui nous occupe, deux groupes de microorganismes ; les uns — et c'est le plus grand nombre, — peuvent être détruits par i. L'addition d'eau de terre n'a pas seulement pour objet d'augmenter la diffi- culté de la désinfection, car, dans certains cas (feuillées, Earth System, etc.), les matières fécales sont effectivement mélangées à la terre. DÉSINFECTIOxN DES MATIERES FÉCALES. t une proportion relativement fdible de désinfectants; les autres, au contraire, exigent, pour succomber, une quantité beaucoup plus considérable de ces antiseptiques. Le premier groupe com- prend, entre autres, les bactéries pathogènes; les microbes du deuxième groupe sont, ainsi qu'on le verra, des saprophytes iiiolfensifs. Si la dose de désinfectants nécessaires pour tuer les uns et les autres microorganismes était peu différente dans les deux cas, on ne devrait point hésiter à employer la proportion la plus élevée afin de réaliser une stérilisation absolue. Mais, pour obte- nir ce résultat dans tous les cas et avec une entière certitude, il faudrait des quantités véritablement énormes d'antiseptiques. Voici, commeprenvo.lerésultatfourni par cetordre dereclierches. TABLEAU Indiquant la proportion approximative ' de désinfectants nécessaire pour amener la stérilisation absolue des matièi'es de vidange, après 24 heures et à 15". Sulfate de fer da commerce 1''"^ de 400 litres pur mètre cube. Sulfate de cuivre. TU à 90 kil. — — Chlorure de zinc du commerce plus de 300 litres — — Sublimé corrosif à 1/1000 additionné de 5 gr. pour lOOU de H Cl. (ne stérilise pas à volume égal). Solution à 1/12 de chlorure de cliaux . . iO à 50 0/0 en volume. Liqueur de Labarraque 60 0/0. Eau de Javel — Lait de chaux plus de !)0 0,0 . Potasse caustique (sol. à [('.i de) '<0 0/0. Soude caustique (sol. à 1/5 de) 30 0/0. Acide phénique plus de 100 kil. par métré cube. Huile lourde de houille (ne stérilise pas à volume égal,. Crésyl ."iO kil. par métré cube. Lysol. (iO kil. — — Solvéol • TU kil. — — Solutol T:. kd. — — Une désinfection complète serait donc très coûteuse, et, par là, pratiquement irréalisable. Elle serait en outre pratiquement inutile, car les germes les plus résistants ne sont nullement dan- gereux. On y trouve : le bacillus mcgaterium^ le proteus vuhjuris. Le bac. niycoïdes est plus rare que les précédents; il en est de 1. Les chiffres précédents ne sont qu'approximatifs; peut-être, même, quelques- uns d'entre eux sont-ils au-dessous de la réalité. Il faut compter en elfet avec les difficultés techniques que présentent les ensemencements des matières addition- nées de proportions aussi considérables d'antiseptiques. 8 ANNALES DE LINSTIÏUT PASTEUR. même d'un bacille à colonies blanches irisées, ne liquéfiant pas la gélatine ', etc. Parmi les plus fréquents figurent, ainsi qu'on pouvaits'y attendre, le hacilbis siibtiUs et le C mesmterkm mdgaîus, proche parent du premier, s'il n'en est pas une simple variété. A côté de ces bacilles, on trouve parfois des micrococcus doués d'une vitalité très grande; un qui fluidifie la gélatine, à colonies blanc-jaunâtres, assez analogue auslaph . pijogenes aurem, quoique non pathogène pour les animaux; \emicroc. versicolor, etc. Les antiseptiques de la série aromatique dérivés de la distil- lation de la houille, le crésyl par exemple, m'ont paru avoir, sur les bacilles sporulés, une influence microbicide plus grande que les désinfectants salins et les bases alcalines. Par contre, ils ont moins d'efficacité à l'égard du microcoque signalé comme ana- logue au staphylocoque doré. Aucun de ces microbes n'est dangereux pour l'homme : qu'importe, dès lors, leur survie? On peut donc les négliger, dans la pratique : l'intérêt de leur destruction complète n'est nullement en rapport avec les elTorts et les dépenses à faire pour cela. Puisque la stérilisation absolue des matières de vidange n'est guère réalisable dans la pratique, on est forcé de se con- tenter d'une désinfection rdative qui, tout en se rapprochant le plus possible de la première, amènera, du moins, sûrement la mort : 1° Des microbes infectieux ou pathogènes; 2° Du bacillus coli conunuiiis: 3*^ Des microbes dits de la putréfaction. Ainsi posé, le problème se simplifie nettement, et nous allons essayer d'en fournir la solution. IV ÉTUDE DES DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER A. — Premier groupe : Sulfate de fei\ sulfate de cuicre. chlo- rure de zinc. Nous allons successivement passer en revue les substances désinfectantes énumérées plus haut, en insistant seulement un peu plus sur celles qui ont paru offrir quelque intérêt. 1. Nous avons encore rencontré, à diverses reprises, un bactérium ténu, immo- bile, à colonies grisâtres, fluidifiant la gélatine et dont les cultures, inoculées au lapin et au cobaye, sont demeurées sans action pathogène. DESINFECTION DES MATIÈRES FÉCALES. 9 Sulfate de fer. — Le sulfate de fer, communément employé pour la désinfection des matières fécales, est le sulfate ferreux dit du commerce. C'est une solution de densité égale à 1,24, et correspondant à 2o0 grammes de sel par litre. C'est ce liquide qui a été expérimenté. Or, même aux doses de 200 et 300 0/00, par conséquent, 200 kil. et 300 kil. de solution par mètre cube de matière, le sulfate de fer n'a pu amener qu'une stérilisation imparfaite des matières : le bac. coli communis a été retrouvé encore vivant après 43 heures d'action de l'antiseptique à la dose la plus forte indiquée ci-dessus. Malgré sa vogue, le sulfate de fer ne paraît donc posséder qu'une vertu désinfectante très faible à l'égard des microbes des matières fécales. Sulfate de cuivre. — D'après Miquel ', la proportion de sulfate de cuivre capable de prévenir la putréfaction d'un litre de bouillon de bœuf est de 0"'",90. Les expériences de Jalan de la Croix', celles de O'Neal ^ classent le sulfate de cuivre parmi les agents les meilleurs. Le travail le plus complet sur les propriétés désinfectantes du sulfate de cuivre est dû à von Gerlocsky * ; pour la neutrali- sation du contenu des fosses, celui-ci conseille 20 kilog. de ce sel pour 1 mètre cube d'excréments. Drossbach ' en demande 16 kilog-. Lorsqu'on mélange le sulfate de cuivre à des liquides orga- niques putréfiés ou à des matières fécales, il se forme, à la surface, une écume verdâtre assez abondante; la partie moyenne du liquide reste à peu près claire. La désodorisation obtenue est faible. A la dose de 7 kilog. par mètre cube, le sulfate de cuivre détruit, dans les matières fécales fraîches et réduites à l'état d'émulsion par dilution dans l'urine, le b. coli communis ainsi que les germes de la putréfaction. Dans certains cas, même, une proportion de G kilog. fournit_^des résultats aussi favorables. 1. Antiseptiques et bactéries, Semaine médicale, 1883, p. 2i2. 2. Ârch. fur experim. Pathol. ±% janvier 1881, t. XIII, p. 173. 3. The relative power of some réputée! antiseptic agents. Armij med. Reports /'or 1871, Londres, 4872. i. Versuche uber prakt. Desinf. von AbfallstalTen. Braunschweig, Vieweg und Sohn, 1889 et Wiener medic. Wochensckr., fùvr. 1889. 5. Wiener med. Presse, 1892, n° 40. 10 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Pour accroître davantage les diflicultés de la désinfection, les selles additionnées d'urine ont été délayées dans de l'eau de terre de jardin, puis abandonnées à la putréfaction pendant quatre jours. L'odeur en était fétide, et les cultures témoins furent liquéfiées en 36 heures par une prodigieuse quantité de bactéries. Ici, l'expérience s'est beaucoup compliquée par suite de l'addition de la terre, qui renferme des microbes très résistants, et de la putréfaction à laquelle le mélange a été soumis '. Aussi a-t-on pu aller jusqu'à 30 kilog. de sel par mètre cube sans faire disparaître le b'icillnssiihlilis. Mais tous mes essais me permettent d'affirmer une désinfection excellente des matières fécales en 24 heures, à l'aide d'une dose de sulfate de cuivre comprise entre 1 et 8 kil. oOO par mètre cube de matière, ou de 7 à 8-', 5 par litre de celle-ci. La proportion de sulfate de cuivre qui peut détruire, dans les déjections, le microbe de la ficrye tijphoïde en 24 heures est, en moyenne, de G pour 1,000. La mort du microbe pathoj^ène est souvent amenée en moins de 12 heures. Le microbe du choléra a toujours été détruit, en moins de 12 heures, par une proportion de sulfate de cuivre ég-ale à 4,.o 0/00 de matières fécales. Chlorure de zinc. — Le chlorure de zinc du commerce, qu'on emploie usuellement pour la désinfection, est une solution à 40 0/0 environ de ce sel. Sa densité est l,4,j. Ce désinfectant amène, dans les premières heures, une dimi- nution momentanée et très nette des germes; mais leur chiffre se relève au bout de 12 à 20 heures, et se trouve même plus g-rand après 48 heures qu'après un jour. Avec une proportion de chlorure de zinc ég-ale à 60 et 80 0/00, nous avons rencontré, parfois, dans les matières fécales putré- fiées, (outre le coli bacille), le bacille thiorescent liquéfiant et le bactérimn termo ; l'apparition des colonies dans les cultures sur gélatine est cependant retardée. Dans un cas, des selles putrides additionnées de 100 0/00 de chlorure de zinc contenaient encore une énorme quantité de microbes après trois jours; ces mêmes selles ont été abandonnées pendant 2o jours à la température 1. Y. plus loin le paragraphe YI de ce travail. DÉSINFECTIO.N DES MATIÈRES FECALES. H ambiante (+^>'^ à -(- 17"), à l'abri de la luaiière, des poussières et de la pluie, et contenaient encore, au bout de ce temps, dans leur dépôt, 3,00U microbes par centimètre cube. Le résultat de ces expériences témoigne du faible pouvoir microbicide du chlorure de zinc du commerce. Cette substance est donc un très bon désodorisant, mais un tri's nicdiocre ilcsiiifectant des matières fécales. B. — Deuxième groupe : Bichloruie de mercutv. — ïl serait superflu de rappeler les nombreuses recherches qui témoignent eu faveur de l'énergie du sublimé corrosif comme antiseptique; toutes lui assignent le premier rang. Bucholtz ', Th. Ilaberkorn % P. Kuhu % Jalan de la Croix, Davaine% Warikoiï, Hoch, Staltter, Rassimolf, etc., etc., ont conclu de leurs travaux expé- rimentaux que le sublimé est l'antiseptique par excellence. Cependant, si l'on passe aux applications pratiques fondées sur ces données, on voit que le bichlorure de mercure n'est pas ég'alement prôné par tout le monde et pour tous les cas. Pour ce qui concerne la désinfection des matières fécales, MM. Richard et Chantemesse '■' préfèrent le lait de chaux au sublimé. Von Ger- loczky% Drossbach "^ condamnent également ce sel pour la désinfection des excréments. Nous avons pratiqué nos expériences en ayant soin, selon la méthode de J. Geppert*. de neutraliser au préalable, et avant de taire les ensemencements, le sublimé contenu dans les selles à l'aide du sulfhydrate d'ammoniaque. On a employé la solution de sublimé à 1 0/00 additionnée de 5 gr. d'acide chlorhydrique. Cette solution a été mélangée en diverses proportions et, en particulier, à volume égal à des matières fécales; on agitait soigneusement le mélange. Or les cultures faites, après 4 jours 1. Antiseplica uncl Balcterieu, Uatersiichungea ueber der Teruperatur aut Baktei'ien-Vegetatiou. Archiv fur exper. PathoL, 1873, Ici., Dissert, inaugurale , Dorpat, 187G. 2 Das verhalten von Harn-Bakterien gegen einige Antiseplica, Dorpat, 4879. 3. Ein Beitrag zur Biol. der Bakterien. Disserl. inaugurale, Dorpat, 1879. 4. Rech. sur le traitement des maladies charbonneuses chez l'homme. Académie de Médecine, 17 juill. 1880. o. Désinfection des matières fécales au moyen du lait de chaux. Revue d'Hygiène et de Police sanitaire^ 1889, p. 641. 6. Loco cil. ' 7. Désinfection usuelle des fosses d'aisance, ^yie)ler med. Presse, 1892, n" 40 8. Berliner Klin. Wochenschrift, 1889, n» 3G, et 1890, n" 11. 12 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de contact, montraient, dans tous les cas, une énorme quantité de colonies; celles-ci étaient tellement nombreuses qu'elles ne pouvaient arriver à développement complet à la surface de la gélatine. Le coli bacille persistait, très abondant. La désodorisation est très faible. Nous croyons donc pouvoir conclure que le sublimé corrosif est un très mauvais désinfectant des matières fécales. C. Troisième groupe ; Hijpochlorite de chaux; Eau de Labar- raque ; Eau de Javel. Hf/pochlorite de chaux ou Chlornre de chaux du commerce. — L'action du clilorure de chaux sur les selles et le contenu des fosses n'a pas été étudiée expérimentalement, sauf au point de vue de la désodorisation que produit cette substance. Les recherches déjà citées de R. Koch, surtout celles de WoronzofF, Winogradoir et Kolessnikofî', de Sternberg -, de Marlens % de Jaeger^ de Nissen^, accusent toutes l'activité très grande que possède le chlorure de chaux. L'important travail de Chamber- land et Fernbach'^ conclut à la supériorité pratique du chlorure de chaux sur les autres désinfectants, pour la désinfection des locaux et des poussières. Le sel qui m'a servi dans ces expériences titrait 110 litres de chlore par kilog. Il en a été préparé une solution saturée en faisant dissoudre 100 gr. de chlorure sec dans 1,200 g-r. d'eau. Lorsqu'on fait agir cette solution sur des selles diarrhéiques très séreuses et récentes, on obtient, en '2i heures, une désinfection presque parfaite avec une proportion de 6 à 8 0/0 de ce liquide. Une quantité égale à 10 0/0 a même amené la stérilisation complète de ces selles en 21 heures. Le germe le plus résistant a été le bacillus coli. Mais on n'obtient pas, dans tous les cas, des effets aussi remarquables. C'est ainsi que, lorsqu'on opère sur des selles \. Action des divers désinfectants sur la contagion du charbon. Russkaia Medicina, i886, n»^ 31 et 32. â.Prelimin. Report made by the commitee of Desinf. of the Americ. publ. Health Assoc, Philadelphia med. News, I, 1886. 3. Beitr. zur Kentniss der Antiseptica. Virchow's Arch., II, 1886. i. Arbeiten an$ d. Kais. Gesundh, V, 1889. a. Ueber die disinficirende Eigenschaft des Chlorkalkes. Zeitschr. fur Hyg., 1890. 6. Ana. de VInstitut Pasteur, t. VI. DESINFECTION DES MATIERES FECALES. i;{ iionnale.s délayées dans l'urine, il devient nécessaire d'élever à 10 0/0 la proportion de la solution pour détruire, avec certi- tude, le bacille du côlon. Enfin, lorsqu'il s'agit de désinfecter des selles putn'lhrs, du purin ou le contenu des fosses d'aisance, il faut augmenter encore davantage le taux de l'antiseptique. C'est, du reste, ce que va montrer le tableau ci-dessous, résumant une expérience faite sur des selles normales délayées dans de l'urine et addition- nées d'eau de terre. (Esp'^® I, faite à une température variant de 13" à 10"o). Ce mélange putride^ qui répandait une odeur fétide, a ensuite été abandonné à lui-même pendant 6 jours (Exp'=« II, temp. de Q'^j à 13";. Tableau I. NOMBRE ^ PROPORTION de ^ de '^^ MICRUEES VIVANTS — N.iTURE DES MICROBES CHLORURE DE CHAUX par cenlimètres cubes ■ S (SDlutiun au 1/12.) CI? après 24 heures. ,^ Très faible. 2 p. 100 Innombrables. Bacl. de la putréfaction. B. coll. 0- - 38.000 — Id. ..) ' - 7,400 Passable. Quelques bact. de la putréfaction. B. coli très rare. ) 10 - 4.500 Assez bonne. Surtout B. subtiiis et B. meaaterium. / lo - 1.200 Id. [ 20 - S30 Bonne. B. siibtilis. .j p. 100 l 27.100 Passable. B. coli; B mycoides ; Proteus vulg. ; B. mesenlericus vulg. ; B. irisé; deux autres espèces bacillaires. 9.eou Assez bonne. Id. Pivleus vtilf/. très rare. ij " - 3.000 — /)'. subtiiis ; B. mycoides ; Bac. irisé. Pas de B. coli. \ ^^ ~ 3.700 ~ B. subtiiis abondant. Nombreuses colo- nies d'un bacille fln, mobile, liquéfiant, 1 20 — 3.020 à cultures grisâtres. I 2o — 2.400 — li. subtiiis à peu près seul. ' 30 — 1 620 Bonne. /;. subtiiis. Comme on peut en juger, les résultats obtenus ne sont pas toujours exactement superposahles '. De ces expériences et d'autres que nous ne pourrions citer sans allonger à l'excès ce travail, il résulte, en effet, que tantôt on a obtenu une désin- fection satisfaisante des selles putrides en y ajoutant 12 0/0 de la solution saturée de chlorure de chaux, tantôt la proportion du désinfectant a dû être portée à 20 et même 25 0/0 par rapport 1, Voir plus loin le paragraphe VI de ce travail. 14 ANxNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. au volume des selles. L'explication de ces variations d'effet sera fournie plus loin. Quoi qu'il en soi(, on voit que la solution de chlorure de chaux étant au douzième, les limites de la dose désinfectante de chlorure sec sont comprises entre 10 grammes et 16"', 66 pour 1000 cent, cubes du mélange fécal. Quelle est l'action du chlorure de chaux sur les selles patho- logiques, en particulier sur les seUes ti/pJioïdiques ou cholériques ? Dans un travail déjà cité, Nissen expérimentait sur des déjections de lyphoïdiques, qu'il stérilisait au préalable, afm de tuer les saprophytes, puis il réensemençait avec des cultures du bacille d'Eberth. Ce mode de recherches n'est pas exempt de critiques sérieuses. L'expérience se simplifie, mais sa valeur pratique diminue, parce qu'on supprime les réactions des microbes les uns sur les autres, parce qu'on coagule en chauffant une partie des matières albuminoïdes desselles, parce qu'on fait disparaître en partie au moins l'ammoniaque qui n'est plus là pour neutra- liser — à un degré très sensible, ainsi qu'on le montrera bientôt — le chlore qui se dégage à l'état naissant. Quoi qu'il en soit, Nissen a vu que O^'^.jO à 1 gramme de chlorure de chaux sec pour 100 c. c. de liquide, stérilisent toujours celui-ci. Nous nous sommes servi de selles typhiques fraîches ou anciennes, additionnées, dans tous les cas, de 1/10 d'une culture du bacille d'Eberth. Or, tantôt une proportion de 6 grammes à 8 grammes de chlorure sec pour 1000 c. c. de matières, a fait disparaître le bacille d'Eberth en 7 heures; tantôt ce microbe a persisté, même après 24 heures, après action de 10 grammes de chlorure de chaux. Pour obtenir sûrement et dans tous les cas la destruction du bacille typhique, en 24 heures, il est nécessaire d'employer le chlorure de chaux à la dose de 12 grammes pour 1000. Le plus souvent, le bacille n'est plus retrouvé déjà après 7 heures, Le microbe du choléra est plus facile à détruire. Une propor- tion de 5 0/0 de la solution au douzième de chlorure de chaux a souvent raison de tous les germes cholériques en 24 heures, mais elle respecte un nombre considérable de saprophytes, ainsi que le B. coll. Pour amener, dans tous les cas, la mort du Komma-bacille, DESINFECTION DES MATIERES FECALES. 15 il faut porter à 10 0/0 la quantité de solution saturée de chlorure de chaux. Cette quantité correspond à 8-'",33 de chlorure sec pour 1000 c. c. de matières. Liqueur de LabarïWjue (Hupochlorite de soudé). — Une pro- portion de lo 0/0 de liqueur de Labarraque permet d'obtenir souvent une excellente désinfection de matières; mais lorsque celles-ci sont anciennes et putréfiées, la disparition du coli- bacille et des microbes de la putréfaction exige 25 pour 0/0 de liqueur de L;ibarraque. L'action de ce liquide à l'égard du bacille iyphique est un peu moins énergique que celle de la solution saturée (au dou- zième) du chlorure de chaux. L'addition de 1/20 de cette dernière à une culture du bacille la stérilise en moins de 15 minutes, tandis que la même proportion de liqueur de Labarra([ue pure n'a tué le bacille qu'en 22 minutes. Comme il est facile de le prévoir, ces mêmes proportions sont impuissantes h détruire le bacille d'Eberth, pendant le même temps, dans les déjections. 11 a falUi porter à 18 pour 100 la quantité de liqueur de Labarraque pour tuer, en 12 heures, le bacille de la fièvre typhoïde dans les selles. Eau de Javel {Hijpochlorite de potasse). — Nous ne nous étendrons pas longtemps sur les expériences faites avec ce liquide. Les résultats rappellent ceux qui ont été constatés avec l'hypochlorite de soude. Toutefois, le pouvoir antiseptique de l'eau de Javel a été trouvé supérieur à celui de l'eau de Labar- raque. Avec 20 pour 100 d'eau de Javel concentrée du commerce, on obtient une très bonne désinfection des matières fécales ramenées à l'état d'émulsion liquide. D. — Quatrième groupe; chaux, potasse, soude. Chaux. —C'est à dose très élevée que la chaux a, d'abord, été employée pour la désinfection des fosses d'aisance. Delplanque et Mosselmann, cités dans le classique Traité de la désinfection de M. Vallin (p. 751), recommandent d'incorporer iSkilog. de chaux par mètre cube de matières. A la suite d'expériences faites à Paris, la chaux a été délaissée jusqu'à une époque assez récente, où elle a été l'objet de travaux destinés à la réhabiliter. C'est ainsi que pour P. Liborius*, 25 c. c. de bouillon putréfié i. Zeifschr. fur Hyg., Vf, 1887, 2" \o\ IG ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sont stérilisés, en 24 heures, par un volume double d'eau de chaux, une quantité de chaux égale à 0,074 suffit pour stériliser une eau renfermant, par c. c. 1 million de bacilles typhiques, Enfin 100 c. c. d'eau de chaux, mélangés à 400 c. c. de culture du bacille du choléra, stérilisent cette dernière en 6 heures. Des expériences d'Ulï'elmann \ il résulte aussi que le lait de chaux à 20 0/0 est un bon désinfectant des matières, mais à la condition d'en ajouter de une à deux parties et demie pour la stérilisation des selles typhiques. Von Gerlocsky ^ recommande une proportion plus faible : un dixième à un cinquième de lait de chaux. D'après Pfuhl % il faut 2 0/0 de lait de chaux pour détruire le vibrion cholérique dans les déjections; le mélang^e doit être intime. En France, on doit à MM. Richard et Chantemesse des recherches analogues. Des selles typhiques ou dysentériques, traitées comparativement avec du sublimé à 1 0/0, ont été mieux stérilisées par la chaux que par les substances précédentes. M. Richard * recommande d'ajouter aux matières une pro- portion de lait de chaux égale, au moins, à 2 0/0. Les expériences faites par d'autres hygiénistes n'ont pas toujours donné toutefois, des résultats aussi démonstratifs. Sans parler des recherches de R. Koch, de Jaeger % qui ont expéri- menté l'un sur la hactéridie charbonneuse, l'autre sur la bacté- ridie et le bacille de la tuberculose, et ont trouvé la chaux peu efficace, je dois mentionner les recherches de contrôle faites par KitasatoS celui-ci est arrivée des résultats bien moins favo- rables, pour la chaux, que ceux de Liborius. Eykinann a, de même objecté a Pfuhl que la chaux, assez efficace à l'égard des cultures du choléra, l'est beaucoup moins lorsque ce microbe existe dans lesselles. Aussi PfuhP, dans de nouvelles expériences, trouve-t-il qu'il est nécessaire d'ajouter aux selles cholériques un volume égal de lait de chaux et d'agiter pendant une minute et 1. Die desinfection infectioser DarmenUeerungen. Berline r Kl/ tu Wochens- c/ir., 1889. 2. Loc. cit. 3. Zeitschrift fur H y g., VI, p. 97. 4. Précis d'Hygiène appliquée, p. 474. o. Arbeiten a. d. Kais. Gesundh., V, 1889. 6. Zeitschr. fur H y g., VIII. 7. Deutsche medic. Wochenschr., 189'2, n° 39. DESINFEGTIOxN DES MATIERES FÉCALES. 47 demie. Au bout d'une heure, le bacille était tué; mais il n'en fut pas de même lorsque le lait de chaux était versé sans agiter le mélange. C'est à des résultats analogues, mais avec des restrictions plus accentuées, qu'est arrivé Borchotî '. Selon lui, le lait de chaux ne tue pas toujours le bacille virgule dans les conditions précédentes. Drossbach - rejette la chaux pour la stérilisation des matières fécales. Son seul avantage serait son bon marché; encore en faudrait-il une proportion élevée, 20 kilogrammes par mètre cube. Il n'était donc pas sans intérêt de reprendre cette étude. En face de résultats si contradictoires obtenus jusqu'ici, le praticien peut, en effet, être hésitant sur la confiance qu'il faut accorder à la chaux. Nous avons employé le lait de chaux à 20 0/0 ; ajouté à de l'wrme putréfiée, à la proportion de un" dixième, le lait de chaux la stérilise entièrement au bout de 4 heures. Une dose de un cinquième n'a pas tué tous les microbes de l'urine au bout d'une heure ; mais après 2 heures, les ensemencements sont restés stériles. Ces expériences ont été faites à une tempérai ure de 32°. Avec des selles diarrhéiques séreuses, c'est une proportion de 23 0/0 de lait de chaux qu'il faut ajouter pour obtenir une désinfection satisfaisante des matières en 24 heures, et à \ly\ Enfin, dans le cas où la difficulté de la désinfection est portée au maximum, c'est-à-dire quand on opère sur des selles très riches en germes, additionnées d'eau de terre et d'une culture de B. coli, il devient nécessaire d'augmenter encore le taux du désinfectant. Il semblerait, a priori, que le pouvoir désinfectant de la chaux dût être toujours le même, quelle que soit la quantité qu'on ajoute aux matières, puisque la quantité de chaux dissoute reste aussi la même. Contrairement à cette prévi- sion, l'expérimentation démontre que l'excédent non dissous de chaux continue à jouer un certain rôle désinfectant. Il est à noter, d'ailleurs, qu'une partie de la chaux introduite dans les 1. Gazelle de Botkine, 26 janvier 1893, et Wralch, 1893, n" 6. 2. Wiener niedic. Presse, 1892, n" 40. 18 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. matières de vidang-e se substitue à l'ammoniaque qui s'y trouvait à l'état de carbonate, de sulfure, ou combinée à des acides gras, ce qui explique déjà qu'on doit dépasser le taux de saturation. Le tableau suivant précisera davantage les résultat* fournis par ces essais de désinfection par le lait de chaux de matières fécales normales, délayées dans de l'urine et additionnées d'eau de terre. Le mélange était putride. Tableau IL f_ s- PROPORIIOX de N'OMBRl m WMl PAR, CENTIMÈTRE CIBE APRÈS NATURE DES GERMES S ^ I.AIT DE CHAUX heures. lOk'ures. 1 jour. 2 jours. Ï5 JOUI'S. 14o à 18» 1 5 p. 100 \ 10 — 15 — ' 20 — » 4.900 i . 600 >) 3.740 1.940 lonombr. 1.930 950 Iniiombr. » : ( -Microbes de la putréfaction. B. coll. i kl, /Quelques germes putrides. C. 1 coll. 'b. coli, B. sublilh, Frolfiis vulfj. 12o à 16o,6 30 - » » 1.120 - » B. siibtilii;, B. megateriiim. B. coli. 9° à 13» » » 1.900 » ri B. sublilis, B. meyaterium, B. oAi. Co,5 à 14° 1 » » oGO 50 2 .700 Après 1 et 2 jours, il e.xiste . encore quelques colonies de ] B. coli- (Après 25 jours, B. radialtis 1 iif/ualilis, B. f/laiiCHs, B. mesentericiis vuhj. Ainsi, la proportion de 50 0/0 de lait de chaux réduit sans doute à un chiffre infime, au bout de 24 heures et 48 heures, le nombre des microbes contenus dans des matières très riches en bactéries ; néanmoins, on peut encore trouver, parmi eux, quelques exemplaires du B. coli communis qui ont résisté. Au bout de 25 jours, la quantité de microbes a remonté et atteint 2,700 par centimètre cube. Ce résultat ne saurait surprendre, car la chaux, lentement transformée en carbonate calciqûe au contact de G0% perd peu à peu ses propriétés antizymotiques. C'est là un des inconvénients de cette substance, dont l'activité s'épuise assez vite en présence de l'air. Dans des matières ainsi additionnées de 50 0/0 de lait de chaux, nous avons ajouté, au bout de 25 jours, diverses cultures microbiennes telles que B. culL bacille typhique, bacille du DESINFECTION DES MATIERES FECALES. 19 lait bleu, bacille de la diarrhée verte, bacille du choléra, Prolem^ vidgaris, St. ptjogenes aureus. Tous ces microbes; sauf ceux du choléra et de la diarrhée verte, ont été retrouvés vivants, après 24 heures. Le coli-bacille s'était même un peu multiplié •. Bien que l'activité désinfectante du lait de chaux soit réelle, puisqu'une proportion de 20 à 25 0/0 ramène à une faible quan- tité le nombre des germes contenus dans les selles, il ne semble pas qu'on puisse faire grand fonds sur sa fidélité d'action. Parmi tous les germes contre lesquels il a à lutter, le B. coli est un de ceux qui lui résistent le mieux -, Les résultats obtenus dans ces expériences sont donc moins favorables au lait de chaux que ceux qui avaient été fournis jusqu'ici par d'autres expérimentateurs. Ceci peut s'expliquer par cette raison que la plupart des expériences antérieln-es ont été faites sur des selles cholériques; or le microbe du choléra est un de ceux qui résistent le moins aux agents désinfectants. D'autre part, nous avons pris soin de neutraliser la chaux avant de faire les ensemencements ; celte précaution est d'autant plus indispensable que la pipette prélève toujours, en même temps que les matières, une notable quantité de chaux non dissoute, qui sature et rend improductif le milieu nutritif dans lequel on fait l'ensemencement. Des essais faits sur des selles de typhoïdiques additionnées de culture de bacille d'Eberth, il résulte qu'il faut porter à 23-30 0/0 la proportion de lait de chaux pour assurer la mort du bacille en 24 heures et à la température moyenne de 15°. Les cultures du microbe du choléra restent fertiles lorsqu'on les additionne, même pendant 30 minutes, d'une proportion de lait de chaux correspondant à 1/10 de leur volume. A volume égal, le même agent tue le bacille en 3 minutes. Dans les selles, le komma-bacille est détruit en moins de 7 heures, à la température moyenne de 15°, par une dose de 15 0/0 de lait de chaux. Potasse. — D'après Ufîelmann, la lessive de potasse, à volume égal, tue en 6 heures les microbes des matières fécales. Dans nos expériences, la dose de 15 grammes de potasse 1. La réaction de ces matières était encore nettement alcaline. "2. L'addition de 5 à 10 0/0 de lait de chaux à des matières fécales donni' même un excellent moyen d'en isoler le bacille du cùloa. 20 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. caustique pour 1,000 détruit, le plus souvent, le bacille du côlon en 24 heures et par une température moyenne de 15°. Lorsqu'on opère sur des selles très riches en germes, il est nécessaire d'élever à 20 grammes 00 la proportion de potasse caustique. Il va sans dire que , dans ces recherches , et même pour des quantités plus élevées du désinfectant, on constate, dans les cultures, la présence d'un certain nombre de microbes survivants, tels que le Proteus rulgaris, mais surtout le B. .s'M&^//^s,• un bactérium en haltère, à colonies jaunâtres, fluidi- fiant la gélatine ; un bacille long, articulé, immobile, à colonies présentant des reflets irisés. La désodorisation obtenue est médiocre. A l'inverse de la chaux, la potasse conserve son pouvoir antiseptique dans le milieu souillé. Il y a plus: le nombre des germes diminue progressivement dans les matières traitées par cet agent. C'est ainsi que des selles putréfiées, mélangées à de l'eaude terre, ont été additionnées de 18 grammes pour 1,000 de potasse caustique. Ces matières renfermaient : Après 2i lii'iiiTs o,b70 bact. par c. o. — 2 jours 190 — — La désinfection des selles lyphiques, dans les cas oii elle est le plus difficile, s'obtient en 7 heures, par une proportion de 20 de potasse caustique 0/00. Le milieu d'ensemencement peut même rester stérile. Pour désinfecter en 7 heures les selles cholériques, il faut 12 grammes de potasse pour 1,000 c. c. de déjections. Il va sans dire que, dans tous ces essais, il est indis- pensable de mélanger intimement l'antiseptique aux matières à désinfecter. Soude. — Des matières fécales, mélangées à de l'urine el de l'eau de terre et abandonnées à la putréfaction pendant plu- sieurs jours, ont été ensuite respectivement additionnées d'une même proportion de soude caustique, de potasse caustique, enfin de chaux vive : 10 grammes de chacune de ces bases pour 1,000 c. c. de matières. Les ensemencements comparatifs ont fourni les résultats suivants : DESIJNFECTION DES MATIÈRES FÉCALES. 21 Temp. ambiante. Durée de la Nombre de microbes vivants parc. c. désinfection. l'otasse. Soude. Chaux. 40» 4 heures Innombrables 18.600 Innombrables à 24 — 11.000 4.360 id. 14o5 .^il — 1.600 112 id. Jaeger, ayant fait des recherches sur la valeur désinfectante (le la soude et de la potasse, f* l'égard des cultures de dis^ers microbes, a conclu que ces deux substances possèdent une activité semblable. Cependant, dans une Renie critique consacrée aux antiseptiques, M. Duclaux objecte à ces résultats qu'à cause de la différence des poids atomiques, la soude est, en réalité, à poids égal, plus alcaline que la potasse : il semblerait, par suite, que le pouvoir antiseptique de la première dût être égale- ment plus élevé ^ C est cette remarque qui nous a conduite faire l'expérience citée plus haut. Il en résulte que, des trois substances : chaux, soude et potasse, c'est effectivement la soude qui possède le pouvoir microbicide le plus élevé; la chaux est, au contraire, la moins active. Lorsqu'on fait agir, du reste, les mêmes substances sur des cultures de différents microbes, on remarque également que la valeur antiseptique de la soude est toujours un peu supérieure à celle de la potasse. Parfois même, et pour certains microbes, cette différence est considérable. C'est ainsi que le bacille typhique est tué, dans les cultures, en moins de 2 minutes par une proportion de soude caustique égale à 1/200 ; une quantité deux fois plus forte de potasse n'a pas toujours stérilisé, au contraire, la culture au bout de 3(1 minutes. A. la proportion de 12 grammes 0/00, la soude amène, en 24 heures, et souvent avant ce délai, une stérilisation excellente des matières fécales récentes ou putréhées. La désinfection des selles très liquides s'obtient facilement à l'aide de 10 grammes de soude par litre de matières. De même que la potasse et à l'inverse de la chaux, la soude a une action antiseptique progressive et persistante : si l'on additionne du liquide de fosses d'aisances ou des selles putréfiées et réduites à l'état fluide, d'une quantité de soude caustique égale à 10 0/00, le nombre des germes va en diminuant du premier au troisième jour : souvent le liquide est trouvé stérile après ce dernier délai. 1. Sur les Antiseptiques. Annales de l'Institut Pasteur, 1880, p. 671. 22 ANx^ALES DE L'INSTITUT PASTEUR. La deslriiction du bacille ti/phiqne dans les selles peut être obtenue avantageusement par la soude. En 24 heures, des déjections additionnées de culture du bacille d'Eberth n'ont plus décelé de traces de ce dernier microbe après action d'une pro- portion de soude caustique égale à ou 10 grammes pour 1,000. Une quantité de soude correspondant à 6 (grammes /9om/' 1,000, ajoutée à des selles diarrhéiques additionnées elles-mêmes d'une grande quantité de bacilles dn choliha. a détruit ces derniers microbes en 24 heures. En résumé, des trois bases : chaux, potasse, soude, qui peuvent être employées pour la désinfection des matières fécales, la soude est certainement la plus efficace. Elle ne jouit pas seu- lement d'un {mouvoir antiseptique beaucoup plus grand, elle possède encore une action désodorisante supérieure à celle des deux autres substances. La quantité élevée de chaux qu'il serait nécessaire d'ajouter au contenu des fosses d'aisances rend l'emploi de cette dernière substance presque aussi coûteux que celui de ia soude; la sécurité qu'oilre la chaux est, en môme temps, moins certaine, puisque son pouvoir microbicide s'atténue avec le temps, alors que celui de la soude est, au contraire, progressif. Au point de vue pratique, la soude causti(]ue serait donc bien préférable à la chaux pour les usages de la désinfection. E. — Cinquième groupe de désinfectants : Acide phmiqiie et dérivés anliseptiques de lahouille. Acidephéniqne. — Laissant de côté les nombreux travaux sur l'acide phénique, je signalerai seulement ceux qui ont plus parti- culièrement trait à la désinfection des matières fécales. Selon Llffelman^ la solution d'acide phénique à 5 0/0, mélangée, à volume égal, à des selles de typhoïsants, n'amène pas la destruction du bacille typhique après i heure, mais seulement après 24 heures. C'est là une proportion réellement très grande. Aussi, d'autres auteurs (voir Gerloczky, Liborius, Green, Drossbach, Ziem, Kuchenmeister) rejettent l'emploi de l'acide phénique pour la désinfection des fosses d'aisances. 1. Bei-liner Klin. Wachenschrift, 1889. DESINFECTION DES MATIÈRES FECALES. 23 Nous nous sommes servi d'une solution d'acide phénique pur; cet acide a élé lui-même préalablement dissous, non dans l'alcool, mais dans la glycérine'. Lorsqu'on ajoute à des matières fécales une quantité d'acide phénique égale à 4 ou 5 grammes seulement pour 1,000 c. c. de matières, on observe, dans les cultures faites après 24 heures d'action, une diminution très grande du nombre des espèces bactériennes spéciales à la putréfaction. Alors que les cultures de contrôle sont rapidement fluidifiées par d'innombrables colonies dégageant une odeur nauséabonde, les cultures de matières phéniquées renferment un chilTre beaucoup plus faible de ces dernières. Cependant, pour en débarrasser totalement les selles, il est nécessaire de porter au moins à 9 gra,mmes 0/00 la proportion d'acide phénique. Encore, à cette dose, le B. coli commimis persiste. Il est en effet difficilement détruit, même après 24 heures, par 30 grammes d'acide phénique 0/00. Dans un cas, même, et avec une dose de oO grammes d'acide, il a été retrouvé quelques colonies vivantes du B. coli communis après 24 heures de désin- fection. En résumé, la proportion de 10 grammes d'acide phénique pour 1,000 c. c. ou de 10 kilogrammes par mètre cube de matières fécales pourrait donner des résultats satisfaisants pour la des- truction des microbes dits de la putréfaction. Mais^ si l'on veut tuer le coli-bacille avec certitude, il devient nécessaire d'employer l'acide phénique en proportion telle, que le prix de revient de ce mode de désinfection serait beaucoup trop onéreux. Huile lourde de liouille. — Recommandée par Dussart " et par M. Em^ery-Desbrousses ^ pour la désinfection des latrines, Ihuile lourde de houille est un m.élange très complexe, riche en phénol et en homologues de ce dernier. Elle dégage une forte odeur empyreumatique, non désagréable, et l'on s'explique que son usage se soit très répandu pour la désinfection des ■1. Ainsi que l'a établi Koch et que l'a confirmé Weber (Soc. de Médecine pratique, 11 oct. 1888), l'alcool diminue les propriétés antiseptiques de l'acide phénique. 2. Sur les propriétés antiputrides de l'huile lourde de houille, Union médicale, 22 août 1874, et C. R. de l'Académie des Sciences, 1874. 3. De la désinfection des fosses d'aisances par l'huile lourde de houille, Revue d'Hygiène, 1880, p. 503. 24 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. fosses. Le commerce la fournit, du reste, à très bas prix. A des doses de 50, 60, 80, 100 grammes d'huile lourde pour IjOOO cent, cubes de matières (soit 50 à 100 kilogrammes par mètre cube), le nombre des colonies vivantes qui pprsistent après 24 heures est tellement élevé qu'il est très difficile d'eu faire la numération dans les cultures en gélatine. Pendant les 12 ou 18 premières heures, on constate, il est vrai, une dimi- nution assez manifeste du chiffre des microbes; mais au bout de 24 heures, leur nombre augmente. Il y a plus : lorsqu'on mélange l'huile lourde aux matières et qu'on agite avec soin, une partie de l'huile surnage, l'autre partie se dépose au fond du récipient où elle forme un dépôt boueux noir. Or, si on ense- mence comparativement une goutte de matière prélevée à la partie moyenne de l'émulsion et une goutte prise dans ce dépôt, on constate que le nombre des germes vivants est plus considé- rable dans ce dernier, où cependant la substance antiseptique est en plus grande abondance. L'huile lourde de houille est donc un très mauvais agent de désinfection des matières fécales. Elle présente seulement l'avantage de les désodoriser d'une manière très efhcace par substitution de son odeur à celle des excréments \ Cn'Sfil. — L'acide crésylique (crésylol, crésol) et ses isomères forment les éléments désinfectants essentiels du crésyl. Lacide crésylique jouit de propriétés antiseptiques très énergiques sur lesquelles Egasse % Gautrelet% Delplanque*, Fraenkel% Hans Hammer S etc., ont insisté dans leurs recherches ^ Le crésyl participe donc des propriétés de ce dernier corps : lorsqu'on en 1. Les expériences de désinfection faites avec une liuile rh^ liouille éinulsionnée ayant pour formule : liiiile lourde de houille o kilogrammes. Colophane (J'^,oOO grammes. Lessive de soude à 06° B O'sSOO — Savon vert 0^^,500 — n'ont pas donné de résultats beaucoup plus satisfaisants. 2. Bulletin général de Thérapeutique, -1880, p. 542. 3. Journal de Médecine de Paris, 25 uov. 1888. 4.. De l'acide crésylique et de sespropriétés antiseptiques. Thèse de Paris, 1888. 5. Zeitschrift fur Hygiène, 1889. 6. Archiv fur Ilggiene, 1891. 7. Les antiseptiques de la série aromatique. Annales de rinstilut Pasteur, V, 1891. DÉSINFECTION DES MAÏIÉRES FECALES. -25 verse soil dans l'eau, soit dans du liquide de fosses d'aisances, il ne s'y dissout pas, à proprement parler, mais s'y émulsionne bien. Dans nos expériences, le crésyl s'est montré un excellent désinfectant des matières fécales. C'est aussi un désodorisant parfait. Des selles diarrhéiques fraklies ont été mélangées de doses successives de 3, -j, G, 8, 10 grammes decrésyl pour 1,000 cent, cubes de matières. La dose stérilisante relative a été de 5 à 8 grammes de crésyl par litre, soit 5 à 8 kilogrammes par mètre cube. Mais la disparition du coli-bacille n'a été obtenue qu'après 16 heures d'action du désinfectant. Les variétés micro- biennes appartenant aux diverses espèces de la putréfaction sont facilement anéanties, même avec 3 g-rammes de crésyl par litre de matières; pour les autres bactéries, le développem^enldans la gélatine de culture se fait avec un retard plus ou moins grand. On n'a pas la même constance dans les résultats si, au lieu de selles diarrhéiques fraîches, on s'adresse à des matières fécales un peu anciennes. La difficulté de la désinfection, qui a déjà été signalée pour les autres antiseptiques, se retrouve ici. Des doses de 3 à 5 grammes de crésyl 0/00 respectent une grande quantité de bactéries qui lluidifieut la gélatine en répandant une odeur infecte. Avec 8 grammes, les cultures décèlent une diminution considérable dans le nombre des germes demeurés vivants. On retrouve cependant encore quelques rares colonies du bacillus coU communis, et de nom- breux exemplaires d'un microcoque blanc jaunâtre, très analogue au staph. pijogenes aiireus, et qui a déjà été signalé dans le troisième paragraphe de ce travail. Ce microbe paraît présenter une résistance très grande à l'égard des dérivés anti- septiques de la houille; nous l'avons vu survivre dans des matières fécales additionnées d'huile lourde de houille en proportion élevée. On le retrouvera encore dans les matières traitées par le lysol, le solvéol et le solutol. Le crésyl ne le tue pas, même à la dose de 40 0/00, et après 48 heures de contact. Dans la pratique, la quantité de crésyl qui sera nécessaire pour désinfecter les fosses d'aisances et les matières fécales nor- 2G ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. maies esl de à 10 kilogrammes par miirc ctihe de matières, ou 9 grammes à 10 grammes par litre. Les essais qui ont été pratiqués pour'étudier la valeur désin- fectante du crésyl pour le bacille de la fièvre Uipho'ide dans les selles ont donné des résultats quelque peu variables. Le plus souvent, et avec une proportion de crésyl égale à ou 7 grammes 0/00, la disparition du bacille d'Eberth est obtenue en 24 heures. Dans certains cas, cependant, surtout si l'on opère sur des selles putréfiées et additionnées d'une forte quantité de bacilles typhiques immédiatement avant l'addition du désinfec- tant, il est nécessaire d'élever à 10 grammes la dose de crésyl. Ces faits semblent démontrer que le crésyl, malgré son activité désinfectante considérable, n'est pas l'agent de cli->ix pour la neutralisation des selles typhoïdiques. Par contre, le microbe du choléra est tué avec une très grande facilité par de faibles doses de crésyl. Au taux de 3 grammes pour 1,000, il tue, dans les selles, le bacille virgule en moins de 7 heures. Le crésyl est donc l'un des meilleurs, sinon le meilleur parmi les agents de désinfection des déjections cholé- riques. Lijsol. — La valeur antiseptique du lysol a été étudiée par divers auteurs (Gerlach, Schottelius, P. Cramer et P. Wehner, Havel, Haug, etc.). E. Remouchamps et Sugg', qui lui ont consacré un travail important, ont constaté que des morceaux de linge et de couvertures souillés par les matières fécales de cholériques ou de typhoïdiques, sont rendus stériles par le lysol à 1 0/0 au bout de 2 heures, à la température ordinaire; et en 30 minutes, à 50°. La proportion de 5 0/0 stérilise les selles en 5 secondes. Je me bornerai à donner les conclusions les plus importantes qui se dégagent des expériences que j'ai faites. Les selles diarrhéiques très fluides, les matières fécales fraîches diluées, jusqu'à consistance liquide, dans l'urine, sont désinfectées, en 24 heures, par une faible proportion de lysol : 6 à 7 grammes pour 1 .000 c. c. Seuls, quelques microbes inoffen- sifs peuvent persister, et à l'état très rare. Ces résultats se rapprochent donc de ceux qu'a fournis le crésyl. Mais lorsque les matières offrent une consistance un peu 1. Le laouvetnenl liygiénique, VI, p. 367 et 409. DESINFECTION DES MATIERES FECALES. 27 plus grande, ou qu'elles ont subi une fermentation qui les rapproche de l'état du contenu des fosses d'aisances, il faut alors porter la proportion de lysol à 10 ou M pour 1,000. La désinfec- tion des fosses exige doue 10 à 11 kilogrammes de lysol par mètre cube de matières fécales. 11 est néanmoins utile de noter qu'à cette dose le lysol est un peu moins actif que le crésyl, car il respecte un plus grand nombre de bactéries indifférentes, telles que le microc. rersicolor, le proleus vulgaris, le staphylocoque jaune signalé précédemment, etc. La désinfection obtenue par le lysol est progressive, en ce sens que le nombre des germes diminue de jour en jour dans les selles traitées par ce corps. C'est ainsi que des matières addi- tionnées de 0/00 de lysol renfermaient : Au bout de 2i hetircs -2,o00 bactéries par centimètre cube. — — 2 jours 1,500 — — — 4 jours 900 — •— Quelle est l'action du lysol sur le bacille de la ftrvrc typhoïde? Lorsqu'on ajoute, à une culture de ce microbe, une quantité de lysol égale à 1/200, le lysol lue le bacille d'Eberth, dans les cul- tures, en l.j minutes. A ce point de vue, le lysol est un peu plus actif que le crésyl qui, au taux de 1 0/0, n'a pas encore tué le bacille lyphique en l'j minutes (V. V Appendice). Dans les selles, la destruction du bacille pathogène est obtenue, en moins de 7 heures, à l'aide d'une proportion de lysol égale à 8 grammes pour 1,000 centimètres cubes de matières, ou 8 kilogrammes par mèti'c cube. La désinfection des déjections cholériques est réalisée en 7 heures, par l'addition de 3,5 de lysol pour 1 ,000, et à la tempé- rature moyenne de Hj". Solvéol. — C'est à F. von Heyden et à Ilueppe que l'on doit surtout l'introduction du solvéol parmi les désinfectants. D'après [Iuep[)e', Ilans Ilammer-, von Heyden', Koch Hagen \ le solvéol est plus actif que le lysol et les autres prépa- rations de crésylol. 1. Bci'liiwr A7in. ]\'ochcnsr/ir., 1891, nt> 4.";. 2. Arcliiv fur Ilijyicne, i89l, et Bevliner Klia. Woc/ie/ischr., 1891, n° 4S. 3. Ârcliir fur Hi/rjirne, XV, 1892, p. 341. 4. Deutsche tnedic. Woc/ienschr., 1892, n» 23. 28 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le solvéol dont je me suis servi avait un pouvoir anti- septique un peu inférieur à celui du 1} sol et du crésyL Additionné, à la proportion de 2, 5 et 6 grammes dans I5OOO c. c. de matièresfécales putréfiées, et comparativement avec des quantités égales de crésyl et de lysol, le solvéol détruit un nombre de bactéries manifestement moins considérable. Les cultures faites même avec les matières traitées par G 0/00 de solvéol, renferment une abondante flore microbienne et répandent une odeur putride; le coli-bacille demeure intact. Voici, du reste, les résultats fournis par l'une de ces expé- riences comparatives; nous y joignons, par anticipation, les résultats donnés par un autre antiseptique, le solutol, dont il sera parlé après le solvéol. L'expérience a porté sur des selles normales, délayées dans l'urine, additionnées d'eau de terre, et soumises à la putréfaction pendant 2 jours. La température a varié de 9'^ à Io'\0. Tableau III. NATURE du I) l'. s 1 N I' E C T A X T RÉSULTATS DES CULTURES APRÈS 18 HEURES NOMBRE DE MICROBES PAR C. C. DE MATIÈRES LA P R O P R T I K DE DÉSINFECTANT ÉTANT DE: .3 p. 1,U00. p. 1,000. 8 p. 1,000. Crésyl Lysol Solvéol Inaonibrables. B. de la putréfaction. ■ B. coll. Innombrables B. de la putréfaction. B. coll. Innombrables. B. de la putréfaction. B. coli, etc. \ Innombrables. 1 3.900 B. coli abondant. .0.300 B. coli, etc. 10.900 12.700 1 . 400 Surtout Staph. jaune. Ouelques col. du B.coli. 1.6i0 Pas de B. coli. 4.600 B. coli', St. jaune. 4.900 B. coli, Staph. jaune. Solutol Pour désinfecter les selles nonnales, il faut une proportion de solvéol égale à 12 pour 1.000. Pour obtenir, en 7 heures, la disparition du bacille typhiqiie dans les selles, il faut 10 grammes de solvéol pour 1.000 c. c. La destruction du bacille virgule dans les déjections cholériques exige une quantité de solvéol égale à 6 jMur 1,000. DÉSINFECTION DES MATIERES FECALES. :>9 Solutol. — Le liquide qui nous a servi dans ces expériences est livré dans le commerce sous le nom de solutol hnit. Il con- tiendrait 60 0/0 de crésol, dont 1/4 à l'état libre et 3/4 à l'état de crésolate de soude. * Les essais qui ont été faits avec le solutol ont donné des résultats à peu près analogues à ceux du solvéol. Peut-être, cependant, lui est-il un peu inférieur comme antiseptique. V COMPARAISON GÉNÉRALE DE L'ACTlvriÉ DES DIVERS DÉSINFECTANTS ÉTUDIÉS Les documents qui précèdent vont permettre d'apprécier comparativement l'efficacité des principaux désinfectants chi- miques des matières fécales. De ces recherches se dégage déjà un fait important : c'est que, pour amener la stérilisation des fèces et du contenu des fosses d'aisances, il est nécessaire, en général, d'employer des proportions de désinfectants bien supérieures à celles qui sont recommandées dans la pratique. C'est ce que va, du reste, confirmer le tableau qui suit. Les substances étudiées dans le cours de ces recherches y sont rangées par énergie décroissante. Le même tableau indique le pouvoir désodorisant relatif de chacune d'elles aux doses efficientes qui lui sont assignées. Il relate, en outre, la quantité de chacun des désinfectants qu'il faut employer, par homme et par jour, dans une agglomération humaine; cette proportion est calculée d'après la quantité moyenne de déjections excrétées par un adulte, savoir : urine, 1,500 grammes; matières fécales, 200 gr. Enfin, pour nous renfermer encore plus dans le but pratique qui a été imposé à ces recherches, nous faisons intervenir ici le prix de revient de chaque désinfectant dans les circonstances les plus usuelles. 30 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Tableau IV Classification, par énergie décroissante, des divers désinfectants des matières /t'ca/ei' normales, récentes ou putréfiées. Quantité miniina nécessaire pour chacun d^eux. QDANTIIE DE DÉSlSfECT.\NT DÉPENSE KÉCESSAIRE NATURE ■ PRIX par Q POOVOIR de inMre cube O du pour (lésinfectpr par homme et par OI5SERVAT10.NS Q di'Sijilorisanf 1,000 c. c. jour dans REVIENT : de c DliSINFECTA.NT le kilog. iiiatiéres à Z le matières fécales CD 21 lieiircs. une agglomération humaine. désinfecter. 1 Sulfate de cuivre' l'ass. 7 à 8sr,5 12 à 14fr.4 fr. 46 4fr. 2 i^résyl Tr. bon. 9 à 1 gr. 1.') à 17 gr. 17 gr. 1 to lo 3 Lyso'l A. bon. 10 gr. 20 Chlorure de chaux Tr. bon. 10 à 16si,7 17 à 2Ssr,3 29 4 83 Titre : 110 litres de Cl. û Solvéol ,\^. bon. 11 à li' gr. 18,Tlà20ï'-,4 72 6 Solulol .V. bon. 12 gr. 20s%4 » n r- Soude A. bon. , 12 gr. 20 gr. 342rr .> 24 8 Potasse -V. bon. ol gr. 10 9 Acide phénique. Bon. 30 gr. 340 gr. .3 20 96 10 Eau de Javel. . . Bou. 200 gr. 423 gr. lu 20 H Eau de Labar- raque Bou. 250 gr. 170 gr. 20 2d \-2 13 r.haux Pass. Tr. bon. 100 gr. plus de 150 c. plus de 2oogr U 30 45 Chlorure de zinc Chlorure de zinc. du commerce titrant 40». 14 Huile lourde de houille Tr. bon. plus de 200 gr plusde.340gr. 30 GO ir; Bichlorure de mercure à 1 p. 1,000 addit. de os^ d'HCl p. 1,000 Méd. II » » 1) Non pratique. 16 Sulfate de fer. . A. bon. » » Sulfate de pro- toxyde de fer du commerce non pi-atique. Le tableau ci-dessus, qui résume mes expériences, permet d'éliminer, de la pratique de la désinfection des matières fécales, certaines substances dont l'acLivité antiseptique est nettement insuffisante. Tels sont: le chlorure de zinc du commerce, l'huile lourde de houille, le sublimé corrosif, le sulfate de fer du com- merce. Leur emploi ne peut donner qu'une fausse sécurité. L'acide pliéni(iue détruit parfaitement la plupart des sapro- phytes vulgaires des selles, à la proportion de 10 grammes par litre. Mais pour détruire le bacille du côlon, il devient néces- saire de porter à 30 0/0 au moins la dose de cet ag-ent. Son empl oi serait trop coûteux DESINFECTION DES MATIERES FECALES. M Dans le même tableau, la chaux tient un rang assez peu élevé. Elle est au-dessous de la potasse et surtout de la soude. Nous sommes donc amenés à considérer comme les meilleurs agents désinfectants des matières fécales : en premier lieu, le sulfate de cuivre et le crésyl ; en second lieu, le hjsoU et le chlorure de chaux. De toutes ces substances, le sulfate de cuivre semble réunir le plus d'avantages, tant au point de vue de sa valeur antiseptique que de son faible prix de revient. Nous verrons même bientôt qu'on peut renforcer artificiellement son activité désinfectante. Le sulfate de cuivre présente, cependant, un inconvénient : il désodorise peu les matières fécales. A cet égard, il est bien inférieur au crésyl. D'une manière générale, il n'y a pas parallélisme entre le pouvoir antiseptique et le pouvoir désodorisant de ces divers désinfectants chimiques. C'est ainsi que le chlorure de zinc est un desplus efficaces commedésodorisant : des matièresputréfiées, additionnées même d'une petite dose de chlorure de zinc, devien- nent rapidement inodores. Or, ce sel stérilise très mal les mi- crobes des matières fécales. Il faut remarquer, d'ailleui's, que les odeurs de putréfaction ne sont pas toujours les mêmes et dues aux mêmes produits, la puissance désodorisante n'a donc qu'une valeur de second ordre, et il est inutile d'insister. VI DES CONDITIONS QUI MODIFIENT LEFFICACITÉ DES DÉSINFECTANTS. CONSÉQUENCES PRATIQUES. Les nombres qui précèdent, malgré la précision que j'ai cherché à leur donner, restent encore un peu contingents, parce que les matières fécales ne sont pas toujours, et surtout ne restent pas semblables à elles-mêmes. D'abord elles se peuplent, à mesure de leur putréfaction, d'individus nouveaux et d'espèces nouvelles qui accroissent, par leur présence, les difficultés de la désinfection: on sait en effet que l'action d'un antiseptique dépend du nombre el de la nature des microbes \ C'est là une des raisons 1. (Joufer. HaroldH. Mana. Action de certaines substances antiseptiques sur la levure. Annales de l'Institut Pasteur, 1894., n" H. 32 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. pour lesquelles les matières fécales en état de putréfaction offrent moins de prise à Faction des substances désinfectantes. Il existe, toutefois, une autre condition, conséquence directe de la précédente, mais qui la domine en importance. Je veux parler de la réaction alcaline des matières. Nous avons souvent vu qu'elles étaient plus difficiles à désinfecter quand on les avait laissées se putréfier. L'explication de ce fait ne semble pas diffi- cile, et, comme à côté de son intérêt théorique, il peut en sortir des conséquences pratiques, on nous permettra d'insister un peu. L'alcalinité, peu sensible au début, s'accroît rapidement, surtout sous l'influence de la chaleur, en été et pendant les temps orageux ',par suite de l'hydratation de l'urée tout d'abord, puis par suite de la fermentation des amides cristallisables et des matières azotées. A cette formation d'ammoniaque, vient s'ajouter celle de l'acide sulfhydrique et de mercaptans. On comprend dès lors que lorsqu'on ajoute à des matières ainsi putréfiées des agents désinfectants, tels que les sulfates et les chlorures minéraux, on détermine la décomposition partielle de ces sels ; le sulfate de cuivre donne un précipité d'hydrate d'oxyde de cuivre, les hypochlorites sont décomposés, les sels de zinc, de fer, de cuivre donnent des sulfures au contact du sulfhydrate d'ammoniaque; c'est exactement ce que nous avons fait expérimentalement en neutralisant, par une petite quan- tité de sulfhydrate d'ammoniaque, le sublimé et les autres sels additionnés aux matières fécales. Les effets d'un désinfectant ne peuvent donc pas être dans tous les cas identiques à eux-mêmes, et telle proportion d'anti- septique, qui était suffisante pour stériliser les selles à l'état récent, devient incapable d'amener le même résultat lorsqu'elles sont fermentées. i. Ainsi que l'a montré M. Miquel (Étude sur la fermentation ammoniacale et sur les ferments de l'urée. Annales de Micrographie, t. I, p. 478), la fermentation ammoniacale s'accomplit mieux à où" qu'à des températures inférieures. Les microbes qui sont les agents les plus actifs de cette fermentation ont pour optimum de température une chaleur égale ou même supérieure à oO». Mais, par contre, une partie de l'AzH^ se volatilise sous l'influence de cette température, ou se neutralise par suite de sa transformation en carbonate : les matières perdent donc une partie de leur alcalinité. Si nous ajoutons, d'autre part, que la chaleur accroît l'efficacité des désinfectants, on voit quelle est la complexité du phé- nomène de la désinfection des matières fécales et de l'urine. DÉSINFECTION DES MATIÈRES FECALES. 33 Notons, comme confirmation de ce que précède, qu'il est une catég-orie de désinfectants dont l'application fournit des résultats à peu près constants, quel que soit l'état de putridité et d'alca- linité des selles. Ce sont précisément les bases alcalines ou alcalino- terre uses (potasse, soude, chaux) qui ne sauraient trouver, dans la réaction alcaline préexistante du milieu, un obstacle capable de les neutraliser chimiquement et d'affaiblir leur vertu antiseptique. Pour l'emploi des désinfectants salins, tels que le sulfate de cuivre, le chlorure de chaux, il est donc indispensable de modi- fier la proportion de ces derniers, suivant que les matières fécales sont récentes ou qu'elles sont anciennes. Et c'est pourquoi les doses indiquées dans le tableau IV, n'ont pu être ramenées à un chifîrefixe pourcertaines substances, etqu'elles sont, par exemple, de 7 grammes à 8''',5 pour le sulfate de cuivre, et de 10 grammes à i6-'",66 pour le chlorure de chaux. On peut tirei% semble-t-il, de ces expériences et des considé- rations qu'elles soulèvent, une conséquence pratique intéres- sante. Si, en effet, l'alcalinité du contenu des fosses d'aisances et des matières putréfiées est une des causes qui atténuent la puissance microbicide de quelques agents désinfectants, ne peut- on restituer à ces derniers toute leur activité et renforcer même celle-ci en saturant, à l'aide d'un acide minéral, l'ammoniaque et les produits alcalins contenus dans ces liquides? L'expérimentation a confirmé entièrement ces prévisions. Le sulfate de cuivre, le chlorure de chaux acquièrent, lorsqu'ils sont aides du concours d'un acide, une énergie antiseptique consi- dérable sur les selles. Des essais comparatifs ont été faits sur des matières fécales putréfiées, mélangées à de l'urine fortement ammoniacale. On a employé, d'une part, le sulfate de cuivre seul, d'autre part, le même sel en ajoutant simultanément de l'acide sulfurique dans la proportion de 1 0/0 par rapport au volume des matières à désinfecter '. 1. Cette quantité d'acide sulfiiriquo. diminue, par elle-même, le nombre des bactéries contenues dans les selles putréfiées et alcalines, surtout dans les pre- mières heures. Mais après :.*4 lnuirus leur cliiH're s'élève ; on ne peut donc attribuer à l'acide suU'urique seul les résultats si favorables que donne son adjonction au sulfate de cuivre. 34 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Voici les résultats obtenus dans l'une de ces expériences. Temp. ambiante. Proportion de Nombre de germes par c. c. de matières, désinfectant. après 24 heures. — — Sulfate de cuivre seul. Sulfate de cuivre -f- SO* II*. ()" o 0/00 Innombrables. 1.960 à 4. — a.GOO 220 1406 5 — 1.320 60 6 — 860 14 En conséquence, et dans ces conditions nouvelles, la propor- tion maxima du sulfate de cuivre, qu'il est nécessaire d'ajouter aux matières fécales putréfiées et au contenu des fosses d'aisances, descend de S-^o à G grammes et même à 5 grammes p. 1000 c. c. La désodorisation oîjtenue est également plus efficace. Le chlorure de chaux est, avec le sulfate de cuivre, celui des désinfectants qui bénéficie le plus de l'emploi simultané d'un acide minéral, tel que l'acide chlorhydrique. Il y a avantage, dans l'emploi de ce désinfectant, à acidifier au préalable les ma- tières par IIGl avant d'y ajouter le chlorure de chaux. La neutra- lisation préventive des produits alcalins étant faite, l'excès d'acide provoque ensuite le dégagement de chlore à l'état nais- sant dans le milieu même à désinfecter. La proportion active de chlorure de chaux sec, qui était de 16,130 00, descend à 9 ou iù pour iOOO. Le chlorure de chaux devient ainsi l'un des meilleurs agents de désinfection des selles, là oii son odeur pénible n'en contre-indique pas l'emploi. Dans cette question essentiellement pratique de la désinfec- tion des matières organiques et du contenu des fosses d'aisances, il existe, à côté de la richesse du milieu en bactéries et de son degré d'alcalinité et de putréfaction, quelques autres facteurs qui méritent une mention spéciale. J'ai à peine besoin d'indiquer la fluidité plus ou moins g'rande des selles. Elle peut faire varier beaucoup la quantité de désinfectant à employer. Ajoutons enfin un dernier élément important : c'est la lempé- rature à laquelle s'opère la désinfection. Dans des travaux bien connus, Behring ', ïïeyden-, Cham- berland etFornbach^, etc., ont établi que les substances anti- 1. Zeitsrhrifl fi/r Hijfjlene, t. IX, n" ?,, 1890. 2. Archiv fur Hi/oiene, t. XV, p. 341, 189i'. 3. Annales de I Institut Pasteur, 1893. DÉSINFECTION DES MATIERES FECALES. 35 septiques possèdent une activité d'autant plus grande qu'elles sont employées à une température plus élevée. Ou conçoit, en efîet, qu'à 59° et,, a fortiori, au delà, la chaleur Joint ses effets bactéricides propres à ceux du désinfectant. Mais elle n'a pas besoin d'être aussi élevée pour agir, et on peut constater que l'efficacité des désinfectants à l'égard des microbes contenus dans les matières de vidange varie avec la saison. C'est ainsi que, dans ces expériences pratiquées à Alger dans le courant des années 1893 et 1894, l'efficacité des désinfectants s'est montrée, toutes choses égales d'ailleurs, sensiblement plus grande en été et en automne, qu'en hiver. Pour contrôler ces résultats, des expériences ont été faites avec le sulfate de cuivre et le chlorure de chaux sur des matières de même origine et de même ancienneté, placées, d'une part dans la glacière, d'autre part à une température un peu supérieure à la moyenne. Les résultats de l'une de ces expériences vont mettre en lumière le rôle de la température ambiante : Nature du désinfectant. Nombre de germes vivants, par c. c. et après 2i heures : — , à la glacière à IS» — 2i»,o. Sulfate de cuivre : l 0/00 2.675 1 .0.IO Chlorure de chaux : 8 — S. 300 3.830 En résumé, il ne faut point négliger, dans la pratique, certains facteurs accessoires dont l'ensemble peut influer sur les résultats qu'on peut attendre des agents antiseptiques. Fluidité plus ou moins grande des matières de vidange, état récent ou ancien de celles-ci, degré d'alcalinité, origine normale ou pathologique des déjections, température ambiante, etc., sont autant de causes qui modifient, dans des proportions souvent très grandes, le pouvoir antiseptique des substances désinfec- tantes. VII DÉSINFECTION DES SELLES PATHOLOGIQUES Il nous reste à spécifier quels sont les agents désinfectants les mieux appropriés à la stérilisation des déjections patholo- giques, et plus spécialement de celles qui renferment le bacille de la fièvre typhoïde ou le microbe du choléra. Notons tout d'abord que la désinfection des selles morbides 36 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. a été trouvée toujours plus facile que celle des matières fécales normales, putréfiées ou non. Cette remarque s'applique aussi bien aux déjections contenant le bacille virugle qu'à celles qui renferment le bacille d'Eberth. D'ailleurs la flore microbienne de ces dernières est relativement restreinte, et se réduit princi- palement, lorsque les selles sont récemment émises, au Bac. coli communis et au bacille typhique. D'autre part, les déjections pathologiques sont toujours plus ou moins liquides, et par suite plus accessibles à la désinfec- tion. Le tableau qui suit indique la proportion minima de chaque désinfectant, que nécessite la destruction du bacille d'Eberth dans les selles typhoïdiques. Certains des saprophytes qui l'accompagnent habituellement comme satellites sont plus résis- tants que lui et, pour obtenir simultanément leur disparition, il faudrait, en réalité, se reporter aux chiffres fournis par le tableau IV. Nonobstant, et en raison même de la nature des selles, les doses indiquées dans le tableau suivant amènent une diminution considérable et parfois même, une disparition presque complète de tous ces saprophytes. Tableau V. Indiquant la proportion minima de désinfectants nécessaire pour tuer le bacille tijphinue dans les selles, en '2i heures et à 15°. NUMERO NATURE du DÉSINFECTANT Sulfate de cuivre. . . . Id. + lp.l00deSO*H* Chlorure de chaux.. . . kl. + 1 p. 100 deHCl. Lysol Crésyl .Solvéol Soude Potasse Chau.x PROPORTIONS DE DESINFECTANTS 1. Pour 1.000 f. c. de selles lyphiques f raidies, addiiionnées de bacille d'Eberth. 5 grammes 8 à 10 grammes 6 fframmes oO grammes 2. Pour 1.000 c. c. de selles typhiques putréfiées, additionnées de bacille d'Eberth. 4 grammes 12 à 1.5 grammes 7 grammes 9 grammes 1 grammes 10 grammes 10 grammes 16 grammes 50 sframmes Le sulfate de cuivre, acidifié par Vacide sulfurique, est donc le meilleur ayent de désinfection des selles tuphoïdiques. DÉSINFECTION DES MATIERES FECALES. 37 Pour obtenir la destruction du bacille typhique dans les mêmes selles en 1 hPAirc, et à la température moyenne de lo", il faut employer, pour 1,000 c. c. de matières, 10 grammes de sulfate de cuivre -[-10 grammes d'acide sulfurique. Le mélange doit être fait avec soin. La destruction du microbe du choléra, dans les selles, exige, d'une manière générale, une proportion de désinfectants plus petite encore que celle qui est nécessaire pour la mort du bacille typhique. Tableau VL îiidiquant la proportion niininia de désinfectants nécessaire pour tuer le bacille du choléra dans les selles, en 2i heures et à la tempé- rature moyenne de lo°. NU.MÉRO d'uudre NATURE du DÉSINFECTAI r QUANTITE NECESSAIRE 1. Pour stériliser 1.000 e.c. île selles (liirrhéiques récentes additioDiiées de bacille du clioléra 2. Pour stériliser l.OIIO e.e. de selles diarrhfiques pwn-é/(^e.y addiliunDées de bac. du ctiulcra 1 2 3 4 6 7 8 y Crésyi :) grammes 3S',0 4k'-,o 3si-,ô 6 grammes 4 grammes ti grammes 2'j grammes 3 à 4 grammes G grammes 4 grammes S.'î'.oO à grammes 5 grammes grammes grammes 12 grammes 25 a 30 grammes Sulfate (le cuivre ld. + lp.de 1(J0SU*H^ Chlorure de chaux. . . Id. + 1 p. 100 deHCI. Potasse En conséquence, le crésyl, le lysol, le sulfate de cuivre -f- acide sulfurique, le chlorure de chaux -|- acide chlorhydrique, se partagent, à quelques faibles dilférences près, le premier rang pour la désinfection des selles cholériques. Le crésiil est cependant, de ces divers agents, celui qui possède, en réalité' l'activité la plus grande à l'égard du microbe du choléra, dans les matières fécales. Mais il est à noter que, lorsqu'il s'agit de désinfecter des déjections anciennes ou putréliées qui renferment le komma-bacille, il peut encore y avoir avantage à employer, de préférence au crésyl, soit le sulfate de cuivre acidifié, soit le chlorure de chaux également acidifié ; car, bien que le bacille du choléra soit également tué par les uns et par les autres aux 38 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. proportions sus-indiquées, le nombre des saprophytes sur- vivants est moins élevé lorsqu'on fait agir le sulfate de cuivre ou le chlorure de chaux acidifiés que lorsqu'on traite les mêmes matières par le crésyl. Pour obtenir, en 1 heure, et à la température moyenne de 15", la destruction du bacille du choléra dans 1,000 cent, cubes de matières, il faut employer, au minimum : Crésyl 6 grammes ; Sulfate de cuivre acidifié G grammes ; Chlorure de chaux acidifié 8 grammes ; Le mélange doit être fait avec soin. Appendice. Tous ces chiffres, relatifs à la désinfection des selles, ne sont pas naturellement les mêmes que ceux qui correspondent à la stérilisation d'un bouillon de culture, ensemencée avec les mêmes espèces pathogènes ou vulgaires. Pour juger du parallé- lisme des chiffres dans ces conditions très différentes, des cultures pures de quelques microbes ont été additionnées d'une pro- portion d'antiseptique rigoureusement égale à 1/200, 1/100, 1/50, etc., par rapport au volume de la cult.ure. On agite et, après un certain nombre de minutes, on prélève, avec une pipette stérile, une goutte du mélange précédent. On neutralise, s'il y alieu, l'antiseptique de la même manière que pour les cul- tures de contrôle des matières fécales; puis, on ensemence dans du bouillon neuf. Le tableau suivant condense les résultats de ces essais. Le signe -1- indique la survie du microbe ; le signe — indique que le microbe a été tué ; les proportions indiquées d'antiseptiques sont des millièmes, c'est-à-dire des grammes par litre, ou des kilogrammes par mètre cube. Oq verra, dans ce tableau, qu'il n'y a pas parallélisme exact entre l'action des désinfectants, d'une part, sur les microbes développés dans le bouillon, d'autre part sur ceux qui sont incorporés aux matières fécales. Le même tableau montre que la substance désinfectante la plus énergique envers les cultures microbiennes est le chlorure de chaux; cette conclusion est conforme aux résultats des expé- riences de MM. Chamberland et Fernbach, qui ont été signalées à plusieurs reprises dans le présent travail. DES[NFECTION DES MATIÈRES FECALES. 39 ++ +4- I I + 1 ++ I + 1 ++ + -M + 1 + 1 +- ++ ■+' I + 1 I + 1 I î + 1 ++ + i- I I ++++ ++++ I I ++ I I I I + ++ + ++ + 1 ++ ++ ++I I ++i + -+ +- ++ I I + 1 + I++ ++ ++ ++ ++ ++ + 1 + 1 -1-4- + + + + +4 ++ ++ ++ -f+ ++ + f -i + -i + ++ I I -f+ + 1 + 1 I I I I + ~ + 1 1 1 ++I 1 + 1 ++++ 1 1 + 1 ++ 1 1 1 1 1 1 ++++ 1 1 ++ ++ + 1 ^1 ++ ++ ++ 4-+-f + + ++ j ++ -f+ ++ ++ + 1 kl + 1 ++ + 1 ++ ++ ++ -+ I ++ + + + + ++ ++ ++ ++ ++ ++ ++ ++ ++ ++ ++ (sj)iiuiai m) DVnOD M 3311110 M lO 30 o -.o o hni o ) O )0 o :0 o ETUDES SUR LA DIPHTERIE Par m. le Dr J. BARDAGH La remarquable découverte de Behring, si féconde par ses résultats scientifiques et pratiques, a provoqué toute une série de travaux sur les propriétés préventives et thérapeutiques du sérum sanguin des animaux immunisés contre la diphtérie. J'ai moi-même fait sur ce sujet, depuis 1891, des études qui ont été publiées en russe en janvier 1893. Maintenant que, grâce surtout aux travaux de M. Roux, on peut considérer comme résolue la question de l'application thé- rapeutique du sérum, toutes les observations sur la diphtérie acquièrent un intérêt encore plus grand, et je crois utile d'ex- poser brièvement les résultats de mes études. RENFORCEMENT DE LA VIRULENCE DES BACILLES DIPHTÉRIQUES En 1889 j'avais obtenu une culture diphtérique très virulente avec les fausses membranes d'un enfant qui succomba à la diphtérie. Un quart de c. c. de celte culture faite dans du bouillon et âgée de 3 jours tuait un cobaye en 30 à 36 heures. Pendant les deux années suivantes, cette culture ne fut entretenue que par ensemencement sur gélose. Elle perdit par suite sa virulence à un tel point, qu'un centi- mètre cube de culture en bouillon, âgée de 2 jours, ne provo- quait plus chez le cobaye qu'une infiltration passagère au point d'inoculation. Il fallait 2 c. c. pour rendre diphtérique un cobaye et le tuer en 7 à 8 jours. En 1891, j'eus besoin d'une culture virulente, et j'essayai de renforcer ma culture affaiblie en faisant des passages d'abord sur le cobaye, aveclequelje ne réussis pas mieux que ne l'avaient fait, avant moi, MM. Roux et Yersin; puis sur le lapin, avec lequel je n'eus pas de meilleur résultat. Quant aux chiens, ma culture, même à la dose de 20 c. c, nèfles tuait pas. ÉTUDES SUR LA DIPHTERIE. 41 Je me demandai alors si la méthode de renforcement par passages continus sur des animaux de moins en moins sen- sibles, méthode si souvent utilisée à l'Institut Pasteur pour des maladies virulentes, s'appliquait aussi aux maladies toxiques, comme l'est la diphtérie. On sait que, dans cette maladie, les bacilles injectés ne se développent que localement, même lorsqu'ils sont très virulents: ils rencontrent donc dans l'organisme des conditions qui les empêchent de s'y répandre, et ceux qui subsistent au point d'in- jection doivent être les plus résistants, les plus toxiques. Je me disais donc qu'en isolant le microbe au moment de la lutte, c'est-à-dire au moment delà tension des forces en présence, on pourrait obtenir une culture des bacilles les plus virulents. J'inoculai donc à des chiens des doses énormes (40 c. c.) de mes cultures affaiblies, âgées de 2 jours. Il se formait au point d'inoculation un œdème assez volumineux, dans lequel on retrouvait après 15 heures des bacilles diphtériques. Le liquide séreux de cet œdème fut ensemencé sur de la gélose et dans du bouillon. Ayant ainsi obtenu une culture pure, je l'ino- culai à un second chien; après 15 heures il s'était formé un œdème séreux gélatineux au point d'inoculation. Le liquide de cet œdème était pauvre en bacilles, et beaucoup d'ensemence- ments restèrent stériles. Le centre de cet œdème était occupé par un foyer de pus épais et gluant, dans lequel presque tous les leucocytes polynucléaires contenaient des amas de bacilles, dont quelques-uns ne se coloraient que peu ou point. La quantité des bacilles libres était comparativement beaucoup moins grande. Je continuai à faire des passages de la même manière, avec des cultures provenant du pus, et en contrôlant la virulence de mes cultures par des inoculations à des cobayes. Ce n'est qu'après le 5^ passage par le chien que j'obtins un certain renforcement, tellement faible, qu'un quart de c. c. de culture en bouillon mettait 4 jours à tuer les cobayes. Il en fallait 1 c. c. pour les tuer en 48 à 50 heures. Chez les chiens, une dose de 20-10 c. c. provoquait un œdème séreux-hémorragique avec des foyers purulents ; la phagocytose était très active dans ces foyers, et on ne trouvait que peu de bacilles non englobés. Les chiens étaient malades et avaient des vomissements biliaires fréquents. 42 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Ce n'est toutefois qu'après 2o passages par le chien que j'obtins des cultures, dont un quart de c. c. était mortel pour le chien et 0,015 de c. c. pour le cobaye. La culture était donc devenue 80 fois plus virulente qu'au début. La dose mortelle était devenue 1/20000 du poids de l'animal pour le cobaye, et 1/60000 pour le chien. Les passag-es par le chien avaient donc exalté davantage la virulence pour les chiens que pour les cobayes. Évidemment les bacilles diphtéritiques s'étaient adaptés à la lutte contre les cellules de l'organisme du chien. VACCINATION DES CHIENS PAR DES DOSES DE PLUS EN PLUS ÉLEVÉES DE CULTURES VIRULENTES Voulant immuniser une série de chiens contre la diphtérie, je m'arrêtai au procédé de vacccination par inoculation de petites doses croissantes de cultures virulentes. J'inoculais les chiens dans le flanc, en introduisant généra- lement une dose de culture inférieure à la dose mortelle, mais qui provoquait un malaise, souvent d'assez longue durée. Dans toutes les expériences, j'employai la même culture, provenant de l'œdème du chien du 23^ passage, et âgée de deux jours. La réaction était locale et générale. La réaction locale se traduit par un œdème qui se résorbe plus ou moins vite ; quelquefois, quand les tissus ne sont pas encore habitués au poison, la réaction ne se limite pas à la formation d'un œdème : les modifications du tissu sont si pro- fondes, qu'elles amènent quelquefois une nécrose superficielle. On observe aussi parfois la formation d'abcès, provoqués pendant la vaccination par de très petites quantités de culture. Souvent on peut constater la présence de bacilles diphtériques dans ces abcès. M. Wcrnicke avait aussi trouvé des bacilles très virulents dans les abcès pendant la vaccination de ses chiens. Mais la durée de leur vie dans l'organisme diminuait à mesure que l'animal devenait plus réfractaire. M. Wernicke croit que la virulence des bacilles subit de profondes modifications très tôt après l'injection; déjà après 3-4 jours, il ne trouvait plus de bacilles vivaces. Dans la plupart de mes expériences, les bacilles virulents restaient vivants au moins 5 jours. ÉTUDES SUR LA DIPHTERIE. 43 Parmi les phénomènes de réaction locale, je dois citer encore la chute des poils, non seulement à l'endroit de l'inoculation, mais aussi à ses environs, ce qui doit être dû aux désordres de la nutrition cutanée. Les poils repoussent plus tard. La réaction générale se traduit par l'état de l'animal; sou- vent même, sans réaction locale, les chiens sont tristes, ne mang-ent point, et ceci dure pendant quelques jours. Souvent ils maigrissent, et leur poids diminue notablement déjà après l'intro- duction des premières petites doses de culture. Mais en général, si on procède à la vaccination avec beaucoup de précautions, les oscillations dans le poids ne sont pas bien grandes. Le poids diminue après les injections, mais redevient d'ordinaire bientôt normal. Mes expériences prouvent en général que les chiens s'accou- tument lentement aux inoculations du bacille diphtérique, du moins à celui de ma culture. Ainsi j'ai des chiens qui, ayant déjà reçu en somme plus de 100 c. c. de culture virulente, continuent néanmoins à réagir à de plus fortes doses par des phénomènes locaux et généraux. Cette immunité, lentement établie, est donc relative et non absolue. Mais elle peut être poussée très haut avec le temps, et en augmentant les doses. VACCINATION ET TRAITEMENT DES COBAYES PAR LE SÉRUM DE CHIENS IMMUNISÉS Après avoir immunisé une série de chiens, j'ai étudié les propriétés immunisantes de leur sérum. Celui-ci peut être conservé indéfiniment pur dans des réci- pients stériles, et je n'y ai jamais ajouté ni acide phénique, ni aucun autre antiseptique. Souvent je l'employais plus ou moins longtemps après la saignée, mais je n'observais jamais aucune modification dans les propriétés de ce sérum, conservé in vitro. J'ai commencé par m'assurer que le sérum du chien normal, non vacciné, inoculé à deux cobayes, ne les empêcha pas de succomber à une injection de culture diphtéritique. Par contre, le sérum des chiens immunisés avait des propriétés non seulement préventives, mais aussi thérapeutiques. Je vais décrire une expérience concrète pour montrer la marche progressive du procédé d'immunisation. 44 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Je fis une première saignée à un chien le lendemain du jour où il avait reçu 3 c. c. de culture diphtérique. Il en avait reçu en tout 17 c. c, et avait réagi par un faible œdème qui s'était bientôt résorbé. On injecta 4 c, c. de son sérum à quatre cobayes, qui, 24 heures après, reçurent 0,0(j c. c. de culture diphtérique. Deux survécurent et deux succombèrent à la diphtérie. Parmi les cobayes infectés par des doses deux fois moins grandes (0,03 c. c), deux survécurent, un succomba à une cachexie diphtéritique presque un mois après, tandis que le témoin mourut le 6® jour. Enfin tous les cobayes qui avaient reçu 0,013 c. c. survécurent, tandis que leur témoin succomba le 7" jour. Là 2« saignée fut faite 13 jours après l'injection de 5 c. c. d'une culture diphtéritique; le chien avait très fortement réagi, il avait reçu en tout 33 c. c. de culture. Des cobayes ayant reçu 4 c. c. de sérum de ce chien, se sont montrés après 3 mois réfractaires à la toxine. Après 4 mois, l'immunité n'était plus constante, et après 5, elle avait presque disparu. Ainsi un des cobayes infectés guérit après une maladie de quatre semaines; deux cobayes furent longtemps malades et succombèrent à une cachexie diphtéritique; enfin un cobaye mourut de la diphtérie après une semaine. Une nouvelle saignée fut faite au même chien, qui avait déjà reçu en tout 49,3 c. c. de culture. On injectait le sérum en quantité de 1 90 du poids de l'animal. Introduit 24 heures avant l'infection, ce sérum se montrait préventif pour une dose 8 fois plus élevée que la dose mortelle. Une série d'expériences prouva que la propriété du sérum était très notablement renforcée. Ainsi un demi c. c. préserva les cobayes contre l'infection de 0,25 c. c. d'une culture diphtérique introduite 24 heures après, tandis que le témoin succomba dans 3 jours. La puissance immunisante du sérum qui, à la saignée précédente était de 1/300, était devenue 1/10000. — Dans une seconde expérience, le pouvoir préventif du sérum était de 1/23000. Ainsi 0,23 c. c. de sérum avaient préservé deux cobayes, inoculés par 0,23 de culture diphtérique, tandis que le témoin mourut dans 3 jours. Il faut ajouter que, dans cette expérience, deux cobayes vaccinés succombèrent après très longtemps à une cachexie diphtéritique. ÉTUDES SUR LA DIPHTERIE. 45 D'autant plus surprenant fut le résultat de l'expérience sui- vante, qui révéla une suspension du pouvoir immunisant du sérum. Le même chien avait été saigné le lendemain d'une injection de 7 c. c. de culture diphtérique. Il avait reçu en tout 70,5 c. c. de culture, et n'avait réagi que très faiblement à la dernière injection. Le pouvoir immunisant de son sérum était presque nul : tandis que précédemment 0,25 c. c. préservaient contre 0,25 c. c. de culture diphtérique, maintenant une quantité de sérum 16 fois plus grande (4 c. c.) ne préservait plus contre une une dose de culture 2 fois plus petite (0,125)! Pour me rendre compte de la durée de cette suspension du pouvoir immunisant, je saignai ce même chien après deux semaines. Son sérum se montra de nouveau actif à un haut degré : 0,125 c. c. étaient préventifs contre 0,25 c. c. d'une culture diphtérique qui tuait le témoin en 48 heures. La propriété immunisante était donc de 1/50000. Des cobayes vaccinés par ce sérum résistèrent à des injec- tions de cultures diphtériques 16 fois plus grandes que la dose mortelle, et faites après 3-4 mois. Le sérum avait été injecté dans la proportion de 1/300 à 1/1000 du poids de Fanimal. Si on l'injecte en proportion de 1/2500 du poids de l'animal, l'immunité conférée n'est pas durable, mais les cobayes ne succombent néanmoins qu'après un très long temps à des doses qui tuent les témoins en 2-3 jours. Ainsi, malgré la suspension passagère du pouvoir immuni- sant du sérum, on constate néanmoins qu'il s'accroît proportion- nellement au renforcement de l'immunité du chien. Les cobayes vaccinés réagissent d'une façon locale et générale aux injections de cultures diphtériques. La réaction locale se traduit par un œdème plus ou moins accentué à l'endroit de l'inoculation. Cet œdème se résorbe bientôt quand l'immunité conférée est déjà renforcée ; dans le cas contraire, la peau et le tissu sous-cutané se nécrosent. J'ai pu dans certains cas retirer des bacilles diphtériques de dessous l'escharre, encore 12 jours après l'inoculation de la culture. Pendant la vaccination, on observe quelquefois des paralysies chez les cobayes. Parfois il y en a qui, après avoir résisté à l'in- fection, et augmenté en poids, meurent subitement. 46 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. L'autopsie ne démontre rien d'anormaL On se demande si la mort ne dépend pas, dans ces cas, de la paralysie des muscles ou des nerfs cardiaques? A des cobayes ayant supporté une injection de culture diphté- rique après avoir été vaccinés, on a inoculé, 15 jours ou un mois après la dernière injection, suivant la réaction à laquelle elle avait donné lieu, des doses de toxine qui se sont élevées jusqu'à 200 fois au-dessus de la dose mortelle, et qui ont été bien supportées. L'immunité peut donc être portée à un degré très élevé, mais elle ne peut être conférée que lentement, et par des doses gra- duellement renforcées. Toute précipitation peut compromettre l'immunisation, et même parfois faire perdre le terrain déjà conquis. Dans le cours de mes expériences sur la vaccination des cobayes, j'ai étudié les méthodes de MM. Brieger, Kitasato et Wassermann. Je préparais le bouillon de thymus d'après les indications de ces savants. Les ensemencements n'étaient faits que dans ce bouillon, qui restait opalescent après la stérilisation, et qui formait un précipité blanc et floconneux après l'addition d'acide acétique. Les bacilles diphtériques s'y cultivaient moins bien que dans le milieu ordinaire. Des injections répétées de 2 c. c. d'une culture âgée de 3 jours, et chauffée pendant 1/4 d'heure à 60-70°, ont été faites dans le péritoine de cobayes qui, 9 jours après, furent inoculés avec une dose de 0,06 de c. c. d'une culture diphtérique. Us succombèrent tous à la diphtérie, quoique plus tard que le témoin. J'employais pour mes expériences des cobayes jeunes ou pas trop vieux, car je voulais étudier la vaccination et l'infection de la diphtérie surtout dans le jeune âge. Le sérum des chiens fortement immunisés a une propriété non seulement préventive, mais aussi thérapeutique à la dose de 1/3000. Il faut donc employer pour le traitement des cobayes une quantité de sérum au moins 30 fois plus grande que pour l'immunisation. Le sérum, injecté 24 heures avant l'inoculation de virus, agit déjà préventivement. L'immunité, conférée par le sérum, se conserve pendant des mois ; elle est d'autant plus durable, que la force du sérum pré- ventif est plus grande ; si celle-ci est élevée, de petites doses peuvent conférer une immunité déjà durable. ÉTUDES SUR LA DIPHTERIE. 47 VACCINATION ET TRAITEMENT DES LAPINS PAR LE SÉRUM DES CHIENS IMMUNISÉS J'ai fait surtout des expériences sur les lapins, car M. Lœffler ayant montré qu'on pouvait provoquer chez eux des fausses mem- branes dans la trachée, le tableau de leur infection ressemble à celui de la diphtérie humaine. Dans mes premiers essais, j'injectais dans la trachée des lapins de petites doses de cultures diphtériques sur gélose, provenant des 6*^ à 8« passages par le chien. Je n'obtenais pas toujours des membranes, et quelquefois le lapin ne ressentait même aucun malaise. Alors je remplaçai ces cultures par des cultures dans du bouillon, ensemencées avec l'œdème du chien du 2o« passage. J'obtins de meilleurs résultats, mais il fallait employer pourtant de grandes doses (0,5-0,3 c. c.) pour conférer la maladie au lapin. Pour adapter ma culture à l'organisme du lapin, je fis une série de passages par cet animal. J'inoculai aux lapins 5 c. c. d'une culture âgée de deux jours (25® passage, œdème du chien), et je les sacrifiai le lendemain, comptant trouver des bacilles plus viru- lents dans le foyer phagocy taire. Mais la réaction est beaucoup moins forte chez le lapin que chez le chien, et ce n'est qu'une fois sur cinq que je trouvai un amas purulent avec une quantité insignifiante de bacilles, dont la virulence ne difi"érait en rien de ma culture du 25"^ passage par le chien. Les bacilles qui étaient puisés dans l'œdème séreux, et qui ne se développaient pas toujours après 24 heures, ne donnèrent non plus aucun renforcement de virulence, ni pour les lapins, ni pour les cobayes. J'essayai une autre méthode, indiquée par MM. Roux et Yersin : j'inoculais 0,S c. c. de culture dans l'oreille du lapin. Je sacrifiais l'animal G heures après, j'éloignais les entrailles et l'estomac, que je remplaçais par du papier stérilisé, et je mettais le lapin dans l'étuve pendant 24 heures. J'obtenais quelquefois des cultures diphtéritiques de la rate et du foie, mais elles étaient presque toujours impures. Je m'arrêtai donc à une troisième méthode, qui me donna de bons résultats : j'injectai 4-5 c. c. de culture diphtéritique très virulente dans la veine de l'oreille d'un lapin. Il en mourait toujours après 48 heures, avec des phénomènes de dégénérescence graisseuse 48 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. aig-uë du foie, une inflammation aiguë, hémorragique des intestins, et unehyperémie générale de tous les organes. J'obte- nais très souvent des cultures pures du foie, de la rate et du sano- du cœur. J'inoculais ces cultures à un autre lapin, qui suc- combait à son tour en 24-48 heures. De cette manière j'obtins après quatre passages une culture dont la virulence n'avait pas augmenté pour le chien et le cobaye, mais seulement pour le lapin. Ainsi, tandis que la culture du ^o" passage par le chien n'était mortelle pour le lapin qu'en dose d'un c. c, et cela en 6-8 jours et plus, la culture, obtenue par les passages de lapin à lapin, était mortelle aune dose de 0,5 c. c. en .d-6 jours. Une injection de 0,25 c. c. dans la trachée était suffisante pour provoquer une diphtérie mortelle, et presque toujours des fausses membranes. Une inoculation intraveineuse de 0,5 c. c. tuait le lapin en 2 jours. J'employai cette culture dans toutes les expériences suivantes. On peut donc, pour ainsi dire, adapter un microbe à la vie dans l'organisme d'un certain animal, pour lequel sa virulence sera accrue, sans avoir subi aucune modification pour les autres espèces. Quand sa virulence est très renforcée, le microbe peut quelquefois se développer dans les organes et même dans le sang. Ayant déterminé la virulence de ma culture pour les lapins, j'entrepris l'élude de leur vaccination et de leur traitement. Je fis en tout 34 expériences sur la vaccination. 20 des lapins immunisés furent inoculés de la diphtérie dans la trachée. 16 de ces lapins, dont 8 avaient été infectés 3 mois après la vaccination, résistèrent. Six autres lapins immunisés furent inoculés dans les veines et succombèrent tous. Enfin des 8 lapins immunisés et inoculés sous la peau, 4 succombèrent. Etudions la marche de la vaccination des lapins, suivant la virulence du sérum et la méthode d'inoculation. 4 lapins furent vaccinés par le sérum du 4*^ chien de passage. La force immunisante de ce sérum, contrôlée sur des cobayes, était de 1/3000. Un cobaye, ayant reçu 1/360 de son poids, supporta une dose de culture diphtérique 8 fois mortelle. J'in- jectai à mes 4 lapins 4 c. c. de sérum (1/200 de leur poids). ÉTUDES SUR^LA DIPHTÉRIE 49 Malgré la grandeur absolue et relative de cette dose, ils succom- bèrent tous en 4-8 jours à l'inoculation sous-cutanée d'un c. c. de culture diphtéritique (le témoin succomba le 7« jour). Ces lapins perdaient leur appétit, avaient la diarrhée,, et un œdème plus ou moins notable à l'endroit de l'inoculation. Quand le lapin mourait le 4«-o« jour, on pouvait encore isoler quelque- fois de l'œdème des bacilles diphtériques, A l'autopsie, on trouvait une infiltration et une congestion des vaisseaux sous-cutanés, une hyperémie des organes parenchymateux et des ganglions lymphatiques, et une notable dégénérescence graisseuse du foie. Le résultat de cette expérience était tout à fait imprévu: ou devait s'attendre à pouvoir immuniser plus facilement le lapin, animal peu sensible, que le cobaye, d'autant plus que la quantité de sérum et sa i)ropriété immunisante étaient élevées. Il arrivait au contraire que le sérum, dont la force immuni- sante était de 1/3,000 pour les cobayes, ne préservait point du tout les lapins. A la suite de ce résultat, j'injectai aux lapins de plus grandes quantités de sérum des chiens plus immunisés encore. Quatre lapins furent inoculés par 8 c. c. de sérum chacun (l/iOO de leur poids). La force immunisante de ce sérum était pour les cobayes de 1/10000. 24 heures après, j'inoculai à chacun des lapins 1 c. c. de culture diphtérique sous la peau; tous réagirent par un faible œdème et guérirent bientôt. Cette infection supportée renforça l'immunisation des lapins. Un mois après, ils furent de nouveau inoculés par l,o de c. c. de culture diphtéritique et ne réagirent plus du tout. Cette expérience prouve que, seul, le sérum possé- dant une forceimmunisante très élevée pour les cobayes, préserve le lapin contre une infection diphtérique. En comparant les réactions produites par la vaccination du cobaye et du lapin, nous constatons que, pour qu'elles soient égales, il faut inoculer au cobaye une dose de sérum de 1/370 de son poids, tandis qu'au lapin la dose doit être de 1/100. Donc, pour immuniser un lapin contre une inoculation diphtérique sous-cutanée, il faut lui injecter une dose au moins 3, 3 1/2 fois plus grande qu'au cobaye. 11 faut en outre considérer qu'on inoculait au lapin une 4 50 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dose deux fois mortelle, tandis que la dose injectée au cobaye était 16 fois mortelle. Il faut donc conclure que le sérum immunise plus facilement le cobaye, animal plus sensible^ que le lapin, qui l'est moins. Cette conclusion montre, entre autres choses, qu'on n'est pas autorisé à regarder l'effet du sérum comme une neutralisation du virus diphtérique introduit dans l'organisme. Ainsi, dans une expérience, j'injectai 4 c. c. de sérum (1/200 du poids de l'animal) à un lapin et à un cobaye (1/190). Le premier succomba et le second survécut à une inoculation de culture diphtérique. On voit donc que la même quantité de sérum est préventive pour un animal et ne l'est pas pour l'autre. Les expériences d'infection intraveineuse sont encore plus instructives. Tous mes lapins, vaccinés par 4 c. c. de sérum (1/3,000 du poids du cobaye), succombèrent à une infection diphtérique intraveineuse en même temps ou même plus tôt que le témoin. Ils avaient été inoculés par une dose minimale mortelle. Le sérum employé était le même qui avait préservé des lapins contre une infection diphtérique sous-cutanée ; il ne les préservait pas néanmoins contre une infection intraveineuse, faite 24 heures après la vaccination. D'après MM. Ehrlich et Behring, « l'immunité passive » des animaux vaccinés par le sérum serait due à des propriétés anti- toxiques, acquises par le sang. Je crois que les expériences exposées par moi parlent contre cette supposition. Si elle était juste, c'est précisément l'infection intraveineuse qui devrait être supportée le plus facilement, car le virus sécrété par les microbes devrait être détruit à mesure de sa production par le sang, qui est surtout porteur des propriétés antitoxiques. En réalité, c'est le contraire qui a lieu : justement l'infection intraveineuse est la seule contre laquelle je n'ai pu préserver aucun lapin. Je crois que la cause de ce fait peut être expliquée comme il suit : les bacilles, introduits dans la circulation sanguine, sont promptement transportés et éliminés dans les organes internes, où ils commencent à produire activement leur toxine. Celle-ci pénètre donc simultanément dans divers endroits de l'organisme et y provoque de profondes modifications, surtout dans le foie. Les cellules ne peuvent pas s'adapter à la toxine en un temps si ÉTUDES SUR LA DIPHTÉRIE 51 court et succombent, malgré les grandes quantités d'antitoxines qui circulent dans le sang. Par contre, dans l'infection sous-cutanée ou autrement locale, les cellules de l'organisme vacciné ont le temps de s'adapter à la toxine; certaines cellules des organes, étant en état de légère excitation fonctionnelle, due à la présence des antitoxines, sécrètent des contre-poisons. 11 est possible que les sécrétions cellulaires antitoxiques aient un caractère diastasique. (Des expé- riences de M. Gamaléia ont démontré que certains ferments solubles atténuent ou détruisent les toxines diphtériques.) Ces contrepoisons pénètrent dans le sang, sont transportés par tout l'organisme et stimulent les cellules à une sécrétion analogue d'antitoxines. L'immunisalion de l'organisme en résulte. Je passe à la vaccination contre le troisième moyen d'infection par la trachée. La trachéotomie et l'injection sont bien suppor- tées par les lapins; la plaie guérit ordinairement par première intention; on ne fait qu'une ou deux sutures. Tous leslapinsvaccinésavecle sérum, immunisantles cobayes à la dose de 1/3000 de leur poids, succombèrent à la diphtérie après 2-5 jours. Malgré la vaccination, les lapins eurent des fausses mem- branes, une respiration bruyante caractéristique, de l'asthme, de la faiblesse générale, et ils succombèrent à cet état. Un seul des lapins n'eut pas de fausses membranes. Dans l'expérience suivante, j'employai un sérum dont la force immunisante était de 1/10000 du poids du cobaye. Six lapins furent vaccinés avec 8 c. c. de ce sérum chacun, ce qui leur conféra l'immunité à tous. Après l'injection de la culture diphtérique, la respiration ne se modifia pas chez trois de ces lapins ; ils n'eurent pas non plus de fausses membranes, du moins assez notables pour produire un effet. Les trois autres lapins eurent des fausses membranes, qui disparurent progressivement dans le courant d'une semaine; leur présence se traduisait par de l'asthme et une respiration bruyante caractéristique. Les lapins étaient faibles et se remettaient avec peine. Ainsi, un sérum d'un pouvoir immunisant élevé préserve le lapin d'une inoculation diphtérique ultérieure dans la trachée ; même la réaction locale — les fausses membranes — peut être 5-2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. très insignifiante. La quantité de sérum employé était de 1/lÛO du poids du lapin. L'immunité des lapins fut contrôlée après un mois ; on leur inocula 1,5 c. c. de culture diphtérique sous la peau. Un seul des lapins réagit fortement et| succomba après 2G jours d'une cachexie diphtéritique, malgré la vaccination et l'infection, supportée la première fois. Les autres lapins résistèrent très bien. Je fis l'expérience suivante, dans le but d'étudier les proprié- tés immunisantes d'un sérum encore plus actif. Je vaccinai 10 lapins chacun avec 8 c. c. de sérum du chien du quatrième passage. (La propriété immunisante de ce sérum était de 1/20000 pour les cobayes.) Deux de ces lapins furent inoculés après 24 heures par une culture diphtérique dans la trachée. Tous les deux restèrent complètement bien portants les jours suivants ; leur respiration resta tout à fait régulière. (Le témoin succomba après 3 jours avec notables fausses membranes.) Les autres 8 lapins furent inoculés dans la trachée après trois mois. La majorité eut des fausses membranes qui provoquèrent une respiration bruyante caractéristique, accélérée et souvent irrégulière; les lapins perdaient tout appétit, devenaient faibles, mais finissaient par se rétablir. Le témoin succomba le troi- sième jour à la diphtérie. Ainsi le sérum des chiens fortement immunisés peut conférer une immunité durable aux lapins contre une infection dans la trachée. Pourtant cette immunité diminue avec le temps, car nous avons vu que les lapins infectés 24 heures après la vacci- nation supportaient l'injection dans la trachée, sans aucune réaction, tandis que ceux qui furent infectés trois mois après la vaccination réagirent tous. Nous avons vu que le sérum d'une force préventive faible ne confère pas d'immunité locale aux muqueuses; quand les pro- priétés préventives de ce sérum sont renforcées, la vaccination provoque une immunité locale des muqueuses, cette immunité locale disparaît avec le temps, tandis que l'immunité générale résiste. Ainsi l'immunisation des lapins est possible, mais elle exige des inoculations de sérum, dont les doses absolues et relatives au poids de l'animal doivent être plus grandes que celles qui vaccinent le cobaye. ETUDES SUR LA DIPHTÉRIE. 53 Peut-on guérir les lapins, déjà malades de la diphtérie? Pour résoudre cette question, j'ai fait des expériences d'infection des lapins par la trachée suivie d'un traitement, 24 heures après par le sérum de chiens très fortement immunisés. Dans la première expérience, les lapins étaient déjà très malades vers le début du traitement; beaucoup d'entre eux avaient des fausses membranes, respiraient irrégulièrement et bruyamment, et quelques-uns étaient affaiblis. Un seul se portait bien au début du traitement. Tous les 8 lapins de cette expérience furent vaccinés par 20 c. c. de sérum (1/40 de leur poids) chacun. (Ce même sérum avait préservé les lapins d'une infection ulté- rieure dans la trachée en proportion de i/100 de leur poids.) Cette énorme quantité de sérum ne produisit aucun effet sur les phénomènes morbides locaux. Ainsi chez 2 des lapins, les fausses membranes se formèrent après l'injection de sérum. Néanmoins, malgré les phénomènes morbides très prononcés au début du traitement, je réussis à guérir 4 des lapins d'une infec- tion absolument mortelle (les témoins succombaient en2-4jours), tandis que 4 autres succombèrent après 3 jours. Ainsi je parvins à sauver la moitié de mes lapins déjà très malades, en les traitant par une dose de sérum 2,5 fois plus grande que la dose vacccinante. Dans l'expérience suivante, j'infectai 10 lapins; 2 d'entre eux ne furent point traités et sucombèrent en 1 et 5 jours; des 8 traités, 2 succombèrent et G guérirent. Le traitement fut com- mencé 24 heures après l'infection. Oninoculaitauxlapins 20c. c. de sérum (1 40). Leur état était grave au début du traite- ment : tous avaient des fausses membranes, quelques-uns étaient fortement affaiblis. Néanmoins la sérumthérapie se montra très efficace (le pouvoir immunisant du sérutn était du 150,000 pour les cobayes) car elle préserva des lapins qui avaient déjà des fausses membranes. Les doses thérapeutiques n'étaient que deux fois et demie plus élevées que les doses préventives. Il est vrai que ces dernières étaient elles-mêmes très élevées. Dans le traitement comme dans la vaccination, l'effet du sérum est différent pour les cobayes et les lapins. Il est plus facile de vacciner les cobayes que de les guérir : le sérum dont la force immunisante est de 1/100000 n'est cura- tif qu'à la proportion de 1/3000. 11 faut donc employer pour le 54 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. traitement des cobayes des doses au moins 30 fois plus grandes que celles qui les vaccinent. Chez les lapins, la propriété curative d'un sérum, même moins actif, n'est que de deux fois et demie moins grande que sa force immunisante. La cause de cette différence doit être cherchée en partie dans la différente manière dont se comportent les cellules du cobaye et du lapin envers les bacilles diphtériques. Les bacilles introduits dans l'organisme du lapin ne sont que faiblement englobés par ses phag-ocytes; ils peuvent par suite librement sécréter leurs toxines qui, en s'accumulant et en empoisonnant les tissus, pro- voquent la mort de l'animal. Pour immuniser un lapin, il est donc indispensable de renforcer le pouvoir phagocytaire de ses cellules. Cet effet n'est obtenu qu'à l'aide de doses de sérum préventif plus grandes que celles qui sont employées pour les cobayes, dont la phagocytose est plus active. J'ai pu m'assurer de la justesse de cette supposition en expérimentant sur des lapins immunisés et non immunisés. La chimiotaxie positive est faible chez les lapins à l'état normal, ainsi que j'ai pu m'en assurer par des expériences directes. Après leur avoir injecté du sérum préventif, j'étudiai de nouveau chez les mêmes lapins la propriété chimiotaxique dans différentes périodes. Je constatai qu'elle était devenue notablement plus élevée. Je trouvai dans tous les tubes capillaires, introduits sous la peau de l'oreille de ces lapins, d'assez grands amas de leucocytes. Les cellules des lapins vaccinés sont donc plus facilement attirées par les ba- cilles diphtériques, qu'elles peuvent alors englober et digérer. Mais il faut une grande quantité de sérum préventif pour renforcer les propriétés phagocytaires des cellules du lapin, pro- priétés qui sont peu développées avant la vaccination. En résumé, je crois pouvoir tirer des expériences ci-dessus les conclusions suivantes : Lesbacilles diphtériques affaiblis, introduits dans l'org-anisme, y acquièrent, à un moment donné, une virulence renforcée. Ces bacilles ont un pouvoir pyogène, et l'on peut isoler du foyer purulent les bacilles les plus virulents. A côté de ceux-ci, on trouve, dans les phagocytes, des bacilles présentant tous les stades de destruction. ETUDES SUR LA DIPHTERIE. 55 On peut immuniser les chiens en leur injectant de petites doses, toujours croissantes, de cultures fortement virulentes. Mais l'immunité, si élevée qu'elle soit, reste relative. L'immunisation est due aux cellules de l'organisme qui s'accoutument à digérer les bacilles et à élaborer des contre- poisons diphtéri tiques. Ces contre-poisons, en circulant dans le sang-, provoquent une certaine excitation des cellules et per- mettent au tissu de l'organisme de combattre le virus en les accoutumant à son effet. Le pouvoir préventif et curatif d'un même sérum n'est pas égal pour les différentes espèces. L'immunité s'établit aussitôt après l'injection du sérum. Les cobayes sont réfrac taires encore quatre mois après la vaccination, etleslapinsrésistent, trois mois après la vaccination, à une infection dans la trachée. Les animaux, dont l'immunité est affaiblie, meurent pourtant notablement après les témoins. REVUES ET ANALYSES SUR LA SACCHARIFIGÂTION DE L'AMIDON REVUE CRITIQUE L'amidon, dont j'ai étudié les propriétés dans le dernier numéro des Annales, subit, lorsqu'il est gélatinisé ou même à l'état cru, sous l'influence de la salive, des sucs digestifs, ou du malt dans la cuve du brasseur, des transformations complexes dont l'étude préoccupe les chimistes et les physiologistes depuis le commencement du siècle. L'empois d'amidon se fluidifie, prend une saveur sucrée et une consis- tance gommeuse. Il s'y forme en effet un sucre, le maltose, et une substance qu'on a longtemps confondue avec la gomme et que M. Biot a appelée de.rtrine, après avoir constaté qu'elle différait de la gomme en ce qu'elle déviait fortement à droite le plan de polarisation de la lumière. Quant au sucre, son histoire est singulière, car il a été découvert plusieurs fois et plusieurs fois oublié. On l'a d'abord confondu avec le sucre d'amidon ou glucose, produit par l'action des acides sur l'amidon. Payen et Persoz * avaient bien remarqué que ce dernier est cristalli- sable, tandis que l'autre ne l'est pas. Mais cette distinction, d'ailleurs très contingente, avait d'autant moins frappé l'attention que Guérin- Varry - n'avait obtenu aucun résultat bien net en cherchant à diffé- rencier les deux sucres. C'est encore Biot '■' qui, en 1842, apporte un document précis en constatant que le sucre de malt a un pouvoir rotatoire double de celui du sucre d'acide : il proteste nettement contre leur identification. Biot, on le sait, avait beaucoup de peine à convaincre les chimistes de l'importance du pouvoir rotatoire ; il est suffisant, il est vrai, qu'il en ait convaincu M. Pasteur. Bref, son observation ne changea rien aux habitudes. Elles résistèrent même à l'assaut plus violent que leur livra, en 1846, M. Dubrunfaut \ Dans une revision attentive des propriétés des deux sucres, qu'il réussit à purifier mieux qu'aucun de ses devanciers, ce savant trouva que le pouvoir rotatoire du maltose était trois fois plus grand que celui i. Ann. de Ch. etde Phtjs., t. LUI, p. 73, et t. LVL p. 337. 2. Journal L'Inatilut, 1835, n" 103. 3. Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, 1842, p. 619. 4. Ann. de Ch. et de Phys., t. XXL P- 178. REVUES ET ANALYSES. :\1 du glucose, et signala en outre ce fait capital que le maltose chauffé avec les acides devenait du glucose. Il n'y avait donc plus moyen de con- fondre ces deux sucres, et il est vraiment curieux qu'au lieu d'accepter cette notion qui nous semble aujourd'hui si simple, les savants se soient si longtemps obstinés dans une vieille conception qui ralentissait leur marche en embarrassant le chemin et en leur imposant une langue fausse. Pour bien comprendre la nature de l'obstacle, il faut savoir ceci : les matières provenant de la saccharification de l'amidon, sucre et dextrine. étant difficiles à séparer du liquide et à préparer à l'état pur, on ne les isolait pas pour les peser séparément, quand on faisait l'étude d'un moût. On cherchait leur poids total et on faisait la distribution de ce poids entre la dextrine et le sucre, en utilisant soit les pouvoirs rotatoires de ces deux substances, soit leurs pouvoirs réducteurs sur la liqueur de Fehling, supposés connus une fois pour toutes. Le pouvoir rotatoire de la dextrine est assez exactement connu depuis longtemps : il est voisin de 220". Si le pouvoir rotatoire de la liqueur étudiée est voisin de ce chiffre, elle ne contient que de la dextrine; s'il se tient au-dessous, il y a d'autant plus de sucre que la diffé- rence à 220° est plus grande: maison conçoit que le calcul de proportion donnera des chiffres fort différents, suivant qu'on croira à la présence du glucose dextrose, dont le pouvoir rotatoire est de 52°, 5, ou à celle du maltose dont le pouvoir rotatoire est de 137o. Ce nombre de 137 partage à peu près en deux parties égales la distance de 52", 5 à 220°. Il en résulte qu'un liquide dont le pouvoir rotatoire serait de 137" contiendrait soit uniquement du maltose dans le cas où on se range à l'opinion de M. Dubrunfaut, soit un mélange à parties égales de dextrine et de dextrose, dans le cas où on accepte l'opinion courante du monde savant aux environs de 1850. Mêmes incertitudes au sujet du pouvoir réducteur. Cent parties de maltose ne réduisent pas autant de liqueur de Fehling que cent parties de dextrose. Elles en réduisent seulement autant que 61 parties de dextrose. On exprime ce fait en disant que le pouvoir réducteur du maltose est 61. 11 en résulte que là où les fidèles du dextrose compte- ront 61, les croyants au maltose devront compter 100, c'est-à-dire augmenter environ des deux tiers les chiffres calculés pour le dextrose. C'est là la transposition que nous devrons faire subir tout à l'heure aux chiffres relevés jusqu'en 1872, année où le maltose apris pied dans la science et dans les calculs. Mais il y a, au sujet du trouble qui a régné jusqu'à ce moment dans la science, une autre remarque à faire, c'est qu'il aurait suffi, pour l'empêcher de naître, d'un travail un peu soi- gneux et attentif. 11 n'y avait, dans la question, aucune de ces diffi- 58 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. cultes, aucun de ces traquenards dans lesquels on est excusable de tomber. Le maltose a un pouvoir rotatoire beaucoup plus lort et un pouvoir réducteur beaucoup plus faible que le dextrose. L'évaluation faite avec le polarimètre ne devait donc pas coïncider avec l'évaluation faite au moyen de la liqueur de Fehling. Par exemple, le liquide à pou- voir rotatoire de 137°, que nous citions tout à l'heure, et qui, dans l'hypothèse du dextrose, en renfermait 50 0/0 de sa matière dissoute, devait, dans l'hypothèse du maltose, avoir un pouvoir réducteur de 61 au lieu de 50, et cette différence n'était pas faite pour échapper, si on y avait regardé de près. C'est le grand mérite, la grande nouveauté du travail d'O'Sullivan *, d'avoir fait la confrontation exacte du pouvoir rotatoire et du pouvoir réducteur, d'avoir montré qu'ils ne coïnci- daient que si on admettait une production de maltose, qu'il a du reste isolé. Et c'est ainsi que le maltose a été redécouvert une dernière fois par M. O'Sullivan, mais cette fois, il faut l'espérer, d'une façon définitive. La science lui a même donné un compagnon, l'isomaltose, préparé pour la première fois par Fischer ^ par l'action de l'acide chlorhydri- que concentré sur le dextrose, et retrouvé ensuite successivement par Scheibler et Mittelmeier ^ dans le sucre d'amidon commercial, et par Lintner ' dans le moût et la bière. Si cet isomaltose était produit en aussi grandes quantités que le maltose, il remettrait tout en question, même les exactes déterminations et les conclusions de M. O'Sullivan, car s'il a à peu près le même pouvoir rotatoire que le maltose (139° au lieu de 137°) son pouvoir réducteur est sensiblement plus faible, et les nombres du calcul et de l'expérience ne seraient de nouveau plus d'accord. Heureusement pour les chimistes, cet isomaltose se forme en proportions très faibles quand les circonstances de la saccharificalion sont bonnes, et nous pouvons, après avoir visé sa présence, le confondre avec le maltose, en nous rappelant seulement, pour expliquer sa présence dans la bière, qu'il est un peu moins facilement fermentescible que lui. II Nous avons maintenant une autre question à nous poser. Sous quelle influence l'amidon fournit-il de la dextrine et du maltose, lors- qu'il est soumis à l'action de la salive, des sucs digestifs du pancréas, ou noyé dans la cuve du brasseur? On rapporte d'ordinaire au chimiste 4. Journal of the chem. Soc, 4872, p. 579. 2. Ber. d.d. chem. Gesellsch., t. 23 p, 3687 8. Ibidem., t. 24, p. 301. 4. Zeitschr. /'. d. (/esammte Brmiweseti, 4894 et 1892. REVUES ET ANALYSES. 59 Kirchoff ' l'honneur d'avoir montré que cette saccharification peut s'accomplir à la température ordinaire, sous l'influence d'une matière contenue dans le gluten putréfié ; mais, dans les conditions où opérait Kirchoff, l'intervention des infiniment petits était inévitable, et peut- être nécessaire au résultat. Son expérience a par suite perdu aujour- d'hui toute force probante au sujet de la déduction qu'on en tire; les mêmes objections s'adressent à celle de Saussure ^, qu'on cite aussi, et c'est à Payen que nous devons de connaître une matière capable de produire sous un poids très faible, et dans un temps très court, la saccharification d'une grande quantité d'amidon : c'est la substance qu'il a appelée diastase, et que nous appelons aujourd'hui amijlase pour la distinguer des autres diastases similaires découvertes depuis. Payen lui a donné son premier nom, en a indiqué la source la plus pure et la plus abondante, l'orge germé, et a proposé le mode de pré- paration qui, avec quelques modifications apportées par Lintner, sert encore aujourd'hui. Lorsqu'on mélange un empois à 5 ou 6 0/0 d'amidon avec un peu de cette amylase dissoute dans Peau tiède, ou plus simplement avec le liquide filtré d'une macération de malt broyé, et qu'on surveille la marche du phénomène, trois choses peuvent frapper. 1° Le mélange se fluidifie et se clarifie en quelques instants, 2,3,4 minutes, suivant la température. On n'y voit plus nager, au bout de ce temps, que quelques pellicules flottantes, qui du reste persistent jusqu'à la fin, et appartiennent évidemment aux parties les plus cellulosiques du grain d'amidon. 2" Soumis de temps en temps à l'épreuve de la liqueur d'iode, le liquide, qui se colorait d'abord en bleu, se colore ensuite en violet, qui devient de moins en moins foncé, et vire au rouge, puis au jaune. Finalement la teinte ressemble à celle que donnerait la même quantité d'iode dans l'eau pure. Nous retrouvons là la succession de teintes que nous avons visée dans notre dernière Revue, et que nous avons considérée comme révélant surtout la désagrégation graduelle du grain d'amidon, son passage de l'état colloïdal à l'état liquide, et non, comme on le dit d'ordinaire, la dégradation, la dislocation de sa molécule chimique. Nous n'avons attribué à ce phénomène qu'une importance médiocre quand nous avons étudié l'amidon: nous en agirons de même à propos des dextrines. Du moment que l'amidon soluble peut présenter, suivant son degré de dilution, toutes les teintes qui ont servi à distinguer les dextrines en çolorables et non colorables, en enjthrodextrines et achroode.rtrines, nous pouvons faire passer au i. Schweigger's Journal i%[^, p. 389. 2. Pogg.Arm., t. 32. 1838. 60 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. second rang cette distinctionqui a paru trop essentielle, et nous aurions même le droit de dire que dans les érythrodextrines, qui se colorent en rouge plus ou moins foncé sous l'action de l'iode, il y a un mélange d'acliroodextrine, ou de dextrine incolorable, avec quelques résidus d'amidon soluble, mais non encore dextrinifié, et communiquant leur coloration propre à la masse avec laquelle ils se trouvent mélan- gés. Je ne sais, dans la science, aucun argument de fait contraire à cette manière de voir: elle ne heurte que les habitudes prises, et nous l'accepterons, comme la plus logique. Elle nous permet de renoncer à l'action de l'iode pour l'étude théorique du phénomène de saccha- rification, et à toutes les distinctions parfois subtiles auxquelles cet emploi a donné lieu. 3° Ce sont les pouvoirs réducteur et rotatoire qu'il faut envisager de préférence, et ils nous disent ceci : Le pouvoir rotatoire du mélange décroit et le pouvoir réducteur croît rapidement jusqu'à une certaine limite, variable avec la température, mais toujours la même, à la condition que la dose d'amylase ne soit pas forcée. A partir de cette limite, le phénomène devient très lent, et il faut des heures et des jours pour ce qui exigeait seulement des minutes avant cette limite. Si on prend, un peu arbitrairement, il est vrai, pour un état d'équilibre cette limite rapidement atteinte et lentement dépassée, on peut, en dosant les quantités de dextrine et de maltose produites, traduire par une équation la transformation subie par l'amidon jusqu'à ce moment. La formule brute de l'amidon est C'^ H-" 0'". La formule brute de la dextrine est la même : celle du maltose en diffère par l'addition d'une molécule d'eau H^ 0, et peut par conséquent être écrite G'^ H-^ 0". Quand une molécule de dextrine devient une molécule de maltose, l'équation de transformation est, en appelant d la molécule de dextrine, (^ la molécule d'eau, m la molécule de maltose. fl -\- e =^ m A chaque molécule d'amidon ou de dextrine qui se transforme en maltose correspond la fixation d'une molécule d'eau. Il en résulte que le nombre de molécules d'eau fixées est toujours égal au nombre de molécules de maltose produit, et le nombre de molécules d'amidon égal à la somme des moléculesde dextrineet des moléculesde maltose. Cela posé, nous pouvons préciser le problème dont les chimistes cherchent depuis si longtemps la solution. Pour quelques-uns, et Payen était du nombre, la molécule d'ami- don devient une molécule de dextrine sans rien gagner ni rien perdre, par un changement de position des atomes constituants, qui sont les mêmes et en même nombre dans l'une et dans l'autre : c'est un REVUES ET ANALYSES. 61 simple phénomène dlsomérie.Cest ensuite cette dextrine qui donne du maitose en se combinant avec une molécule d'eau. Pour d'autres, l'amidon ne peut se transformer en dextrine sans donner en même temps du maitose: c'est un dédoublement avec hydratation. Les deux phénomènes de production de dextrine et de maitose, au lieu d'être successifs et indépendants comme le pensait Payen, sont simultanés et solidaires. La molécule d'amidon est com- posée d'un ensemble de feuillets qui se détachent et s'isolent; les uns sont des feuillets de dextrine, les autres deviennent du maitose en s'hy- dratant: c'est là la théorie de Yeffemllement, de la dislocation de la molécule d'amidon : elle devient un polymère qui se dépohjmérise. m Il est clair que ce n'est pas à la réaction terminée qu'il faut demander des arguments pour ou contre l'une de ces explications, et qu'on déciderait bien nettement entre elles si on pouvait prouver que, du commencement à la fin de la saccharification, il y a un rapport constant entre la dextrine et le maitose produits. La théorie de la dislocation pourrait seule rendre compte de cette constance. Mais on n'a pas fait cette preuve, qui est en effet impossible à faire; il y a peu de maitose et beaucoup de dextrine au début de la réaction, et la proportion des deux corps est incessamment véritable. On a même infirmé d'avance la valeur de cet argument en admettant que l'effeuil- lement ne se fait pas avec la même vitesse dans toutes les molécules, et que par conséquent, au même moment, toutes ne sont pas également avancées. C'est au moment où la réaction se ralentit, où apparaît cette sorte d'état d'équilibre dont nous parlions tout à l'heure, qu'on fait l'analyse du liquide, et ce sont les proportions de dextrine et de maitose trouvées à ce moment qu'on a fait entrer en ligne. Musculus ', qui a le premier mis en faveur cette théorie de la dislocation, a surtout invoqué en sa faveur deux sortes de raisons. La dextrine, disait-il, n'est pas transformable en sucre par la diastase, car il en reste toujours, à la fin de la saccharification, qui s'obstine à ne pas disparaître, quel que soit le temps qu'on lui donne pour cela. Ce n'est pourtant pas que la diastase manque, car si, dans un liquide de saccharification où la dextrine reste inerte, on ajoute de nouvel amidon, il va se saccharifier à son tour en laissant, lui aussi, un résidu irréductible de dextrine. Ce premier argument est devenu un peu caduc depuis qu'il a été prouvé que cette dextrine, sinon inattaquable, du moins peu atta- quable à la température à laquelle elle était formée, pouvait être attaquée à plus basse température, surto ut si on ajoutait de la diastase fraîche. Il n'est plus douteux que, comme le voulait Payen, la 1. Ann. de ch. et de phys., t. LX (3). p. 203; et t. VI. (4) p. 177. , .^ . . , luj[ L î 62 ANNALES DE L'INS TITUT PASTEUR. dextrine ne puisse donner du maltose sous l'action de la diastase, et dès lors cette théorie précise de la dislocation de la molécule d'amidon, en sucre et en dextrine inattaquable par la diastase, perdait de son caractère incisif. Mais il y avait un autre argument en sa faveur, et il est clair qu'elle gagnerait beaucoup en créance si les nombres de molécules de dextrine et de maltose résultant de la dislocation d'une molécule complexe d'amidon étaient toujours dans un rapport simple. Cettesim- plicité s'explique bien dans une théorie, pas ou mal dans l'autre, et pourrait servir de critérium entre les deux; c'est ce qu'avait bien vu Musculus quand il annonçait, dans son premier travail, qu'une molécule d'amidon donne une molécule de sucre et deux de dextrine. Il est vrai que cette évaluation était fausse. Musculus, qui dosait le sucre avec la liqueur de Fehling, l'avait pris pour du dextrose, et c'était du maltose, dont le poids était plus grand, pour une même quantité de cuivre réduit, dans le rapport de 100 à 61. Musculus croyait que dans son mélange saccharifié il y avait environ 34 de dextrose et G6 de dextrine. Il y avait en réalité 55 de maltose et 45 de dextrine. Le rapport était loin d'être aussi simple qu'il le supposait. Il est vrai que plus tard, il a renoncé au bénéfice de cette première expérience, qu'il n'a pu reproduire. Mais il n'en reste pas moins ce fait curieux d'une théorie nouvelle introduite dans la science par un dosage qui ne l'appuie pas, qui la combat même dans une certaine mesure. Tant est grande, même dans la science, la vanité des jugements humains ! Cet argument relatif au maltose n'était pas valable au moment du travail de Musculus, et ne lui fut pas opposé. Payen ' fit observer seulement que la limite de 34 0/0 de sucre était largement dépassée, tant dans les opérations de l'industrie que dans celles du laboratoire puis, que la proportion de dextrine et de sucre variait notablement avec la température ; de sorte qu'il fallait admettre que la molécule d'amidon pouvait subir plusieurs modes de dislocation différents. A cela, Schwarzer ajouta que la proportion de dextrine et de maltose dépendait en outre de la quantité de diastase, de sorte que la théorie de Musculus était bien ébranlée lorsqu'elle trouva un appui dans un travail de M. O'Sullivan. Il est vrai que cet appui n'était pas formel, qu'O'SuUivan semblait même peu partisan de la théorie de la disloca- tion: mais les faits bien observés qu'il apportait se conciliaient si bien en apparence avec cette théorie qu'ils lui servirent de passe-partout pour un grand nombre d'esprits. O'Sullivan a étudié la saccharification en maintenant plus constante qu'on ne l'avait fait avant lui la température pendant la 1. Ibidem, t. IV (o), p. i286, et t. VII, p. 382. REVUES ET ANALYSES. 63 durée du phénomène. Il a constaté qu'à chaque température corres- pondait un état d'équihbre particulier, rapidement atteint, lentement dépassé, et que de la température ordinaire à 70", limite supérieure d'activité de la diastase, il y avait trois de ces états d'équilibre. A ces trois états, il en a ajouté depuis un quatrième, dont il n'a pas bien précisé les conditions de température, et l'ensemble de ses résultats peut être traduit par les formules schématiques suivantes, écrites avec la convention faite plus haute : Au delà de 08-700 6a -{- e = m -\- M (1) De 64° à 680-70° 6a + 2e = 2m -f Ad (2) Vers 640 ? 6a + 3e = 3m + 3rf (3) Au dessous de 630 6a -{- Âe = Am -{-M (4) Ces formules forment une série régulière, et nous font assister aux progrès de l'hydratation et à l'augmentation de la proportion de maltose, à mesure que la température s'abaisse au-dessous de 70o. Comme c'est toujours la même quantité 6a d'amidon qui entre en jeu, il paraît naturel de considérer la formule (G'-H-^O'")*^ comme repré- sentant la molécule d'amidon, •pouvant subir les quatre modes simples de dislocation représentés dans les formules qui précèdent. A cela on pourrait répondre que cette simplicité est peut-être appa- rente. Les nombres des équations ci-dessus ont été déterminés en sup- posant d'abord que les dextrines n'avaient aucun pouvoir réducteur, puis, que le coefficient de réduction du maltose, défini comme nous l'avons fait plus haut, était 0,66, tandis qu'il est de 0,61. Cela dérange la simplicité des rapports. Par exemple pour l'équation (3), qui corres- pond à la formation de 50 molécules de maltose et de 50 de dextrine, pour 100 d'amidon, la correction donnerait 34 molécules de maltose et 46 de dextrine, ce qui n'est plus du tout aussi simple. 3Iais mettons ces différences au compte des causes d'erreurs et des incertitudes du procédé; admettons que toutes ces dislocations observées par M. O'Sullivan aient la formule simple indiquée par les équations. Contentons-nous de remarquer qu'on ne pourrait établir sur elles une théorie que si elles étaient constantes, et se retrouvaient les mêmes, toutes les fois qu'on se met dans les mêmes conditions pour les obtenir. Elles embrassent l'échelle entière des températures usitées pendant la saccharification. Les savants qui se sont occupés de ce sujet auraient donc dû retomber constamment sur Tune ou sur l'autre, suivant le degré thermométrique atteint. Or, c'est ce qui n'est pas. Prenons seu- lement les travaux oi^i on s'est préoccupé de maintenir constant et où on a bien spécifié le chiffre de la température. Marcker trouve à 60o 64 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. une équation tout à fait: différente de l'équation (4) d'O'Sullivan, et qui est : -4rt -)- 3e = Sm -j- d Au-dessus de Qo^, il trouve aussi une équation différente de l'équation (^) 4a 4- 2e = -2m + M De même Brown et Héron, qui ont publié récemment un travail très soigné sur l'action de la diastase, disent formellement qu'à 60'^, tem- pérature où ils auraient dû retrouver la dernière équation d'O'SuIlivan, ils n'ont trouvé aucun point d'arrêt correspondant à cette proportion de maltose et de dextrine. La réaction continue rapidement, et ne s'arrête qu'à un état d'équilibre correspondant à l'équation. lOrt + 8t' = Siii -f M De même à 73-70'^', au lieu de l'équation (1) d'O'SuIlivan, MM. Brown et Héron trouvent : 10^/ -f 3e = 3m + Id Je ne parle pas des modes de dislocation différents qu'ils ont obtenus en faisant varier l'alcalinité de la diastase employée. On voit que nous sommes déjà loin de là conception simple de Mus- culus. Il ne s'agit plus d'un simple dédoublement de la molécule d'amidon : il faut en accepter plusieurs, correspondant chacun à un état d'équilibre. On n'a pas le droit de rejeter arbitrairement les résultats d'O'SuIlivan, pour n'accepter que ceux de Marcker ou de Brown et Héron. Bien qu'ils n'aient pas été obtenus par les mêmes savants, du moment qu'ils ont été bien observés, tous ces modes de dislocation doivent exister cti puissance dans la même molécule d'amidon, et comme ils sont irréductibles, il faut qu'une molécule d'amidon, pouvant se plier à la fois aux équations !d'0'Sullivan, de Marcker, et de Brown et Héron contienne (> X 10 = ^0 molécules a, c'est-à-dire soit écrite (G'-H-^O'")"". C'est beaucoup. D'un autre côté, on ne peut pas songer à substituer à cette molécule compliquée et volumineuse 60 molécules indépendantes et identiques, car alors il y aurait à se demander com- ment, étant identiques, elles ont dans les mêmes conditions des sorts si différents.Mais jene veux pas entrer dans la discusion delà solution donnée au problème. Je me contente pour le moment de l'avoir posé et d'avoir montré combien il est complexe. Son examen fera l'objet d'une prochaine Revue. DUCLÂUX. Le Grrmtt : G. Masson. Sceaux. — Imprimerie Giiaraire et G'". 9™« ANNEE FÉVRIER 1895 N» 2. ANNALES DE LINSTITUT PASTEUR CONTRIBUTION A LWUDE DE LA SWINE PLAfiIJE,DU HOG CHOLÉRA, ET DE LA PNEUMOENTÉRITE DES PORCS Par m. le D-- W. SILBERSCHMIDT Assistant à l'Institut d'Hygiène , à Zurich. Travail du laboratoire de M. Roux, à l'Institut Pasteur. Les auteurs qui se sont occupés de la swiiie plague et du hog choiera, surtout en Amérique, ont enriciii la bibliographie du sujet d'un nombre de publications tel, qu'il est nécessaire, pour parvenir à s'orienter, de donner un aperçu des principaux mémoires parus sur la question. Je passe rapidement sur ceux qui sont antérieurs à l'ère bac- tériologique; ils sont dus à Sutton (1850-1858), Snow (1861), Axe (1875), Law (1875), et Detmers (1877). C'est Detmers qui, vers 1876-1877, découvrit, dans le sang de porcs morts de la maladie qu'on était convenu d'appeler hog choiera, un microbe qu'il considéra comme spécifique. Billings confirma cette découverte. Quelques années plus tard Schutz (45) décrivait un microbe trouvé et isolé lors d'une épidémie porcine en Allemagne, microbe que Lœffler avait déjà vu avant lui, et qui est connu sous le nom de bacille de Lœffler-Schutz. La maladie s'appelle : cleutschc Schicemeseiichc; est-elle dift"érente de la .s?t'mep/a^M6'? c'est un point sur lequel Billings et Klein (24) ne réussissent pas à se mettre d'accord. En 1886, Salmon (35), aidé de sonassistant Th. Smith, décri- vait un deuxième organisme et faisait de la sivine plague et du hog c/io/era deux maladies distinctes. Billings (3, 4, 10) s'efforçait, de son côté, de prouver qu'il n'y avait qu'une seule épidémie 5 66 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. régnante, qu'il appelait swme plagiie, et qu'il attribuait au micro- organisme découvert dans un cas de hog choiera par Detmers et confirmé par lui, Billings. Dans son rapport de l'année 1885, Salmon différencie nette- ment le hog choiera du rouget, tant par l'aspect et la localisation des lésions que par les différences entre les deux microbes. Smith, de son côté (SI), étudie le pléomorphisme du microbe de lasivine plague, et la confusion augmente encore à la suite d'une nouvelle publication parue en 1887, oii Salmon et Smith propo- sent d'appeler swuie plague la maladie qui portait jusque-là le nom de hog choiera, et intitulent hog choiera ce qu'ils appelaient d'abord swine plague. La swine plague de Billings parait être identique au hog choiera de Salmon. Pour augmenter le désarroi, Salmon et Smitb relatent que dans une épidémie porcine ils ont trouvé, sur 15 cas examinés, les microbes du hog choiera et de la surine plague réunis dans 6 cas : les caractères différentiels qu'ils assignent aux deux microbes ne semblent du reste pas assez nets pour entraîner les convictions. Enfin, vers la même époque, MM. Cornil et Chantemesse (18,19j décrivent les caractères d'une épidémie qu'ils appellent pneumoentérite infectieuse des porcs de Gentilly, et étudient les propriétés biologiques et pathogènes ainsi que l'atténuation du microbe qu'ils considèrent comme l'agent spécifique de celle maladie. Rietsch et Jobert (30) retrouvent ce même microbe dans une épidémie des porcs à Marseille, et Gallier (22) montre que ce microbe, qu'on croyait spécifique pour le porc, est pathogène dans certaines conditions pour beaucoup d'animaux domes- tiques. Enfin Bang, puis Selander (48) étudient, en Suède et en Danemark, une épidémie porcine dont l'agent spécifique est un microbe différent de celui de l'épidémie allemande, mais iden- tique, d'après ces auteurs, à celui de la maladie américaine. En résumé, parmi les maladies du porc appelées suine plague, ou hog choiera en Amérique, Schweiue seuche en Allemagne, pneumoentérile en France, et sein pest en Suède, quelles sont celles qu'il faut identifier, quelles sont celles qu'il faut distin- guer? C'est une question qui recevait les réponses les plus cou- MALADIE DES PORCS 67 tradictoires lorsqu'on s'adressait soit aux propriétés des microbes, soil à la nature et à la localisation des lésions. Ces incertitudes étaient les mêmes lorsqu'on recourait à la vaccinalion et à l'immunisation. Déjà, en 1885, Salmonet Smith avaient réussi à immuniser des pigeons au moyen de cultures stérilisées : c'étaient même les premières vaccinations par des substances chimiques. Billings avait proposé de son côté une méthode do vaccination que Salmon considérait au contraire comme dangereuse, et ses arguments paraissent fondés, car Billings, dans un nouveau travail, admet le danger d'infection de porcs frais mis au contact d'animaux en voie de vaccination, et va jusqu'à ne recommander sa méthode que dans les localités où l'épidémie sévit déjà. jHtîries (23), après avoir étudié deux épidémies, se range du côté de Salmon, et ne voit pas de raison d'identifier les deux maladies. En 1889, Salmon publie en collaboration avec Smith une monograi.hie (39) très complète du hog choiera, où il distingue une forme aiguë et une forme chronique, moins grave. A l'autopsie, la forme aiguë est surtout caractérisée par une tuméfaction avec hémoirhagies des diverses glandes, et par des épanohements sanguins des séreuses, entre autres du péritoine et de la plèvre. La maladie chronique, la plus commune, est localisée au gros intestin, où l'on trouve des lésions nécrotiques et ulcéreuses circulaires, légèrement proéminentes. Jaunâtres ou noirâtres à la surface, à fond gris ou blanc, ces ulcérations sont plus ou moins étendues, suivant la durée de la maladie, et présentent parfois une membrane diphtéroïde. Elles sont localisées au cœcum, à la valvule et à la moitié supérieure du colon ; ce n'est que dans les cas graves qu'elles descendent jusqu'à la partie inférieure du gros intestin. Les microbes du hog choiera sont surtout nombreux dans la rate (50 cultures sur 56 ensemencements) et le foie; puis viennent les poumons et les glandes lymphatiques; dans le sang- les microbes sont rares. Les cultures sur plaques de gélatine donnent en 48 heures des colonies sphériques, nettement délimitées, sans cercles concentriques; les colonies superficielles sont moins régulières. L'injectionde 1/400,000 de c. c. de culture peut tuer un lapin. Le 68 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. microbe conserve très long^temps sa virulence. La chaleur hu- mide le lue en 15 minutes à 58-o9'\ tandis qu'il résiste 15 minutes à 80° avec la chaleur sèche; il supporte le froid et la dessiccation, et peut vivre quelque temps dans Teau. L'infection a lieu par le canal digestif et peut-être par la voie respiratoire. Les expériences de vaccination par inoculation répétée de très faibles doses de cultures, par ingestion de cultures virulentes ou par injection de culture stérilisée, n'ont pas donné de résultats définitifs. Les essais d'atténuation de la virulence par la cha- leur ont amené Salmon à renoncer à ce moyen de vaccination, vu l'impossibilité d'obtenir des cultures uniformes à une même température. Les propriétés biologiques, la mobilité par exemple, ne sont pas toujours constantes. Salmon considère la sivine fever des Anglais, l'épidémie suédo-danoise et la pneumoentérite de Marseille comme des variétés du hog choiera. Au contraire, Raccuglia (28, 29) différencie \3iSivineplague de* la maladie de Lœffler-Schutz. Il obtint par inoculation dans l'intestin, et par ingestion de culture de sivine plague, une maXadie ressemblant à la dysenterie et amenant la mort des porcs, tandis que les animaux résistèrent au bacille de Lœffler-Schutz. Ce dernier occasionnait une réaction locale très forte, tandis qu'elle était à peine visible après injection sous-cutanée de sivine plague. Tl paraît que la culture de s wine plague éiail très virulente, tandis que celle du bacille de la Scluceiiteseiiclie l'était beaucoup moins. L'auteur essaye aussi de dilférencier les deux microbes au point de vue morphologique, et arrive à la con- clusion qu'il s'agit de deux maladies différentes quant à leur microbe spécifique et à la localisation des lésions anatomi- ques. Frosch (20) étudie les bacilles de la swine plague de Billings, du hog choiera de Salmon, de la deutsche Schweineseuche, du cho- léra des poules, de la septicémie des lapins et de quelques maladies de la même catégorie. Se fondant surtout sur les caractères morphologiques, la virulence et les lésions anatomi- ques, il identilie le hog choiera de Salmon et la sœine plague de Billings. En 1890, Selander (49) identifie le microbe de la sinn pest MALADIE DES PORCS. 69 avec ceux du hog choiera américain et de \a. pneumoentérite infec- tieuse étudiée en France. En dehors des caractères morphologiques du bacille, l'auteur s'est surtout occupé du renforcement de sa virulence, et de la toxine de la svin pest. Par passages successifs par le lapin et par le pigeon, il a obtenu une virulence telle qu'il tuait les lapins en 12 à 15 heures par injection sous-cutanée de très faibles doses (0,01-0,25 c. c. ). En chauflPant le sang virulent ou la culture à 57" pendant une heure, le microbe était tué, mais il restait une toxine qui, injectée au lapin à la dose de 3,5 c. c. dans la veine, ou de 8 c. c. sous la peau, amenait la mort en quelques heures avec des symptômes identiques à ceux obtenus avec le microbe viru- lent. Selander admet que cette toxine est la cause de la mort; il a réussi à immuniser des lapins contre le microbe, mais pas contre la toxine, au moyen d'injections répétées de petites doses de sang stérilisé. L'atténuation de la virulence obtenue par Gornil et Ghantemesse, en maintenant des cultures à 43" pendant 30 jours, n'a pas pu être constatée par Selander, le microbe de la svin pest périssant en 24 heures à la température de 41-41,8". En 1891, Smith publie, sous la direction de Salmon, une monographie de la sivine plague (53) analogue à celle parue deux ans auparavant sur le hog choiera. Encore cette fois, ce sont surtout les caractères morphologiques "et la localisa- tion des lésions qui servent à différencier les deux maladies. Ce travail résumant les publications antérieures des deux auteurs sur le môme sujet, je vais en rappeler les principaux passages. Le microbe de la swine plague est plus petit que celui du hog choiera, immobile, moins résistant aux divers agents, pousse moins abondamment sur les divers milieux de culture, pas du tout sur pomme de terre, ne produit ni fermentation du glu- cose, ni indol ; par contre, il formerait du phénol. Au point de vue de Faction pathogène, Smith distingue une forme aiguë, tuant le lapin à faible dose en 16-20 heures, une forme subaiguë qui occasionne la mort en 2-7 jours, et une forme chro- nique caractérisée par une infiltration et la production de pus. Fait à noter, car nous y reviendrons en relatant nos propres expériences, les lapins vaccinés présentent, après inoculation de cultures très virulentes, les mêmes symptômes que les lapins neufs avec le microbe de la forme atténuée. Parmi les animaux 70 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de laboratoire, le lapin est le plus sensible au virus, puis vient la souris, le cobaye, le pigeon et la poule. Los })orcs sont géné- ralement réfractaires aux inoculaliotis sous-cutanées, mais meu- rent le plus souvent après une injection intraveineuse ou inira- thoracique. Pour Smilh, la tnviiie plague et la deulsche Schtueineseuche sont identiques; il fait remarquer à juste titre que la localisation peut varier avec le mode d'infection. Quant à la relation entre les deux maladies américaines, Smith prétend que les épidémies oii l'on trouve l'un des microbes à l'état de pureté sont les plus virulentes, tandis que lorsque les deux microbes sont ensemble, aucun des deux ne serait virulent. Il admet que les deux maladies existent souvent à l'état chro- nique; une cause extérieure peut alors être subitement le point de départ d'une épidémie grave. Une forme atténuée du microbe de la swinc plague se trouve dans la salive des porcs, et se trans- mettrait sans occasionner le moindre symptôme. Smith nie le retour à la virulence ; il admet par contre que, dans certains cas où une maladie d'un autre genre sévit sur les porcs (ascarides, psorospermies, etc.), un microbe atténué de hog choiera oudeswine plague peut pénétrer et se développer dans l'organisme alfaibli, et faire croire à i^ne véritable épidéniie(!). Telles sont les opinions de Bureau of animal industru. Les nouvelles publications de Salmon et Smith, ainsi que de Billings, ont laissé la question pour ainsi dire stationnaire. La vaccina- tion par injection sous-cutanée de culture âgée a doimé de très mauvaisrésultats à Salmon et à Smith, tandis que, d'après Billings, l'injection intraveineuse répétée de doses croissantes de virus donnerait une plus grande immunité. Citons encore les travaux de Welch (50), de Shakspeare (54) et les expériences de vaccination conlrele hog choiera et contre la sivine plague de Schweinilz (4G, 47) avec des substances chimi- ques extraites des cultures. Du fait que des cobayes immunisés contre la swi ne plague sont morts après injection de hog choiera, ce savant conclut que les deux maladies sont différentes. Dans un travail ultérieur, il relate des expériences de sérumthérapie; des cobayes immunisés par injection d'albumose extraite de culture de hog choiera ont fourni un sérum qui conférait l'immu- nité à d'autres cobayes. Dans un seul cas, il a pu, au moyen MALADIE DES PORCS. 71 d'inoculations répétées à partir du 2« jour après l'injection du virus, guérir le cobaye; les autres animaux traités résistèrent 8 à 10 jours de plus que les témoins. Il est à remarquer qu'il ne s'agit que de quelques expériences, et que le virus était peu actif, ne tuant les animaux témoins qu'au bout de 7 jours. Citons enfin les conclusions contradictoires de Caneva (17), de Bunzl-Federn (lo) au sujet de l'identité de la swme plague, du hog choiera et de la svin pest, les recherches de Veranus Alva Moore sur la morphologie des microbes, et arrivons au travail de M. Metchnikoff sur le microbe du hog choiera fi-ançais. Ce savant a confirmé les résultats obtenus par Selander avec la toxine de la sein pest,ei a constaté que chez le lapin le sang chauffé produit les mêmes symptômes que le virus. Le microbe se développe sous son aspect normal dans le sérum d'animaux vaccinés; ce sérum n'exerce également aucune influence sur la toxine, mais il confère l'immunité contre le microbe du hog cho- iera à des lapins neufs lorsqu'on l'injecte dans la veine. Les animaux guéris par le sérum ne fournissent pas à leur tour un sérum préventif. D'après les recherches de M. Metchnikoff, la propriété préventive d'un sérum est proportionnelle à la quantité de toxine injectée. Le sérum préventif, n'agissant ni sur le microbe ni sur la toxine, doit exercer son influence sur l'organisme même soumis au traitement. Il n'est pas nécessaire, je crois, de faire remarquer après l'exposé ci-dessus que l'étude des maladies du porc connues sons les noms de Jiog choiera, de swine plague, de srin pesf et de pneumoentérite infectieuse n'est pas encore achevée. On s'est prononcé généralement pour l'idenlification de la swinc plague de Billings, du hoff choiera de Salmon et de la svin pest suédo-danoise, mais les relations existant entre les deux formes décrites par Salmon n'ont pas encore été suffisamment étudiées. Jusqu'ici, la plupart des auteurs s'en sont tenus à une étude comparative des caractères morphologiques des microbes en question, de leur virulence, et des lésions anatomiques trouvées à l'autopsie. Or, les différences morphologiques existant entre les microbes de la s wine plague et du hog choiera ne sont pas bien évidentes : lo Les dimensions varient suivant l'âge et le milieu de culture ; 72 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 2° La mobilité du hog choiera peut disparaître, d'après Smith lui-même ; 3° La croissance généralement plus active du hocj choiera diminue lorsque le microbe devient plus virulent; 4" Salmon et Smith sont obligés de distinguer des variétés de hog choiera^ les unes plus saprophytes que les autres. Au point de vue des symptômes morbides, la confusion est plus grande encore. Les animaux morts de hog choiera ont sou- vent, au dire des auteurs américains, des lésions pulmonaires, et la swine plague, qu'on localisait aux poumons, occasionne généralement aussi des troubles et des lésions du tube digestif. Le fait que les deux microbes se trouvent souvent dans une môme épidémie paraît tout au moins bizarre. Il fallait chercher à résoudre la question par un autre pro- cédé de comparaison. A présent que la vaccination est entrée dans la période de succès, il était de haut intérêt de savoir si des animaux vaccinés contre l'une des deux maladies présentaient aussi l'immunité vis-à-vis de l'autre. De Schweinitz est le seul auteur qui, à notre connaissance, ait fait des expériences dans ce sens; comme nous l'avons vu, il différencie la swine pi ague du hog choiera parce que des cobayes vaccinés contre la première maladie ne se sont pas montrés réfractaires à l'autre. Les expé- riences citées sont trop peu nombreuses ; en outre, l'épreuve inverse n'ayant pas été faite, on peut admettre que le deuxième virus était plus actif que le premier. Sur la proposition de M. Roux et grâce à l'obligeance de M. Metchnikoff, qui me remitdes cultures de hogcholera et de swine plague envoyé par M. Smith à l'Institut Pasteur, ainsi que de nombreux tubes de sang de lapins morts du microbe retiré de l'épidémie de Gentilly, j'entrepris de comparer ces trois agents spécifiques. Avant de relater mes expériences, je tiens à témoigner toute ma reconnaissance à M. Roux pour l'intérêt soutenu qu'il a porté à mes recherches et pour ses précieux conseils. J'adresse éga- lement tous mes remerciements à M. Metchnikoff pour ses nom- breuses indications et pour sa grande amabilité à mon égard. Je commencerai par l'étude comparative des microbes de la swine plague et du hogcholera, et je parlerai ensuite de celui de la pneumoentérite infectieuse observée en France. Afin d'éviter MALADIE DES PORCS. 73 toute confusion, je répéterai qu'il s'agit des deux formes [hog choiera et swine plague) américaines différenciées par Salmon. PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES DES MICROBES DE LA SWINE PLAGUE ET DU HOG CHOLERA Je les ai trouvées à peu près identiques à celles décrites par Smith et Salmon. Le microbe de la swine plaque est un coccobacille très petit, immobile, se colorant aux deux pôles avec la solution aqueuse de bleu de Lœffler, dans son entier avec le violet de gentiane, et prenant facilement les couleurs d'aniline usuelles en bactério- logie ; il se décolore par la méthode de Gram. — Les colonies sur plaque de gélatine n'apparaissent qu'au bout de quelques jours; elles sont foncées, de structure réticulée dans leur masse, arron- dies et à bords plus ou moins nets. — Ensemencé en strie sur gélose, le microbe de \a. swine plague donne au bout de 24 heures des colonies rondes, nettement délimitées, de diamètre très variable, s'irisant par transparence à une lumière vive. Très souvent, elles sont fusionnées. — La culture dans le bouillon de viande, de même que dans l'eau peptonisée alcalinisée,se trouble uniformément en 24 heures; ce trouble est souvent léger et le liquide paraît alors opalescent. Au bout de quelques jours, un dépôt se forme au fond du ballon de culture et, petit à petit, le bouillon redevient clair; le liquide est de nouveau limpide après trois semaines environ; le précipité devient manifeste en agitant le ballon. — Il n'y a pas de formation d'indol; la réaction avec le nitrite de potasse, après adjonction de quelques gouttes d'acide sulfurique, n'a donné qu'exceptionnellement une coloration très légère dans de vieilles cultures, jamais dans des cultures de quelques jours. — La culture en bouillon glucose avec adjonction de carbonate de chaux n'a pas donné lieu à une production de gaz. Des ensemencements réitérés sur pomme de terre n'ont pas fourni de culture apparente. Le microbe de la swine plague ne fait pas coaguler le lait. A première vue, le microbe du hog choiera se distingue sensiblement du précédent. C'est aussi un coccobacille, mais à dimensions un peu plus grand«;s. Sa mobilité, nulle en culture sur milieu solide, ne m'a pas paru bien évidente dans les cultures liquides; je n'ai pas réussi à colorer les cils. 74 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Sur plaque de gélatine, les colonies apparaissent déjà en 24 à 48 heures. Elles ne présentent, en dehors du développe- ment plus rapide, pas de caractères différentiels bien nets vis-à-vis de la sivine plague; elles sont généralement un peu plus claires, arrondies et à contours pins réguliers. 11 n'y a pas de liquéfac- tion. — La culture sur gélose est beaucoup plus apparente, plus épaisse que celle de la swine plague; les colonies plus grandes ont un aspect plutôt blanchâtre, luisant, crémeux. — Le bouillon se trouble davantage et présente parfois une collerette qui a aussi été visible à la surface du liquide dans quelques cultures de swine plague. L'eau peptonisée donne une culture analogue. Il n'y a pas non plus formation d'indol dans les jeunes cultures. — Dans le bouillon glucose, la culture faite en présence d'une petite quantité de carbonate de chaux a régnlièrement donné lieu, après 24 à 48 heures, à un dégagement abondant de gaz, et la quantité de chaux en dissolution était plus grande que dans le tube témoin. — La culture sur pommede terre est très abondante; jaunâtre d'abord, elle apparaît bientôt sous forme d'une épaisse couche brune luisante. — De même que pour la swine plague, le lait n'a pas été coagulé par la culture du microbe du hog choiera. Dans le sang, les 2 microbes présentent généralement le même aspect que dans la culture; ils m'ont paru de dimensions un peu plus grandes et souvent par couples. Dans les cas de mort rapide, leur nombre est beaucoup plus grand que celui des glo- bules sanguins. Pour le hog choiera, la croissance en stries sur gélose est s,urtout abondante quand on fait des cultures successives; si par contre on passe plusieurs fois par l'animal sans avoir recours à la culture, le premier ensemencement sur milieu artificiel donne une culture moins bien fournie qu'à l'ordinaire, et ressemblant plutôt à celle de la swine plague. En procédant de même avec la sicine plague, il m'est arrivé, après plusieurs injections de sang virulent, de ne plus obtenir trace de culture avec un sang très riche en microbes. Les colonies devinrent apparentes lorsque j'eus recouvert la surface de la gélose d'un peu de sang. Quant à la résistance des deux microbes aux divers agents, je puis confirmer les données des auteurs américains. Les cultures et le sang virulent sont stériles après avoir été exposés pendant 1 heure à 1 heure 1/2 à la température MALADIE DES PORCS. 75 de 58° dans un bain-marie. J'indique un temps un peu plus long, parce qu'il m'est arrivé parfois d'obtenir des cultures de hog choiera en ensemençant du sang riche en caillots, stérilisé à 58° pendant une demi-heure. J'ai pu constater à cette occasion que le hog choiera était plus résistant à la chaleur que la sioine plague. La stérilisation avec l'acide thymique est des plus simples; il suffit de placer quelques petits cristaux de thymol dans un tube rempli de sang virulent. Les microbes sont détruits après un temps variable, et ici encore le hog choiera a résisté plus longtemps (3 semaines et 1 mois) tandis que le microbe de la stoine plague était détruit après 8 à iv) jours de contacl. J'ai également obtenu la stérilisation complète du sang de sivine plague en ajoutant dix gouttes d'une solution d'aldéhyde formique à 2 0/0 à 10 c. c. de liquide. Quant à la vitalité des cultures, un bouillon ensemencé et maintenu à l'étuve depuis plus de 3 mois est généralement stérile. Sur gélose, la survie paraît pouvoir être beaucoup plus longue, une culture abondante de hog choiera âgée de plus de 10 mois ayant fourni une culture virulente par réensemencemeut. Con- servés dans des tubes de verre effilés et fermés à la lampe, à l'abri de la lumière, les microbes restent vivants et virulents pendant un temps beaucoup plus long. Une goutte de sang de suine j)lague rel\rée depuis 11 mois a tué une souris en 24 heures; le sang du cœur de cette souris a fourni une culture abon- dante. D'après ce qui précède, on peut différencier morphologi- quement les deux microbes que j'ai examinés par les caractères suivants : le bacille du hog choiera présente par rapport à celui de la siriiie plague : 1" De plus grandes dimensions; 2" Une croissance plus rapide sur gélatine et une culture plus abondante sur gélose; 3'^ La croissance sur pomme de terre ; 4° Un dégagement de gaz dans la culture en bouillon glucose en présence du carbonate de chaux; 5" Une plus grande résistance aux agents physiques et chi- miques. Les 3 derniers caractères sont les plus importants. 76 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. PROPRIÉTÉS PATHOGÈNES DES DEUX MICROBES L'un et l'autre microbe se sont montrés pathogènes pour le lapin, le cobaye, la souris et le pigeon. Mes. [expériences ont porté surtout sur le lapin. Le microbe de la swine plaque b. été très virulent ^dès le début. Une injection sous-cutanée ou intraveineuse de 1/10 — 1/40 c. c. de culture tuait le lapin à coup sûr; de même 2 pigeons sont morts, l'un en 18 et Tautre en 36 heures, après avoir reçu 12 et 3/10 c. c. sous la peau. L'injection intraveineuse de 1/2 c. c. de culture 'ou de sang tuait le lapin en 5 à 10 heures, après 7 heures en moyenne; l'injection sous-cutanée de 1/20 c. c. occasionnait la mort de l'animal dans l'espace de 24 heures; dans aucun cas le lapin n'a survécu à l'injection de la plus faible dose. La virulence du microbe du liog choiera était moindre, surtout dans mes premières expériences. L'injection intraveineuse ou sous-cutanée d'un c. c. de culture ne tuait le lapin que dans un espace de temps^variant entre 36 et 90 heures. Le pigeon mourait en 2 à 10 jours avec cette même dose de 1 c. c. ; dans quelques cas, il a survécu à de faibles doses, de moins' de 1/2 c. c. mais en présentant un fort'amaigrissement. Les passages successifs par sang- de lapin n'ont pas augmenté sensiblement la virulence; le procédé de Selander réussit mieux. J'ai pu, en injectant la rate broyée d'animaux morts du hog choléra, après l'avoir fait séjourner quelques heures'^ l'éluve dans un verre flambé, tuer le lapin en 6 heures 1/2, 7 heures 1/2 et 8 heures. Mais à rencontre de la swine plague, cette virulence a diminué aussitôt que je n'ai plus faitj^de passages par la rate, et il fallut recom- mencer le même'procédé à plusieurs reprises. Je suis parvenu à obtenir ainsi une virulence presque aussi constante et aussi grande que pour la sirme plagne, surtout en injectant directement le sang; 1/20 à 1/2 c. c. injecté sous la peau produisit la mort du lapin^en moins de 24 heures. Le cobaye meurt en 1 à 2 jours avec une injection de 1/10 à 3/10 c. c. de sang virulent sous la peau; la saune plague a paru agir un peu plus^vite que le hog choiera. La souris meurt en 24 heures après injection de 1/20 c. c. de sang de swine plague, et résiste 1 à 3 jours de plus au hog choiera. xMALADIE DES PORCS. 77 EFFETS DE LA TOXINE Comme nous l'avons vu ci-dessus, les microbes du hog choiera et de la sirine plague sont tués après avoir été maintenus à 58'' pendant un certain temps. A cet effet, je chauffais la culture ou le sang recueilli dans un tube effilé, fermé ensuite à ses deux extrémités à la lampe, dans un bain-marie maintenu à une température constante. L'ensemencement du sang ou de la culture ainsi chauffé reste stérile, et l'injection de faibles doses de liquide (12 c. c. par exemple) n'occasionne aucun trouble chez le lapin. Par contre, l'injection de plus fortes doses de ces liquides n'est plus aussi anodine; elle peut occasionner la mort par intoxication. Parlons d'abord de la toxine de la swine plague, dont je me suis plus particulièrement occupé. Mes expériences me per- mettent de souscrire entièrement à celles de Selander; comme je n'ai pas injecté de quantités de sang- toxique aussi considé- rables que lui, je n'ai pas à enregistrer de cas de mort aussi rapide. Une injection intraveineuse de2 à 4 c. c. de sang tue le lapin en 12 à 24 heures. 11 y a des différences individuelles; tandis que le virus tue à coup sûr en un temps déterminé, quel- ques animaux résistent mieux que d'autres à l'action de la toxine. Il faut distinguer deux modes d'intoxication : l'intoxication aiguë et l'intoxication chronique. Dans la première forme on constate les mêmes symptômes morbides qu'à la suite de l'injec- tion de virus; la forme chronique occasionne après un temps variable la mort par cachexie. Pour la sivhie plague, les résultats ont été sensiblement les mêmes quel que soit le liquide injecté : sang chauffé, sang sté- rilisé à l'acide thymique ou avec l'aldéhyde formique; cultures en bouillon ou sur gélose émulsionnées dans le bouillon et stérilisées par la chaleur, ou encore cultures dépourvues de leurs microbes par filtration à travers la bougie Pasteur. Les quantités injectées ont varié entre 1/10 et 10 c. c. Les cultures étaient tolérées à plus forte dose que le sang, d'où l'on peut conclure qu'elles renfermaient moins de toxines. D'autre part le sang stérilisé avec l'acide thymique s'est montré plus 78 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. toxique que le sang- chauffé, et il m'a paru que l'action pro- longée ou répétée de la chaleur diminuait le pouvoir toxique. Le plus grand nombre des lapins intoxiqués sont morts de cachexie. Les quantités de liquide toxique n'excédant pas 1 c. c. étaient généralement bien tolérées; dans un cas cependant, 1 c. c. de sang a occasionné la mort en 20 heures. L'ii/jection de 2 c. c. de sang ou de 3-.5 c. c. de culture stérilisée. occasionnait une dimi- nution notable de poids, pouvant aller jusqu'au quart et même au tiers du poids total du lapin. On constate cette diminution maxima au bout de quelques jours (1-3) après l'injection ; puis, si l'animal résiste, il augmente graduellement pour atteindre son poids initial eu un espace de temps très variable. D'autres fois, la diminution de poids est progressive et amène la mort de l'animal en 8, 15 jours, 1 mois et même davantage. Je cite quelques expériences : N° 47. 1 ''5,600. — Injection de 2 c. c. de sang stérilisé par la chaleur Mort en moins de 2i lieures. Sang et cultures stériles. N" 63. i''»,750. — Injection de 2 c. c. 1/2 de sang stérilisé par la chaleur. Mort en moins de 16 heures. Sang et cultures stériles. ' N" 86. 2''s. — Injection de 1 c. c. de sang stérilisé par la chaleur avec adjonction de 2 gouttes de solution de Gram. Mort en moins de 20 heures. Sang et cultures stériles. N° 213. — Injection de 4 c. c. de sang dilué à peu près de son volume d'eau, stérilisé au contact de Tacide tli/mique. Mort en 12-16 heures. Sang et cultures rtériles. N" 51. l''",960. — Injection de 3 c. c. de sang stérilisé par la chaleur avec adjonction de 6 gouttes de solution de (iram. Le lendemain le poids est de l''s810. le 3» jour de 1^5,660, le 9" O-,8t0. N° 9. 4'^s,575. — 4 injections faites à 5-6 jours d'intervalle, chacune de 1 à 1 c. c. 1/2 de sang dilué de moitié d'eau et stérilisé à 58*. Après la 4« injection, le lapin pèse l''s,783. ]\'o 54_ li'g.SSb. — Injection de 2 c. c. 1/2 de sang stérilisé à 58°. Le surlen- demain le lapin pèse i^',(J90,l jours plus tard l'^%900. Plusieurs injections de doses successives plus faibles (1/2 et 1 c. c.) sont tolérées sans symptômes. N° 199. 2"S,100. — Injection de 4 c. c. de rulture en bouillon filtrée à la bougie Pasteur. Le 3' jour, le lapin pèse l''S870; le 4« 4''s,775; le 10' liï.760; et 5 jours plus tard l''%57p. Il meurt dans la nuit du 20' jour. Le sang et les cultures restent stériles. La raie est très petite. N° 145. l''-,900. — 3 injections successives de 1 c. c. de culture chauffée à 60°. Légère diminution de poids; après la 3" injection, l'>s,870; 5 jours plus tard, nouvelle injection de 4 c. c. de culture ayant séjourné à l'étuve pendant l mois 1/2 et stérilisée ensuite à 58". Le lapin ne pèse plus que t'=5,o75 MALADIE DES PORCS. 79 e 8« jour, 1 ''5,510 le 13% puis augmente progressivement et atteint son poids initial au bout d'un mois. Il continue à se bien porter. N" 183. Os, 710. — Injection de 1 c. c. de culture filtrée à la bougie Pasteur. Le lendemain I'^s,o50, puis [''s, 670, et après 12 jours l^'=,72o. Une 2« injection faite alors de 2 c. c. de la même culture fait tomber le poids à l^"'',.'Si3; puis le lapin se remet petit à petit après 15 jours. ]\jo 237. 2ks,lo0. — Injection de 9 c. c. de culture filtrée à la bougie Pasteur. Le4"jour, 1^943; le 7% l''%743; le 18*, 1^8,980; après 1 mois, lkK,89o; après 4.5 jours, l^s.GIS et le lapin meurt 16 57" jour après l'inoculation. Rate très petite. Sang et cultures stériles. N" 195. 2''s. — Injection sous-cutanée de 12 c. c. de culture de 17 jours, chauffée pendant 5 minutes à 120". Le 2» jour, ikg,653; le 4*, l.Sî); le 11% lkg,723; le 21% l'^?,8l'J et au bout d'un mois 2-s. N''338. lkg,910. — Injection sous-cutanée de 11 c. c. de culture stérilisée à 120" pendant 5 minutes. Pendant 11 jours le poids se maintient entre 4i'g,.520 et l'^g,650; le lapin n'a pas été observé plus longtemps. N" 339. 1kg, 610. — Injection sous-cutanée de 4 c. c. de la même culture stérilisée à 120° pendant 5 minutes. Le surlendemain, le lapin pèse li'g,440, le 5'^ jour l'^%,33a, et le 11" jour lk«,123, il est moribond (n'a pas été observé au delà). Les injections qui ne sont pas spécifiées ont été faites dans la veine mar- ginale de l'oreille. Dans quelques cas, j'ai ajouté 2 à 6 gouttes de solution de Gram au liquide à injecter dans le but d'obtenir une vaccination plus efficace, mais il n'en a pas été ainsi; les quantités minimes d'iode sont bien tolérées. Pour le hog- choiera , les résultats sont analog-ues ; seulement, comme au début le microbe n'avait pas une virulence constante^ il est arrivé que certains lapins supportaient de fortes doses de sang- ou de culture stérilisée, tandis que, dans d'autres cas, de petites quantités de toxines occasionnaient des symptômes graves. La stérilisulion avec l'acide thymique était plus longue et moins sûre que pour la sanue plague. Voici égalemeut le résumé de quelques expériences : N" 218. — Injection intraveineuse de 4 c. c. de sang dilué (2 c. c. au plus de sang pur) stérilisé au contact de l'acide thymique. Mort en 36 heures. Sang et cultures stériles. N"^ 262. — Injection de 2 c. c. 1,4 de sang dilué stérilisé à l'acide thymique. Mort en 12 heures environ. Sang et cultures stériles. A* t40. 2"'°, 160. — Injection de 3 c. c. de culture chauffée à 58°. Mort en 2 jours 1/2. Diminution de poids de 450 grammes. Sang et cultures stériles. N° 131. li"=',810. — Injection de 3/4 c. c. de sang stérilisé par la chaleur le 3«jour li'g,540; le 42« lkg,690: le 21* i''g,840. IN* 268. l!<%720. — Injection de 1/2 c. c. de sang stérilisé au contact de 80 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. l'acide thymique; le surlendemain, 2' injection de 1 c. c. Forte diminution de poids : le 3« jour lk6,ol5; le 6" li5,(;0û. — iinjections, en tout 8 c. c. de sang dilué (environ de moitié d'eau) stérilisé à l'acide thymique. Epreuve le 10/111; le témoin meurt en moins de l(i heures; deux autres épreuves les 19/IV et 2/V, avec témoin dans ce dernier cas. Le 17/V, le lapin pèse 2ks,300. N° 198. Poids le 29/1, l'^.^',620. — 3 injections, en tout 9 c. c. de sang dilué, stérilisé au contact de l'acide thymique. 3 épreuves les 19/11, 27/11 et 7/111. Le témoin injecté à la 3*^ épreuve meurt en moins de 10 heures. Le lapin pèse 2kg,100 le 13/III. N" 195. Poids le 27/1, 2 kilog. — Injection de 12 c. c. de culture chauffée à 120" pendant 5 minutes; fort amaigrissement. Le lapin a recouvré son poids initial le 26/11 ; on lui injecte, comme à la plupart des lapins à éprouver, 1/20 c. c. de culture virulente sous la peau de Toreille. Abcès très considérable et mort dans la nuit du 5/6 mars. A l'autopsie, on constate du côté correspondant à l'oreille injectée une pleurésie purulente avec foyers purulents au poumon gauche. L'ensemencement du sang et d'un des petits abcès fournit des cultures pures de swine plcujue. Je tiens à faire remarquer que la plupart des animaux ont présenté, pendant la durée de la vaccination et après les injec- tions d'épreuve, une augmentation notable de leur poids initial, ce qui prouve que la toxine n'a pas d'efîet néfaste durable sur l'organisme. Les essais de vaccination par le sérum seront relates dans un chapitre à part. Quant au hog choiera, les résultats des vaccinations sont loin d'être aussi brillants; cela provient surtout de ce qu'au début la virulence du microbe était beaucoup moindre, et, de plus, incons- tante : de même sa toxicité. Plus tard, les résultats ont été meilleurs. N" 132. Poids le 10/Xl, IKOlO. — 5 injections de sang et de cultures MALADIE DES PORCS. 83 stérilisés par la chaleur (5 c. c. 1/2. de sang et 6 c. c. de cultures). Le lapin résiste le l/Il à une f" épreuve qui tue le témoin, mais meurt après mie i2i' injection de virus, le 23/11, en moins de 24 heures. Cultures pures de hofj choiera. N" 139. Poids le 21/XI, 2i': inoculation de 2 c. c. 5 de sang virulent. A la suite de cette dernière injection, le chien est malade les jours suivants, et présente un abcès, analogue au premier, que j'ouvre le 27/111. Le 30/111, 7ft injection de 2 c. c. "J de sang virulent. Très malade le lende- main, le chien n'a rien mangé, mais se remet petit à. petit et paraît tout à fait guéri le 5/lV. La 8" injection est faite le '19/IV : l'animal reçoit 3 c. c. de culture en bouillon, qu'il tolère sans présenter de symptômes morbides. Cette expérience nous prouve que le chien est sensible au microbe de la swine plague à un moindre degré que le lapin, qu'il s'y accoutume facilement et parvient à supporter des doses de virus relativement très grandes. A volume égal et même inférieur, le sang a produit des symptômes beaucoup plus graves que la culture ; il n'est pas possible de dire si c'est à cause de sa plus grande virulence ou à cause de sa plus grande toxicité. SYMPTOMES MORBIDES ET LÉSIONS OGCASIONiNÉS PAR LES DEUX MICROBES Commençons par étudier la réaction locale. L'injection sous-cutanée de culture ou de sang de sivinè plafiue n'occasionnait qu'une faible réaction locale. Je faisais en règle générale l'inoculation du virus à l'oreille, afin de mieux pouvoir en apprécier l'effet. Les lapins neufs présentent une très faible réaction locale : au bout de quelques heures, on remarque une légère hyperémie se localisant de plus en plus. Cette hyperémie était encore visible à l'autopsie, ainsi qu'un léger œdème local ; sur une coupe on apercevait un peu de liquide séreux peu trouble, et l'examenmicroscopique décelait la présence d'un nombre inflni de bacilles avec une quantité varia- ble de leucocytes. Cette réaction locale, si faible chez les lapins neufs, était très considérable chez les lapins vaccinés, et surtout chez ceux qui ne résistaient pas jusqu'au bout. — Les animaux bien vac- cinés présentaient, à la région de l'inoculation, un œdème ren- fermant, au bout d'un ou de deux jours, un pus épais, très riche en globules blancs et en microbes; ceux-ci étaient beaucoup moins nombreux après quelques jours, bien que l'abcès subsistât encore. Plus l'animal était bien vacciné, plus l'abcès était petit et disparaissait vite. — Les lapins, qui, par un traitement pré- 86 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ventif, n'avaient été vaccinés qu'incomplètement, présentaient déjà 2i heures après l'injection un œdème généralisé à toute l'oreille; celle-ci était pendante, grossissait encore les jours suivants progressivement jusqu'à la mort. Souvent l'état de ten- sion de la peau était tel qu'il survenait des déchirures, d'où s'écoulait un liquide séro-sanguinolent; j'ai même observé parfois la formation de vésicules à la surface de l'oreille œdé- matiée au maximum, vésicules provenant, je pense, de troubles trophiques occasionnés par la compression des nerfs. Si la sur- vie était de 5 à 6 jours par exemple, l'œdème se propageait, comme nous allons le voir. Pour le hog choiera, l'injection sous-cutanée de culture viru- lente chez les lapins neufs était généralement accompagnée d'une réaction locale beaucoup plus manifeste. Il y avait forma- tion d'abcès, l'oreille était pendante, et comme pour la sivine plagiie, plus la maladie durait longtemps, plus l'œdème était considérable. Lorsque le virus fut plus fort, la réaction locale diminua et se rapprocha de celle observée pour la swine pfague; les lapins vaccinés présentaient les mêmes lésions locales. Comme symptômes morbides dans les cas aigus des deux maladies, il faut citer avant tout l'élévation de température, appréciable au bout de deux à trois heures après Tinjection et allant jusqu'à 42"-42°,.'i. Tôt après, l'animal est pris d'une diarrhée, surtout intense pour le hog choiera, durant jusqu'à la mort. Peu à peu survient une parésie progressive des extrémités postérieures. La mort, qui arrive dans un temps variable, comme nous l'avons vu plus haut, est précédée d'une courte période de spasmes d'extension, et souvent le lapin pousse un cri aigu en expirant. Quant aux lésions constatées à l'autopsie, elles étaient égale- ment analogues dans les deux maladies. L'intestin grêle conte- nait un liquide séreux; lorsqu'on aspirait le contenu intestinal dans une pipette stérilisée, on remarquait après quelque temps, surtout pour le hog choléra, un dépôt plus ou moins abondant, formé de particules solides, et au-dessus un liquide faiblement coloré et transparent; l'ensemencement du contenu de l'intestin grêle fournissait généralement une culture pure de hacterium coH présentant une grande analogie avec le microbe injecté. Les glandes de Peyer étaient tuméfiées, mais je n'ai pas observé MALADIE DES PORCS. 87 d'alcérations. Tous les vaisseaux du mésentère étaient dilatés et remplis de sang. — Comme autre lésion constante, il faut citer l'augmentation de volume de la rate; la tuméfaction était plus considérable dans les cas de Jkkj dioléra. Les reins fortement hyperémiés ne présentaient pas de lésions macroscopiques. La vessie était presque toujours vide. Rien d'anormal aux autres org-anes. Le sang-, ainsi que les divers organes (rate, foie, rein), ren- ferme beaucoup de microbes; leur nombre est le plus souvent de beaucoup supérieur à celui des globules sanguins. La colo- ration simple au bleu de Lœfller, à la solution aqueuse de bleu de méthylène et à la thionine, ainsi que la coloration double à l'éosine et au bleu de Lœffler, m'ont donné de très jolies prépa- rations. J'ai fait à chaque autopsie l'examen du sang et deux ensemencements, l'un sur gélose, l'autre en bouillon. Les lésions que je viens de décrire sont celles que l'on constate chez les lapins neufs, mourant l ou 2 jours après l'ino- culation. Dans les cas où la maladie dure plusieurs jours, soit à cause de la faible virulence du liquide injecté, soit parce que le lapin n'est qu'incomplètement vacciné, on observe encore diverses autres lésions qui ne présentent pas la même constance. La séreuse péritonéale est fortement injectée et présente par- fois, surtout dans la région inférieure du colon ascendant, de nombreuses petites ecchymoses; elles sont beaucoup plus rares à l'intestin grêle. Dans les cas de propagation de l'œdème local de l'oreille, la partie avoisinante de la nuque ou de la face était ordinairement tuméfiée et présentait un vaste abcès sous-cutané; à plusieurs reprises, j'ai constaté une pleurésie purulente du côté correspon- dant à l'oreille injectée, accompagnée de petits abcès plus ou moins nombreux aux deux poumons, et d'hépatisation partielle du tissu pulmonaire, de préférence aux lobes inférieurs. L'ense- mencement de ces abcès ou du liquide de la plèvre m'a donné des cultures pures. Une ou deux fois, dans des cas à marche très lente, j'ai observé une péritonite purulente accompagnant la pleurésie; j'ai aussi remarqué, très rarement il est vrai, une péritonite séro- fibrineuse. 88 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. La présence d'abcès miliaires au foie a été constatée dans 4 ou 5 cas, et deux fois il y avait simultanément de petits abcès à la rate. Il me reste encore à citer deux cas où rinjection sous-cutanée de virus à l'abdomen, chez des lapins en voie de vaccination contre la swine plague, avait occasionné la mort par propagation de l'abcès local sous la peau du ventre, du thorax et du dos. J'ai examiné le cerveau à plusieurs reprises sans y trouver trace de lésion. Dans les cas d'intoxication aiguë, le symptôme diarrhée exis- tait comme après l'injection de culture virulente : souvent, sur- tout après injection de toxine de liog choiera, il y avait aussi une tuméfaction de la rate. Dans les cas chroniques, par contre, on constatait de l'amaig-rissement, de la cachexie, une diminution notable du volume de l'estomac, et surtout une atrophie souvent excessive de la rate. Bien entendu, dans les deux cas, les ense- mencements restaient stériles. En résumé, les lésions anatomiques sont analogues dans les cas aigus de liog choiera et de stvlne plague : la diarrhée plus intense et l'augmentation plus considérable du volume de la rate ne sont que des différences quantitatives, peut-être en rapport avec la durée un peu plus longue de la maladie ; elles ne suffisent pas à différencier le hog choiera. La réaction locale à la suite d'injection sous-cutanée ne permet pas davantage de distinguer les deux maladies. Au début, cette réaction était plus faible pour la swine plague, mais nous avons vu qu'elle diminue aussi pour le hog choiera à mesure que la virulence augmente. En outre, dans les cas de vaccination partielle et incomplète contre la swine plague, la tuméfaction était beaucoup plus forte qu'après l'injection de virus de hog choiera à un lapin neuf. D'après ces faits, je me crois autorisé à tirer les conclusions suivantes : 1° Les lésions anatomiques et les symptômes morbides ne permettent pas de différencier les deux maladies; 2° Il est impossible, comme l'ont fait plusieurs auteurs, de distinguer les deux maladies d'après la plus ou moins grande extension des foyers purulents, puisque nous avons démontré que, pour une seule et même maladie, on peut observer tous les .MALADIE DES PORCS. 89 degrés de réaction locale, depuis la simple hyperémie circonscrite, jusqu'aux abcès généralisés avec pleurésie purulente, péritonite et foyers purulents aux poumons; 3" Dans les nombreuses autopsies que j'ai faites chez plu- sieurs centaines de lapins, je n'ai pas pu constater une localisa- tion pulmonaire des lésions pour la siiine plagiic, et une localisa- tion plutôt intestinale pour le hog choiera. PNEUMOENTÉRITE INFECTIEUSE DES PORCS M. Melchnikoir a bien voulu me remettre une quantité de tubes de sang de lapins morts à la suite d'injection du bacille de la pneumoentérite infectieuse des porcs. Ce sang, retiré depuis plus d'un an, ne contenait plus qu'un petit nombre de microbes vivants; j'ai obtenu une culture pure après injection de 2,5 c. c. de ce sang à un lapin, et c'est en partant de cette culture que j'ai fait mes expériences. Au point de vue morphologique, le microbe que j'ai étudié présente une grande ressemblance avec mon bacille de la strinc plagiie : petites dimensions, colonies transparentes sur gélose et pas de formation de gaz dans le bouillon glucose, en présence du carbonate de chaux. — La virulence était plus faible, moins constante et se rapprochait plutôt de celle du Inxj choiera au début. En injection sous-cutanée, il fallait 0,2 c. c. à 0,3 c. c. de culture ou de sang virulent pour tuer le lapin à coup sûr. Dans un cas, un lapin a résisté à une injection de 0,1 ce, et un deuxième n'est mort qu'au bout de 22 jours, de cachexie. Suivant la dose injectée, la mort survenait en 18 heures ou en 2 à 3 jours. L'injection intraveineuse de 1/2 c. c. et davantage tuait en 12 à 24 heures en moyenne. — La réaction locale qui, comme nous l'avons vu, se comporte en sens inverse de la virulence, était toujours considérable, et dépassait même celle produite par l'in- jection sous-cutanée de //o;; cAo/em: l'oreille injectée présentait toujours un œdème assez étendu avec formation d'abcès. — A l'autopsie, les lésions étaient analogues aux deux autres mala- dies. Le cobaye meurt en 12 à 24 heures après une injection sous- cutanée de 3/10 à 1 c. c. de sang virulent ; une souris, qui avait reçu 1/10 c. c. de ce même sang, est morte le 8'' jour. 90 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. La toxicité des cultures et du sang- stérilisés est aussi plus faible; des quantités de 2 et de 2 c. c. 5 ont été tolérées en injec- tion intraveineuse sans symptôme appréciable; un lapin qui avait reçu 2,75 c. c. a présenté, après 48 heures, une diminution de poids de ISO grammes. Mes expériences ne sont pas aussi nombreuses que pour les deux microbes étudiés précédemment. Il est beaucoup plus facile de vacciner des lapins contrôla pneuraoentérito que contre la swine plague et le hog choiera. J'ai obtenu celte vaccination par injections répétées : 1° De petites quantités, 1 4à 1 ce. desangvirulentâgéde plus d'une année ; 2" De sang virulent frais ouâg^é, stérilisé au bain-marie à 58°; 3° Dans un cas, par injection de très petites quantités de culture et de sang- virulents. Voici quelques exemples de chacun de ces modes de vacci- nation : N" 238. — iks,980, 3 injections intraveineuses de sang âgé non stérilisé. Après la3« injection de 1,23c. c. forte diminution de poids (lkfî,.575 le 3^ jour). Le lapin se remet et résiste à 2 épreuves. N° 274. — 2k?, 15, 2 injections de 2.75 c. c. et de 2,5 c. c. de sang virulent stérilisé à 58t> pendant une heure. Le lapin résiste à 3 épreuves, les deux pre- mières sans témoins; le témoin delà 3e meurt en 45 lieures. N» 232. — 2ks,300-, 5 injections, en tout 8.25 c. c. de sang âgé stérilisé. Le lapin résiste à l'injection d'épreuve, et pèse 2kg, 500 un mois plus tard; le témoin meurt par cachexie. N° 284. — 18/IV. 1^^.485. Injection de l/tO de culture virulente en bouil- lon; fort œdème, l'oreille est pendante. Le 27/IV, 'lkg,345; le 21/1 V, ikg,580 2« injection de J/40 c. c. de culture virulente; le 23/ V lithly microsc. Journal. 1 886, novembre. 33. — Report of the Commissioner of Agriculture for the year 1886. p. 603. Wasliington, 1887. 33. - Ibid. 1888. 36. — The journ. of comp. med. et surg. 18S9, vol. IX, no 2. MALVDII' DES PORCS. 10,3 37. — llrporl of th>' Arjric. Depaiimnit. 188!», p. 148. 38. — Ihi,/. 1889. 39. — Hog rhoU'ia. Washington, 1889. 40. — Report of Ihe Agric. Department, 1889, p. 159. 41. — The jonrn. of comp. med. and veter. arcli. Vol. XI, 1890, p. 41. 42. — Sirine plaijae. Annual Report of the hareau of animal indnstrij, VI et VU. 43. — Resalts of e.rperhnents with inoculation for tJtc prévention of Hoij choiera. Washington, 1892. 44. — Annual Report, VI et VII. 45. ScHUTz. Arb. a. d. Kais. Ges. Amt. 188G, t. I, p. 376. 4G. DE ScHWEiNiTz. PhiUidclph. Medic. News, 1890, p. 237. 47. — Ilnd. 1892, 24 septemhre. 48. Selandeiî. Centralbl. f. Bakt, 1888, vol. III, n" 12. 49. — Ces Annales, 1890, p. 540. 50. Shakespeare E. Supplemental Report, 1891. 51. Smith Th. CentraWl. f. Bakt, IX, n" 8/10, 1891. 52. — Zeitschr. f. Htjgiene, 1891, vol. X, p. 480. 33. — Spécial Report on the cause and prévention of suine plagxle. Washington. 1891. 54. Welch. The Juhns llopkins Hospital Bulletin, 1889, 1" décembre. MYlllTES INFECTIEUSES EXPÉRIMENTALES PAR STREI'TflCflOH,S Par mm. F. VIDAL et F. BEZANÇON (Travail du Laboratoire de M, le Professeur Cornil). AVEC LES PLANCHES I ET II I Depuis une douzaine d'années, la question de l'origine infec- tieuse des myélites aiguës et des scléroses cérébro-médullaires est à Tordre du jour. Le mémoire fondamental de M. Marie * a été un des points de départ de cette orientation étiologique. Les arguments cliniques en faveur de cette thèse s'accumulent de jour en jour plus nombreux, et l'on devait s'attendre à voir les expérimentateurs s'eiïorcer de donner une sanction à cette opi- nion, en tentant de reproduire, chez les animaux, des lésions encéphalo-médullaires, après inoculations microbiennes. Il a été fait, dans cette direction, diverses recherches que nous allons d'abord résumer. La rage est, parmi les maladies expérimentales, celle qui a été toutd'abord connue pour déterminer des paralysies chez le lapin. L'étude symptomatique de ces paralysies a été faite par M. Roux - dans sa thèse inaugurale. Les lésions médullaires ont été depuis l'objet des recherches de Gamaleia \ de Schaffer *, de Babes% de Golgi % de Letinois ". MM. Babinski et Charrin* ont signalé des paralysies con- sécutives à l'inoculation du bacille du pus bleu. MM. Grancher, H. Martin et Ledoux-Lebard^ , ont déterminé des paralysies se généralisant aux quatre membres, par inocula- 1. Marie, Progrés médical, 1884, p. 287. 2. Roux. Th. de doctorat, Paris, 1883. 3. Gamaleia, Sur les lésions rabiques, Ann. de Vlnstitiit Pasteur, 1887, p. 165. 4. Schaffer, Nouvelle contribution à la pathologie et à l'histo-palhologie de la rage humaine. Annales de l'Institut Pasteur, 1889, p. 644. 5. Babes, Annales de l'Institut Pasteur, 1892, p. 209. G. Golgi, Berlin. Kiin. Wochenschrift, 1894, p. 325. 7. Letinois, Rage paralytique du lapin. Th. Bordeaux, 189o. 8. Babinski et Charrin, Soc. de biologie, 10 mars 1888. 9. Grancher et Ledoux-Lebard, Soc. de biologie, 14 février 1891, et Arch. de Médecine expériment., mars 1891. Annales de l'InstitTit Pasteup. PL.I. Fiq.l, y •?* (- «• ■♦ •* VV>:'^ ' . <^i * '01^^ • • ' - . , •• • * ■^^^ Fiq.S. r*# ^S^ -A'^ ' XJ. -^-^ r ■'^sr-; Fi a, 4, o:t? ^^?^ A.Karmanski ad.nat.del.ei lith. Imp^ -^ Lemercier, Paris, Annales rie l'inslilut Pas leur. PL. Il Fig.l ^^/ .J>"»'' V 'à _•*■' ^^ a •<*»; \j^ , ^ Fig.3 F:g,4' ;A^ .;!?4 -'--°* -;^;?o 'Gi>@ ^Qj^^ A.Karmanskiad.na.t.del.eL lil.h Imp''-° Eeiûopcer, P'api MYÉLITES INFECTIEUSES EXPERIMENTALES. 103 lions de culture de tuberculose aviaire. MM. Gilbert et Lion ' ont fait semblable constatation chez un cobaye inoculé avec du tubercule humain. MM. Koux et Yersin ^ avaient, dès 1888, déter- miné des paralysies par inoculation du bacille de la diphtérie ou de sa toxine, et n'avaient pu constater de lésions appré- ciables du système nerveux. Chez trois chiens ayant reçu une injection sous-cutanée de toxines diphtéritiques, Enriquez et Hallion ^ ont observé des lésions importantes de la moelle. Deux fois sur trois, ils ont noté dans la substance blanche des foyers de sclérose névro- glique, au premier stade de son évolution, avec destruction de fibres nerveuses. M. Vincent * a observé un cas de myélite ascendante aiguë chez un lapin inoculé avec un bacille d'Eberth associé lui-même à un microbe pathogène d'espèce indéterminée. Dans ce cas, existaient simultanément des lésions de myélite diffuse et de névrite périphérique. MM. Gilbert et Lion =^ avaient déjà produit des paralysies par inoculation, an lapin, d'un bacille trouvé dans un cas d'endocar- dite, microbe qui n'était sans doute qu'une variété de coli-bacille. Plus tard, inoculant des lapins par voie intra-veineuse avec un coli-bacille retiré des selles normales d'un homme adulte, ces auteurs "^ ont vu se développer une paralysie tantôt sans lésion médullaire histologiquement appréciable, tantôt avec dégéné- rescence des cellules multipolaires. Récemment, MM. Thoinot et Masselin ' ont repris cette étude et l'ont développée avec tous les détails qu'elle comporte. Des paralysies consécutives à l'inoculation intra-veineuse de staphyhcucus pijogems aurens provenant d'un cas d'acné pilaire, avaient déjà été obtenues par MM. Gilbert etLion ^ Elles 1. Gilbert et Lion, Des paralysies infectieuses expérimentales. Gaz. hebdomad. de médec. et de chirury , 1891, p. 271. 2. Roux et Yersi.v. Annales de l'Inslitiit Pasteur, 1888, p. 629, et 1889, p. -ITi. 3. Enriquez et Hallion, Mj élites expériojentales par toxine diphtéritique- Revue neurologique, 1894, p. 282. 4. H. Vincent, Sur un cas expérimental de poly-myélite infectieuse aiguë, Archives de médecine ejiprimentale, 1893, p. 1576. o. Gilbert et Lion, Société de biologie, avril 1888. 6. Gilbert et Lion, Société de biologie, 13 février 1892. 7. Thoinot et Masselin, Deux maladies expérimentales à type spinal, Revuede médecine, 1894, p. 449. S.Gilbert et Lion, Des paralysies infectieuses expérimentales, Ga:. hebdomad. de médec. et chtrurg., juin 1891, i06 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ont également fait l'objet d'une étude récente et détaillée de MM. Thoinot et Masselin '. Nous arrivons à l'histoire des paralysies expérimentales à streptocoques. Manfredi et Traversa^ ont produit des accidents paralytiques ou convulsifs passagers, chez la grenouille, le lapin ou le cobaye, par injections de cultures de streptocoques stéri- lisés. MM. Vaillard et Vincent =* ont signalé incidemment ce fait que l'inoculation du streptocoque dans le sang- du lapin amène quelquefois une paraplégie flasque du train postérieur, suivie de la mort plus ou moins tardive de l'animal. Roger "* a déterminé chez des lapins une atrophie musculaire progressive à évolution lente, par inoculation d'unstreptocoque dontla virulence s'était atténuée après culture successive, pendant dix mois, sur du sérum de lapin. Anatomiquement, la lésion était caractérisée par des dégénérescences des cellules nerveuses, limitées aux cornes antérieures de la moelle, sans altération de la substance blanche. C'est encore en inoculant un streptocoque sans virulence que Bourges '' obtint par hasard chez un lapin une myélite à corps granuleux, ayant détruit presque entièrement la moelle au niveau du renflement lombaire, et altéré les cellules ner- veuses de la substance grise, sur toute la hauteur de la moelle. Cette myélite avait produit une paraplégie complète du train postérieur avec paralysie des sphincters, eschare fessière et atrophie musculaire des membres. Tel est à peu près le bilan de nos connaissances sur les para- lysies infectieuses expérimentales. . L'étude des lésions médullaires occasionnées par l'inoculation du streptocoque et la recherche des conditions étiologiques présidant à leur développement nous ont paru présenter un intérêt tout particulier, et mériter de nouvelles recherches systé- matiques. De tous les microbes saprophytes de l'homme, le 1. Thoihot et M.vssELiN, Lni'. cit. 2. Manfhedi et Traversa, Ginrn. inlcrn. dcllo sciance mi'diclie, 1888, p. ioO. 3. Vaillaki) et Vincent, Recherches bactériologiques sur la grippe. Sociéfè médicale des hôpitaux., 1890, p. 87. 4. RouEB, Atrophie musculaire progressive expérimentale. Annales de l'inst. Pasteur^ 1892. ' 3. Bourges, Myétite diffuse expérimentale par érysipélocoque, Archives de médecine expérimentale, 1893. MYÉLITES INFECTIEUSES EXPÉRIMENTALES. !07 streptocoque est, en effet, celui qui récupère le plus facilement sa virulence. N'avons-nous pas sans cesse à en redouter les assauts francs ou sournois, qu'il agisse comme facteur d'infection primitive dans Térysipèle ou diverses septicémies, ou comme facteur d'infection secondaire dans la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, la rougeole, la diphtérie, toutes maladies qui peuvent se compliquer de myélites? II Nous avons cherché à reproduire chez le lapin des myélites expérimentales en nous rapprochant autant que possible des conditions de la clinique. Pour cela, nous avons, avec des strep- tocoques de provenances les plus variées, inoculé un grand nombre d'animaux, que nous avons laissés longtemps en obser- vation. Depuis le mois de novembre 1893 jusqu'au mois de mai 1894, nous avons inoculé IIG lapins avec les cultures de 89 streptocoques, provenant des sources les plus diverses et doués des virulences les plus variées. Yoici l'énumération des sources oii nous avions puisé nos streptocoques : 20 bouches normales, 49 bouches pathologiques (érysipèle, scarlatine, rougeole, variole, angines pultacées, phlegmoneuses, pseudo- membraneuses, diphtéritiques, fièvre typhoïde, grippe, pneu- monie, etc.), un duodénum normal, dix infections puerpérales, une lymphangite, cinq plaques d'érysipèle, un abcès typhique, un purpura, une mammite contagieuse. Chez 7 animaux sur 116, soit dans 6 0/0 des cas, nous avons assisté au développement de symptômes paralytiques, variables dans leur allure clinique, et apparaissant de sept jours à deux mois après l'inoculation. Les streptocoques dont l'inoculation a déterminé des paralysies provenaient une fois de la bouche d'un érysipélateux, une fois de la bouche d'un varioleux, une fois de l'utérus d'une femme atteinte d'infection puerpérale, deux fois d'une même bouche normale (dans ces deux cas la virulence du streptocoque avait été exaltée par association avcclecoli-bacille). Dans les deux derniers cas, la paralysie avait été obtenue par inoculation en série d'un streptocoque retiré d'une fausse membrane psuudo-diphtéri tique. Les sept animaux devenus paralytiques avaient été inoculés 108 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de la façon suivante : quatre d'entre eux dans le tissu cellulaire de Toreille avec 1,5 c. c. de ruUuie, deux autres simultanément dans les veines et le tissu cellulaire. Le dernier enfin avait reçu dans le tissu cellulaire d'une oreille 1, o c. c.de culture de strep- tocoques, etlelendemain 1,5 c. c.de culture decoli-bacille virulent dans le tissu cellulaire de l'autre oreille. Dans deux cas l'inoculation avait été immédiatement suivie de l'évolution d'un érysipèle intense, dans un cas de tuméfaction localisée de la base de l'oreille avec fièvre et symptômes généraux; dans deux cas de tuméfaction de l'oreille avec fièvre légère, dans un cas de tuméfaction localisée au point d'inocu- lation sans fièvre, dans un cas de fièvre légère sans réaction locale. L'apparition des phénomènes paralytiques n'est pas néces- sairement liée à l'atténuation de la virulence du streptocoque, comme semblaient le prouver les cas observés par Roger et Bourges; nos observations montrent qu'ils peuvent survenir aussi bien à la suite d'érysipèle que d'infection atténuée. Dans nos sept cas, la paralysie s'est terminée par la mort, 13 jours, 15 jours, 25 jours, 32 jours, 37 jours, 45 jours, 70 jours après l'inoculation. Tantôt la myélite a suivi sans rémission les symptômes infectieux consécutifs à l'inoculation, tantôt les troubles morbides ont évolué en deux temps : après la disparition de l'érysipèle ou de l'abcès local, la fièvre était tombée, l'animal semblait guéri, lorsque brusquement la température se relevait et cette ascen- sion était suivi à bref délai de l'évolution d'une paralysie. Dans quelques cas enfin, l'inoculation n'avait pas été suivie de symp- tômes infectieux appréciables, et la paralysie avait été pour ainsi dire la première manifestation clinique de l'infection. En général les symptômes médullaires apparaissent brus- quement, sans cause appréciable, et au moment où l'on s'y attend le moins. Dans un cas cependant, nous avons pu saisir ne cause provocatrice immédiate. Un lapin mâle inoculé depuis deux mois avait toujours été en parfaite santé. On l'approcha d'une femelle et il' tomba brusquement en paralysie, dès son premier essai d'accouplement. Sa moelle était déjà malade, sans doute, et la cause occasionelle n'avait fait que précipiter l'appa- rition de la paralysie préparée par l'infection antérieure. En MYELITES INFECTIEUSES EXPÉRIMENTALES. 109 pathologie humaine, le coup de froid ou la fatigue ne jouent probablement pas un rôle plus important dans la genèse des myélites aiguës dites spontanées. m Les symptômes médullaires ont présenté suivant les cas une évolution différente. Tantôt ils ont revêtu l'allure d'une para- plégie flasque, tantôt celle d'une paraplégie avec contracture. Dans trois de nos observations, la paraplégie flasque a porté sur le train postérieur. L'aspect de l'animal était caractéris- tique; les membres postérieurs étaient alTaissés et tout le poids du corps portait sur les pattes de devant. L'animal n'avançait qu'avec une peine extrême, en rampant et en traînant pour ainsi dire à la dérive ses deux membres postérieurs. Suspendu par les oreilles, l'animal ne cherchait pas à se débattre, ses pattes pen- daient inertes, et ne réagissaient pas aux piqûres ou excitations. La paralysie était flasque, si bien que les pattes pouvaient être étendues ou fléchies sans qu'on y sentît de contracture. Dans un cas, la paralysie était devenue partiellement ascen- dante et avait gagné le membre antérieur du côté droit. Aussi l'animal au repos restait incliné du côté droit et ne pouvait garder l'équilibre quand on cherchait à le redresser. La para- plégie flasque a toujours eu une évolution rapide variant entre 2, 3 et 4 jours. Dans trois cas, nos animaux ont présenté des contractures d'une allure toute spéciale. Deux fois, les contractures étaient généralisées aux quatre membres, au tronc, et même à la tête qui était renversée en arrière, en opislhotonos. Ces contractures s'exagéraient par paroxysme, et à certains moments donnaient à Tanimal les atti- tudes les plus bizarres. Dans un cas Tanimal présentait parfois de véritables syncopes. Un troisième animal eut des contractures localisées à un seul côté du corps, de forme hémiplégique, et se présentant dans des conditions telles, qu'elles méritent d'être rapportées avec quelques détails. Ce lapin, 12 jours après son inoculation, commence par présenter une démarche sautillante, boîte à cer- tains moments et déjà est atteint d'une maigreur extrême. 110 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Lorsqu'on le tient suspendu par les oreilles, la patte droite pend plus inerte que la gauche. Les jours suivants, la tête s'in- cline à droite en contracture, et présente des mouvements spas- modiques parfois réguliers. Elle résiste quand on veut la ramener dans la rectitude et reste toujours inclinée à droite. A certains moments cependant, la contracture semble céder quelque peu. Bientôt le corps, contracture dans toute la moitié droite, reproduit un arc de cercle dont la concavité est tournée à droite. Cette contracture diminue d'intensité à certains moments ; l'animal peut alors marcher, mais toujours contracture à droite. De temps en temps il est pris de mouvements giratoires qui l'entraînent de façon à lui taire faire un tour complet sur lui- même et toujours à droite. Quand on le met sur le dos ou seulement sur le côté, il se redresse avec la plus grande diffi- culté et quelquefois en roulant plusieurs fois sur lui-même. Cinq jours après le début de la contracture, une détente semble se manifester. La démarche est plus habile, mais le corps est toujours en demi-cercle à droite, avec contracture du même côté. Les jours suivants, la contracture reparaît aussi intense, l'animal saute constamment dans sa cage en décrivant toujours un arc de cercle à droite. La tête, sans cesse conlracturée de ce côté, est inclinée aussi bas que possible. Remis à terre sur le tlanc droit, l'animal est repris de mouvements gyratoires, pre- nant parfois l'allure épileptiforme. Les yeux sont convulsés en haut et présentent des oscillations nystagmiformes verticales. L'animal mourut 13 jours après le début de ces contractures, avec une température de 41°. Depuis le jour de l'inoculation, la température n'avait d'ailleurs cessé d'être élevée. Tous nos animaux ont présenté un amaigrissement considé- rable de leurs muscles périphériques. Nous avons noté presque toujours de la diarrhée, de l'incontinence des matières fécales, de la rétention d'urine. Nous avons observé non seulement des syncopes, mais encore parfois une dyspnée, caractérisée par une fréquence extrême des mouvements thoraciques. Nous avons pu compter jusqu'à 100 respirations par minute. La fièvre enfin n'a jamais manqué pendant l'évolution de la maladie dont la durée, dans nos cas, a varié entre 2 et 13 jours. MYELITES INFECTIEUSES EXPERIMENTALES. Hi IV La moelle a été examinée dans quatre cas. — A l'oeil nu et à rétatfrais,elleneprésentait aucune lésion appréciable. Ou ne trou- vait ni altérationméningée, nifoyer de ramollissementmédullaire. Dans un cas, après deux mois de séjour dans le liquide de Millier, l'une des moeiles présentait, sur des sections transver- sales pratiquées à divers étages, une modification très apparente, consistant en une décoloration très marquée des cordons posté- rieurs et de la partie postérieure des cordons latéraux. La cou- leur blanchâtre de ces parties tranchait nettement sur la teinte brune des autres régions. A première vue, on aurait pu croire à une sclérose systématisée, mais l'examen histolog'ique va nous montrer tout à l'heure que ces zones blanchâtres correspondaient simplement à des fcry^ers de dégénérescence aigui' plus marquée des tubes de la substance blanche. Nous insistons sur cet aspect qui pourrait facilement prêter à une erreur d'interprétation. Remarquons que Schafferf/. c p. 248), a vu et figuré des bandes de dégénérescence, se présentant macroscopiquement sous un aspect analogue, au niveau des cordons postérieurs dans des moelles rabiques durcies dans le liquide de Miiller. Chez celui de nos lapins dont la moelle présentait cette alté- ration macroscopique, les symptômes paralytiques avaient duré pendant lo jours. La paralysie des trois autres animaux n'avait duré que 2 à 3 jours. Élude histolofjiquc. — Les coupes de moelles de nos ani- maux ont été traitées parla méthode dePal, et colorées au picro- carmin et à Thématoxyline, à la safranine et au bleu de méthy- lène phéniqué. La recherche des streptocoques a été pratiquée par la méthode de Weigert. L'examen histoiogique a révélé dans tous les cas des lésions diffuses, de nature dégénérative et d'intensité variable, portant sur les divers segments, et frappant à la fois l'axe gris et les cor- dons blancs. Ces lésions étaient à leur maximum, précisément dans le cas oii existaient des altérations visibles à l'œil nu, après durcissement dans le liquide de Miiller. Substance grise. — Elle est intéressée dans toute la hauteur de la moelle, mais les lésions portent principalement au niveau du renflement lombaire. H2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Les grandes cellules multipolaires des cornes antérieures sont les éléments les plus profondément modifiés de la substance grise ; elles présentent des degrés variables de dégénération ; quelques-unes même paraissent épargnées par le processus. Sur certaines préparations on voit disposées, dans le champ du microscope, des cellules voisines présentant divers degrés d'altération (fig. I, planche I) et frappées de dégénérescence granuleuse, vacuolaire, vitreuse ou d'atrophie. Dégénérescence granuleuse. — Les cellules frappées de dégéné- rescence granuleuse sont très hypertrophiées. Leurs angles sont émoussés, leur contour arrondi et leur aspect globuleux. Les prolongements protoplasmiques ont disparu et le prolongement de Deiters, tuméfié, persiste seul dans certains cas. Le proto- plasma coloré enrose pâle par le carmin est semé de nombreuses et fines granulations. Le noyau est en général normal et le nucléole presque toujours apparent. Sur certaines cellules cependant, le nucléole n'est plus visible. Dégénérescence vacuolaire. — Ce mode de dégénérescence pré- sente, suivant les cellules, des degrés variables d'intensité. La dégénérescence granuleuse et la dégénérescence vacuolaire se trouvent parfois combinées dans le même corps cellulaire. Les vacuoles sont parfois en petit nombre, et siègent alors au centre ou aux extrémités de la cellule. Souvent elles sont abondantes; tantôt alors elles sont localisées à la périphérie et donnent au contour cellulaire un aspect polycyclique, tantôt elles envahissent toute la cellule, qui ne se distingue plus que par son noyau et par quelques minces brides protoplasmiques intervacuolaires (l\g. II, planche 1). Ces cellules en dégénérescence vacuolaire sont tou- jours considérablement augmentées de volume. Atrophie cellulaire. — La dégénérescence vacuolaire, si la lésion progresse, aboutit à l'atrophie cellulaire. Lorsque la vacuo- lisation est devenue complète, la cellule disparaît ou n'est plus représentée que par une mince lame de protoplasma et par un noyau atrophié refoulé contre les parois de la loge qui semble alors complètement vide. Sur certains points, plusieurs loges voisines apparaissent ainsi vides de tout élément et la région correspondante de l'axe gris apparaît criblée de trous. Dégénérescence vitreuse. — Les cellules frappées de ce mode de MYÉLITES INFECTIEUSES EXPÉRIMENTALES. 113 dégénération apparaissent en général tuméfiées, informes, réfrin- gentes, semblables à de gros blocs vitreux qui semblent coulés dans la loge à la place des cellules. Parfois ces cellules sont comme ratatinées. Elles prennent mal les matières colorantes, leurs prolongements ne sont plus visibles et leur noyau ne peut plus en général être isolé par les réactifs. Dans certains cas pourtant, en faisant varier la mise au point du microscope, on finit par deviner les vestiges du noyau. La névroglie de la substance grise est peu modifiée ; ses fibrilles sont légèrement tuméfiées et plus difficiles à distinguer qu'à l'état normal, et l'on ne constate aucune trace de réaction infiam- matoire de ce tissu. De place en place, au voisinage des cellules multipolaires malades, on constate quelques gros corps granuleux. La figure 3, planche I, représente un de ces corps abordant une cellule en dégénérescence. Les tubes nerveux sont en général peu altérés. Le cylindre- axe est cependant sur certains points manifestement hypertrophié. Le canal de l'épendyme est normal. Les lésions vasculaires sont très intenses au niveau de l'axe gris, et portent principalement sur les capillaires des cornes anté- rieures et des commissures. Ces vaisseaux très apparents sur les coupes sont gorgés de sang, particulièrement au niveau du ren- flement lombaire. Les parois sur certains points sont rompues, et le sang extravasé forme dans le parenchyme voisin de véri- tables infarctus hémorrhagiques. Mais les vaisseaux, pas plus que la névroglie, ne présentent trace de processus inflammatoire; leurs parois ne sont pas épaissies, et l'on ne décèle pas d'infiltra- tion leucocytique à leur intérieur ou à leur périphérie. Les lésions de la substance grise dans nos cas présentaient une intensité beaucoup plus marquée que dans ceux de Roger. Cet auteur dit que, dans la plupart des cellules des cornes anté- rieures de ses animaux, le noyau résistait longtemps et contras- tait par son intégrité relative avec la dégénérescence du proto- plasma. Dans les moelles que nous avons examinées, les lésions de certaines cellules se rapprochent de la nécrose de coagula- tion et ressemblent, en cela, à celles que produit le coli-bacille. Les lésions de la substance blanche n'oftVaient pas moins d'intérêt. 8 114 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cordons blancs. — " Ils présentaient des degrés d'altération variables. Discrètes dans les trois cas, oii la moelle durcie dans le liquide de Miiller ne présentait pas de modifications appréciables à l'œil nu, les lésions histologiques étaient à leur maximum dans la moelte qui offrait au niveau des cor- dons postérieurs cette décoloration toute spéciale dont nous avons parlé. Les zones décolorées, rappelant à première vue l'as- pect de bandes de sclérose, correspondent à des lésions dégénéra- tivesenfoyerde la substance blanche. La méthode de Pall ne per- met pas, en effet, défaire de différenciations sur les coupes entre les diverses parties de la substance blanche comme dans les cas de sclérose. Une plaque sclérosée tranche nettement sur le reste de la préparation par suite de l'absence de myéline; la plaque de dég-énération où la myéline, quoique modifiée, est cependant conservée, se confond au contraire à un faible grossissement avec les autres régions des cordons blancs. L'étude des coupes traitées par le picro-carmin et l'héma- toxyline décèle les détails de la lésion. Toute la zone dégénérée est uniformément teintée en rose pâle; à son niveau, on ne trouve plus trace de structure, et son aspect tranche ainsi sur les rég'ions avoisinantes qui présentent un aspect de mosaïque fourni par la juxtaposition des cylindre-axes, sectionnés transversalement. Par ce procédé, on peut voir que tout le cordon postérieur n'est pas uniformément altéré. Seules, les zones correspondant aux faisceaux de GoU et de Burdach chez l'homme sont dégénérées, tandis que la zone sulco-marginale et la zone marginale externe de Westphall sont relativement conservées. Il y a là une topographie des lésions qui rappelle celle obser- vée dans certains cas de tabès cervical au début. Les lésions histologiques observées sont identiques dans les quatre cas et ne diffèrent, nous l'avons dit, que par leur intensité, de sorte que, pour les cordons blancs comme pour la substance grise, on peut faire une étude d'ensemble des lésions. Les lésions sont d'ordre dégénératif et frappent chaque tube isolément, de sorte qu'on rencontre des tubes sains épars au milieu de tubes malades. On peut étudier ainsi sur des tubes voisins toute la gamme des lésions dégénératrices de la myéline et du cylindre-axe. En certains points, la lésion a frappé non plus isolément, mais en bloc, un certain nombre de tubes voi- MYÉLITES INFECTIEUSES EXPERIMENTALES. 115 sins, constituant ainsi dans la substance blanche de véritables foyers nécrosiques. Les tubes sont atteints dans leurs diverses parties consti- tuantes. Lagaine de myéline estprofondément modifiée, disten- due, bosselée, souventinforme. Lamyélineestgranuleuse, àpeine colorée, en général, par la méthode de Pall; elle ne se distingue parfois que par un liséré noirâtre enserrant dans son intérieur la partie granuleuse. Souvent toute trace de gaine a disparu, et l'on ne voit plus sur le champ de la préparation que des gout- telettes d'apparence graisseuse, parfois énormes. Le cylindre-axe présente des altérations qui semblent parfois avoir été les premières en date. La myéline est encore peu altérée, quelquefois même normale, et le cylindre-axe apparaît déjà hypertrophié. En générai, les lésions de la myéline et du cylindre-axe suivent une marche parallèle, et le cylindre-axe doublé, triplé et même quintuplé de volume., apparaît au milieu de la myéline granuleuse avec laquelle il se confond facilement. Le cylindre-axe présente de plus des contours irréguliers; il est déformé, bosselé, et prend sur les coupes transversales des aspects enZ ou en croisssant; son hypertrophie n'est d'ailleurs pas généralisée à toute sa longueur, elle ne se voit que sur cer- taines parties du trajet, de sorte que sur les coupes longitudi- nales, le cylindre apparaît variqueux, monilifornn?e (fig. 2, planche II), renflé en massue (fig. 3, planche II). Sur certains points, myéline et cylindre-axe sont à peine visibles ou même ont complètement disparu. La trame névro- glique qui leS sépare est extrêmement distendue; dans certains cas elle s'est rompue ou même a disparu, au point de laisser de place en place des loges vides d'éléments. Il est enfin des régions oii la névroglie, de même que dans la substance grise, est peu modifiée ; elle n'est le siège d'aucun phé- nomène inflammatoire, mais participe plutôt, surtout au niveau des cordons postérieurs et des petits foyers de dégénération des cordons latéraux, au processus nécrotique des éléments paren- chymateux. De gros corps granuleux chargés de myéline apparaissent en grand nombre à la périphérie de la substance blanche, dans les espaces lymphatiques que l'on trouve au niveau des encoches ou des sillons. On en rencontre encore au milieu des cordons. 116 , ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dans les gaines périvasculaires. Les corps granuleux sont beau- coup plus nombreux dans les cas où la mort de l'animal est survenue peu de temps après le début de la paraplégie. Notons enfin que, daus aucun cas, nous n'avons trouvé de lésion appréciable soit des ganglions, soil des racines rachi- diennes; à l'examen histologique des nerfs périphériques et des muscles atrophiés, nous n'avons pu déceler la moindre altération. En résumé, si nous comparons nos résultats avec ceux jusqu'ici publiés, nous voyons que les myélites expérimentales déterminées chez le lapin par inoculation du streptocoque peuvent se traduire symptomatiquement, soit par des atrophies musculaires à marche progressive (cas de Roger), soit par des parapléi'ies flasques à marche suraiguë (un cas de Bourges et quatre observations personnelles), soit par des paralysies avec contractures plus ou moins généralisées (trois observations personnelles). Dans tous ces cas, la paralysie s'accompagnait d'amaigrissement très marqué des muscles. Les streptocoques dont Roger et Bourges s'étaient servis pour leurs inoculations étaient très atténués dans leur virulence. Deux de nos obser- vations prouvent que cette atténuation n'est pas nécessaire, et qu'un streptocoque assez virulent pour provoquer un érysipèle intense peut aussi déterminer une myélite aiguë. Dans les quatre cas, dont nous avons pratiqué l'examen, les grandes cellules de la substance grise présentaient toute la série des altérations déjà décrites par Roger, Bourges, Gombault^ Thoinot et Masselin. Les lésions de la substance blanche pré- sentaient par contre une intensité que l'on ne retrouve guère que dans les cas de MM. Thoinot et Masselin, cas développés à la suite d'inoculations de coli-bacilles ou de staphylocoques. Les myélites expérimentales occasionnées par le streptocoque reproduisent donc la plupart des lésions décrites dans la myélite aiguë diffuse dite spontanée de l'homme. Il suffit de se reporter à la description et aux planches données par M. Hayem *, dans son mémoire de 1874, pour juger de l'analogie de la lésion humaine et de la lésion expérimentale. 1. Hayem, Note sur deux cas de myélite aiguë centrale et diffuse, Archives de Physiologie, 1874, p. 603. MYELITES INFECTIEUSES EXPERIMENTALES. 117 Dans les myélites aiguës humaines, d'origine spécifique, dans celles consécutives, par exemple, à la rage ou à la syphilis, on trouve ég-aienient des altérations à peu près analogues, por- tant sur les éléments parenchymateux de la substance g-rise ou de la substance blanche, comme en font foi les examens de Schaffer dans les myélites rabiques, et de Sottas ' dans les myélites syphilitiques aiguës. Dans nos cas expérimentaux, deux traits cependant manquent au tableau : le diapédèse leucocytique périvasculaire, et l'hyper- trophie de la névroglie, si fréquemment observées dans les cas de myélite aiguë de l'homme. MM. Auché et Hobbs*, Œttin- ger et Marinesco \ ont récemment retrouvé en abondance le streptocoque dans la moelle de varioleux morts de myélite aiguë. Dans nos observations, la moelle n'a pas été le dernier refuge du streptocoque: nous n'avons pu le retrouver dans les centres ner- veux ni parla culture ni parla coloration des coupes, et cepen- dant, dans quelques cas, nous avions pu l'isoler du sang et des vis- cères. On ne pouvait donc incriminer l'action directe du microbe pour expliquer les lésions. Les expériences de Spronck * ont démontré qu'il suffisait de pratiquer l'occlusion de l'aorte, pen- dant une heure chez un animal, pour observer, deux jours après cette opération, la dégénérescence des cellules nerveuses de la substance g'rise et des tubes nerveux de la substance blanche. Ces altérations seraient la conséquence de l'anémie consécutive à l'occlusion passagère de l'artère. Or, dans nos cas, il n'exis- tait pas dans la moelle d'oblitération vasculaire, comme dans certains faits de syphilis médullaire aiguë, et la dégénérescence des éléments ne pouvait s'expliquer par l'anémie. Tout porte donc à croire que les lésions par nous décrites sont de nature toxique et résultent de l'imprégnation des centres ner- veux par les substances solubles d'origine microbienne. La nature dég^énérative de toutes ces altérations, qui portent presque unique- ment sur les éléments nobles de l'organe, cellules et tubes ner- 1 Sottas, Paralysies spéciales syphilitiques. Th. Paris, 1894, p. 137. 2. AucHE et HoBBS, Contributions à l'élude des complications médullaires de la variole. Congrès de Lyon 1894. 3. QEttinger et Marinesco, De l'origine infectieuse de la paralysie ascendante aiguë. Semaine médicale, oO janvier 1815, p. 45. 4. Sphonck, Contribution à l'étude expérimentale des lésions de la moelle épi- niére déterminées par l'aaémie passagère de cet organe. Archives de physiologie, janvier 1888. H8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. veux, et le fait que ces altérations ne sontpas commandées par des lésions vasculaires, sont autant d'arguments plaidant encore en faveur de cette opinion. Il y avait là, véritablement, myélite parenchymaieuse diffuse dégénérative. Ajoutons que dans les maladies expérimentales toxiques ou traumatiques, surtout celles décrites par PopolT (Beitr. zur Kenntn. d. acuten tox. Mijeli- tis, 1882)etparBabes(£'.rpmm/îe«'^r., elc.Arch. f.Dermal., 1878), on observait, dit ce dernier auteur, une lésion plutôt parenchyma- teuse, avec hyperémie, exsudation de masses hyalines, dégéné- rescence des cellules et surtout des fibres nerveuses, tandis que les lésions inflammatoires des vaisseaux étaient moins pronon- cées. Des lésions dégénératiyes des cellules des cornes anté- rieures ont été observées également par Achard et Soupault * dans l'intoxication alcoolique aiguë. Enfin le développement dans la moelle de toutes les lésions que nous avons décrites peut être très rapide. Il y a longtemps déjà que M. Jotïroy -, déterminant chez les animaux des myélites expérimentales, en traumatisant la moelle et en l'irritant avec des caustiques, a vu se développer au bout de cinq jours une hypertrophie caractéristique du cylindre-axe. Cette même lésion a été retrouvée par Charcot chez un soldat, mort 24 heures seulement après que la moelle avait été sectionnée par une balle. Les altérations des grandes cellules des cornes anté- rieures ne sont pas moins rapides dans leur développement. Dans un cas de ïhoinot et Masselin, il n'a pas fallu plus de 15 heures pour les amener à un état vacuolaire très pro- noncé. L'étude des myélites expérimentales à colibacilles a déjà donné la clé de la pathogénie des paralysies des urinaires. Cette étude des myélites expérimentales à streptocoques peut aider à comprendre la genèse des myélites aiguës, dites primitives, de l'homme. Une infection à streptocoque peut être assez minime et assez profondément cachée pour passer inaperçue, et prêter à l'éclosion d'une myélite en apparence spontanée. Rappelons à ce sujet que chez le malade qui fait l'objet de la première observation du mémoire de M. M. Hayem (/. r.), on ne put àl'au- 1. Achard et Soupault, Deux cas de paralysie alcool, à forme aiguë et géné- ralisée. {A7'ch. de Méd. expérim. 1893, p. 359.) 2, JoFFROY, Compter rendua de la Société de Biologie, 1873, p. 287, MYELITES INFECTIEUSES EXPÉRIMENTALES. 119 topsie enlever que la moelle et le rein droit, et l'on fut surpris de trouver le viscère farci d'abcès miliaires. Plus ou avance dans l'histoire des myélites infectieuses expé- rimentales, plus on voit combien leur pathogénie se rap- proche de celle des endocardites, des pleurésies, des méningites aiguës, etc.; elles sont réalisées le plus souvent par les quelques germes vulgaires, qui déterminent en général ces localisations. Rappelons en terminant la systématisation possible du pro- cessus dégénératif aigu à certains faisceaux des cordons blancs, comme le fait ressortir une de nos observations. On peut émettre Thypolhèse que si dans ce cas l'animal avait sur- vécu, la lésion parenchymateuse systématique des cordons blancs n'aurait pu guérir qu'au prix d'une cicatrice, et cette sclérose d'origine infectieuse n'aurait pas été conduite par des lésions vasculaires. EXPLICATIONS DES FI&URES PLANCHE I Fig. L — Fragment d'une corne antérieure dont les cellules multipolaires sont à divers stades de dégénérescence: 1, dégénérescence granuleuse; 2, dégénérescence vacuolaire; 3, dégénérescence vitreuse. Fig. IL — Grosse cellule vacuolaire isolée. Fig. IIL — Gros leucocyte granuleux abordant une cellule de la substance grise en dégénérescence granuleuse. Fig. IV. — Infarctus hémorrhagique par rupture d'un capillaire dans la substance grise. PLANCHE II Fig. I. — Coupe transversale d'un segment du cordon latéral : i, cylindre axe hypertrophié; 2, gaine de myéline dilatée. Fig. IL — Coupe longitudinale de tubes nerveux de la substance blanche, montrant des cylindre-axes d'aspect variqueux, moniliforme. Fig. IIL — Cylindre-axe sectionné et renflé en massue. Fig. IV. — Coupe transversale d'un segment de la substance blanche. La préparation a été traitée par la méthode de Pal et l'on voit la distension des gaines de niyéhne et la mise en liberté de grosses gouttelettes graisseuses. REVUES ET ANALYSES LES THEORIES DE LA SACCHARIFICATION REVUE CRITIQUE Les deux théories qui ont été proposées * pour expliquer la trans- formation de l'amidon en maltose et en dextrine sous l'influence du malt expliquent toutes deux certains phénomènes de la saccharifi- cation, et en laissent d'autres dans une ombre discrète. Payen, qui avait vu la dextrine dominer dans le mélange au commencement de la réaction, et le sucre y augmenter peu à peu, avait cru et dit que l'amidon devait d'abord donner de la dextrine, par un procès d'iso- mérie, puis elle-cidu maltose, par unprocès d'hydratation, entièrement indépendant du premier. Il n'avait pas expliqué pourquoi on avait pres- que toujours, sinon toujours, un résidu irréductible de dextrine, et pourquoi ce résidu persistait à ne pas vouloir s'hydrater; ou plutôt, il en avait donné uneexplication qui plus tardn'apasétéreconnue fondée. Musculus, de son côté, ne disait rien de la variabilité du rapport entre la dextrine et le sucre pendant la durée du phénomène, variabi- lité que n'expliquait guère sa théorie du dédoublement de la molécule d'amidon en dextrine et en maltose : d'un bout à l'autre de la réaction, si cette théorie était exacte, le sucre et la dextrine eussent dû être formés en mêmes proportions. C'est à la réaction terminée, prise au moment où la transformation y est devenue très lente, que s'attaquait Musculus, et il montrait alors deux choses, en apparence inconci- liables avec la théorie de Payen : 1° que le sucre et la dextrine étaient dans un rapport fixe et simple; 2» que la dextrine formée restait inattaquable, alors même qu'on renouvelait les doses de diastase. Sur le premier point, 3Iusculus s'était trompé : le rapport n'est ni fixe ni simple. Il varie avec la température, surtout de 64 à 70°, au voisinage du degré de chaleur auquel la diastase se détruit ou perd toute action. A une même température, il varie avec la quantité de diastase ajoutée, avec son degré d'acidité ou d'alcalinité, proba- blement aussi avec la nature de l'amidon ou le mode de préparation de l'empois. Si des observateurs aussi consciencieux et aussi habiles 1. Voir la Revue Critique de janvier dans ces Annales. REV[JES ET ANALYSES. 121 que M. 0' Sullivan d'un côté, MM. Brown et Héron de l'autre, n'ont pas obtenu les mêmes résultats en saccharifiant de l'empois de fécule à la même température, c'est peut-être parce que MM. Brown et Héron employaient porportionnellement plus de diastase que M. 0' Sul- livan, peut-être aussi parce que ce dernier faisait son empois avec de la fécule ordinaire, tandis que MM. Brown et Héron se servaient de fécule préalablement macérée en présence de potasse et d'acide chlorhydrique faibles. Mais ce n'est pas seulement l'idée de la fixité du rapport qui a été atteinte, c'est aussi l'idée de sa simplicité. Il est vrai que M. 0' Sul- livan a pu, comme nous l'avons vu, résumer ses résultats dans les quatre formules relativement simples. Au delà de 68-70° 6 ^ + e = m 4- S f/ (1) De 64» à 67-70° 6 « -j- 2 e =. 2 m -f- 4 ^/ (2) Vu 64° 6 rt -f 3 e = 'A 7n -\- '6 d (3) Au-dessous de 63" 6 a -|- 4 e = 4 w, -j- 2 rf (4) OÙ a, m, d, e représentent respectivement une molécule d'amidon, de maltose, de dextrine et d'eau. Mais, outre que les coefficients de cette équation ne sont qu'approximatifs, outre les objections que nous avons faites, à la fin de notre dernière Revue, sur la grosseur qu'il faudrait donner à une molécule d'amidon pour la rendre capable de fournir, en se brisant, à autant de combinaisons diverses que celles que réalise l'expérience, il y a un défaut plus grave dans l'échafaudage théo- rique construit sur ces formules. C'est qu'elles n'ont qu'une existence conventionnelle. Les dosages qu'elles traduisent ne sont pas ceux de la réaction terminée, mais ceux de la réaction au moment où elle se ralentit. Pour les établir, M. 0' Sullivan doit en outre s'astreindre à ne pas dépasser une cer- taine proportion de diastase, et est obligé d'interrompre la réaction au bout de 10 ou 20 minutes après le commencement, sans quoi elle continue et aboutit à d'autres rapports entre le maltose et la dextrine. Les conditions dans lesquelles il faut se mettre pour obtenir cette prétendue simplicité des rapports sont donc très étroites et très mal définies, et, en réalité, le phénomène de la dislocation ou de la disso- ciation de la molécule d'amidon semble être un phénomène continu, dans lequel c'est un peu artificiellement qu'on provoque ou qu'on suppose des phases. C'est un plan incliné; ce n'est pas une rampe d'escalier. Si on veut y voir, ce dont on a toujours le droit, un acte d'effeuillement, de dislocation d'une molécule complexe, il faut se représenter la molécule d'amidon comme un gros livre in-18 dont les feuillets se déchirent les uns après les autres pour devenir du maltose, pendant que ceux qui restent encore adhérents deviennent de la dex- 122 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. trine. Il peut y avoir çà et là des feuilles cousues moins solidement et qui se détachent par paquets, simulant ainsi des dissociations en proportions simples; mais, dans l'ensemble, cette simplicité est toujours fictive, et il faut que la théorie de la dislocation fasse son deuil de cet argument qui, au contraire des arguments solides, s'est évanoui quand on a cherché à Je serrer de près. II L'un des étais de la théorie de Musculus est donc devenu bien fragile. Vo3'ons maintenant celui qui s'appuie sur l'existence de dex- trines inattaquables par la diastase. Celui-ci semble, au premier abord, très solide. Il est certain qu'il reste d'ordinaire, dans toute saccharification, un résidu de dextrine que l'amylase, présente et encore active, ne réussit pas à transformer en maltose, comme le voudrait la théorie de Payen. Ce n'est pas, comme on l'a dit, le maltose déjà formé qui empêche la réaction de continuer; car, d'une part, si on rajoute de l'empois d'amidon, il se forme de nouveau maltose sans que la dextiine préexistante disparaisse; de l'autre on peut produire une saccharification en mettant à l'origine dans le liquide du glucose ou du maltose; la transformation progresse à peu près du même pas que s'il n'y avait pas de sucre, et aboutit à peu près au même point. On peut du reste isoler ces dextrines résiduaires, en les précipitant par l'alcool. Séparées du maltose qui les accompagnait, et remises en présence du malt dans les conditions mêmes où elles avaient été pro- duites, elles résistent : ou du moins il y en a qui résistent, car l'expé- rience ne réussit pas toujours, et présente une part d'imprévu, due sans doute à des différences dans la constitution et la réaction des milieux, sur lesquelles l'attention ne s'est pas suffisamment portée jusqu'ici. Tout ce qu'il faut pour notre thèse, c'est qu'il y ait des dextrines inattaquables par de nouvelle diastase dans les conditions mêmes oiî elles se sont formées, et il y en a de telles. Mais 0' Sullivan a fait voir que si on abaissait, même légèrement, la température au-dessous de celle de la formation de ces dextrines, loin d'être inattaquables, elles se disloquaient facilement en maltose et en dextrines nouvelles, attaquables elles-mêmes à plus basse tempé- rature, de sorte que nous retrouvons là cette continuité, ce plan incliné que nous signalions tout à Theure au sujet de la dislocation de la molécule d'amidon. L'augmentation dans la quantité de maltose, et la diminution dans la quantité de dextrine, à mesure que la tempé- rature s'ajDaisse au-dessous de 70o, peut être rattachée à ce fait que les dextrines sont d'autant moins facilement attaquables que la tempé- rature s'élève davantage. L'ordre de faits auquel je fais^ allusion, et REVUES ET ANALYSES, 123 que j'emprunte à M. O'SuIlivan, n'a pas été édifié par lui en vue de la conclusion que j'en tire. Il se préoccupait de savoir si les résidus dextriniques 5rf, Ad, 3d, 2^ de ses quatre équations obéissaient aux mêmes lois que la molécule d'amidon 6« elle-même, en ce qui regarde l'influence de la température sur la saccharification. Mais ses essais peuvent servir à mettre nettement en évidence deux choses : la première, défavorable à la théorie de Musculus, c'est qu'il n'y a pas de dextrines inattaquables par l'amylase; la seconde, favorable à cette théorie en ce qu'elle est contraire à la théorie de Payen. c'est qu'il n'y a pas qu'une dextrine, il y en a plusieurs. Dans les résultats de O'SuIlivan, la dextrine 5^/, résidu de son équation (1), se comporte à peu près, sous l'inlluence du malt et de la température, comme le ferait l'amidon 6r/, à une température plus basse de 1 ou 2'^; la dextrine Ad, de l'équa- tion (2), ne donne que le tiers de son poids de maltose au-dessous de 63" ; celle de l'équation (4) se disloque au contraire régulièrement et se transformepresqueintégralementen maltose, sans qu'on puisse observer dans la réaction aucun point d'arrêt sensible, aucun stade bien défini. Il y a donc dextrine et dextrine, du moins en ce qui concerne l'influence de la diastase aux diverses températures, et la façon dont elles se dissocient. Si on applique la théorie de la dislocation à l'inter- prétation de ces différences, on se dira que chacune de ces dextrines forme elle-même, comme la molécule d'amidon initiale, un livre à feuillets inégalement labiles; les plus gros de ces livres, les plus grosses de ces molécules étant celles des dextrines formées à haute température, celles qui proviennent de l'élimination du nombre minimum de molécules de maltose delà molécule complexe amylacée. Et, dès lors, nous avons ànousdemander si ces difTérences de grandeur moléculaire, dans les dextrines diverses, n'auraient pas une autre traduction que leur façon de se comporter vis-à-vis de l'amylase : façon de se comporter un peu contingente, après tout, car la dextrine n'est pas seule à y jouer un rôle, et la diastase y intervient, comme nous le verrons bientôt. 11 nous faudrait des caractères distinctifs appar- tenant aux molécules de dextrine elles-mêmes. III Malheureusement la dextrine est encore mal connue : on a pourtant sur elle quelques renseignements qui ne sont pas sans importance. En premier lieu, son pouvoir rotatoire : il est à peu près le même pour toutes les dextrines. et voisin de 220". Cela est bien singulier si les molécules de dextrines sont aussi inégales que peut nous le faire supposer la théorie de la dislocation, appliquée aux faits que nous envisagions tout à l'heure. Surtout avec nos idées actuelles sur la 124 ANNALES DE LINSTITUT PASTEUR. relation entre le pouvoir rotatoire et la stéréométrie de la molécule, il est singulier que des molécules aussi dissemblables amènent des rota- tions égales sur le plan de polarisation de la lumière. C'est ce qui résulte pourtant des expériences concordantes d'O'Sullivan, sur des dextrines purifiées du maltose qu'elles contenaient par des précipitations alcoo- liques multipliées, et de celles de M. Effront, dans lesquelles on se débarrassait du maltose par une fermentation lactique. Dans aucun cas, on ne pouvait accuser le procédé d'élimination du maltose d'attaquer sensiblement les dextrines, et celles-ci, isolées, se compor- taient de même dans le polarimètre. Elles se comportaient aussi de même quant à leur pouvoir réduc- teur sur la liqueur de Febling qui était nul, ou à peu près nul, dans les expériences d'O'Sullivan comme dans celles d'Efïront. Je sais bien que d'autres chimistes, Lintner et Dull, Scheibler et Mittelmeier, contestent ce fait: mais comme toute dextrine mal purifiée réduit la liqueur de Fehling, et que celle purification est difficile; comme, en outre, à mesure qu'elle progresse, le pouvoir réducteur du mélange diminue, la logique commande d'accorder plus de créance aux savants qui attribuent à la dextrine pure un pouvoir réducteur nul ou très faible, qu'à ceux qui, comme Musculus et Gruber, par exemple, ne sont pas arrivés à préparer des dextrines ayant un pouvoir réducteur inférieur à 10 0/0 de leur poids de glucose. 11 faut ajouter, du reste, que l'argument tiré du pouvoir réducteur des dextrines est également bon, que ce pouvoir réducteur soit nul, comme le pensent O'Sullivan et Effront, ou égal à 10, suivant Musculus et Gruber. Il suffit qu'il snit le même pour des dextrines diverses pour qu'on soit autorisé à conclure que les différences relevées par la théorie de la dislocation ne sont pas clairement écrites dans la constitution de la molécule. Un troisième argument d'assimilation est meilleur : c'est celui qui résulte de la détermination du poids moléculaire par les méthodes cryoscopiques, introduites dans la science par M. Raoult. En faisant congeler de l'eau dans laquelle on a dissous de la dextrine, et en mesurant la température de formation de la glace, on a un abaisse- ment au-dessous de 0°, qui est le même pour différentes substances solubles, lorsque les poids de ces substances, dissoutes dans l'unité de poids du dissolvant, sont proportionnels aux poids moléculaires de ces substances. On peut donc, en comparant la dextrine au maltose dont le poids moléculaire est bien connu et égal à 342, avoir une idée du poids moléculaire de la dextrine, qui devra être bien plus grand, le double si une molécule de dextrine donne deux molécules de maltose, le décuple si elle en donne 10, le centuple si elle en donne 100, et ainsi de suite. REVUES ET ANALYSES. 125 Or Brown et Morris, en opérant sur des dextrines purifiées, mais provenant de saccharifîcations interrompues plus ou moins près de leur début, de façon à fournir des dextrines de moins en moins com- plexes, ont trouvé à celles-ci, quelle que fût leur origine, un poids moléculaire à peu près constant et voisin à 6,000, ce qui correspond environ à 18 molécules de maltose. Dans une expérience indépendante, MM. Lintner et DuU ont trouvé pour une érythrodextrinc dont le pou- voir rotatoire était de 196", et le pouvoir réducteur de un jenviron, un poids moléculaire de 5,800, ce qui est à peu près le même chiffre. Il est vrai que les mêmes savants ont trouvé un chiffre de 1 ,900 pour une achroodextrine, mais cette dextrine avait un pouvoir réducteur de 10, contenait environ, par conséquent, environ 16 0/0 de maltose, si la dextrine n'a pas de pouvoir réducteur. Or quand on soumet, non pas un corps pur ou à peu près pur, mais un mélange à la cryoscopie, l'abais- sement thermomélrique n'a plus aucune signification bien précise'. En échange, la concordance entre les résultats sur des dextrines pures doit frapper l'attention, et nous faire admettre que les diverses dextrines, qui se comportent d'une façon différente vis-à-vis de la diastase, ont pourtant des poids moléculaires égaux. La valeur absolue de ce poids moléculaire importe peu pour le moment, parce qu'elle est mal connue : la cryoscopie a des bizarreries d'humeur et reste un peu sujette à cau- tion, surtout quand il s'agit de substances colloïdales et à propriétés chimiques mal définies, comme les dextrines. Mais nous pouvons affirmer deux choses, c'est que ce poids moléculaire des diverses dex- trines varie peu ; c'est aussi qu'il est supérieur, mais non pas très supérieur à celui de la molécule du maltose. IV Tous ces détours ralentissent notre marche, mais ne nous empê- chent pourtant pas d'avancer, car voici que nous trouvons, en somme, i. Chacune des substances présentes produitalors son effet, proportionnellement au nombre de molécules présentes. A ce point de vue, si une molécule de dex- trine donne 48 molécules de maltose, une faible proportion de dextrine saccha- riiïée peut donner un grand nombre de molécules de maltose. et le calcul qui suit présente quelque intérêt. Calculons les nombres >i et n' de molécules de dextrine et de maltose existant dans l'achroodextrine de Lintner et DuU d'après le poids moléculaire du mélange, en admettant que r>,000 soit le poids moléculaire de la dextrine pure. Nous avons pour cela l'équation : 1900 (n -{- n') = 6001) « + 34-2 n' d'où on tire n'= 2, 7 n. D'un autre côté, s'il y a 15 0/0 de maltose et 85 0/0 de dextrine comme l'indique le pouvoir réducteur, on a : 8a 13 n = — — et n = — - 6U00 342 d'où on tire 7i'= 3,1 n. Les deux évaluations sont assez coacordantes, étant données les incertitudes des points de départ. 126 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. que si les dextrines ont un poids moléculaire supérieur à celui du mal- tose, et si chacune de leurs molécules doit donner en se dédoublant plu- sieurs molécules de sucre, nous ne trouvons aucune trace de ces dédou- blements successifs dont nous parlait la théorie de la dislocation. Etu- diées par les méthodes qui nous renseignent le mieux sur leur structure et leur volume moléculaire, les dextrines nous apparaissent identiques. Elles ne nous semblent différentes qu'au regard de l'action qu'elles subissent de la part de l'amylase, et nous sommes par suite tout natu- rellement conduits à nous demander si ce réactif, infiniment plus important que les autres au point de vue pratique, leur est comparable au point de vue documentaire et théorique. Jusqu'ici la production des diastases diverses nous a paru subor- donnée à des conditions de température : avec le même amidon, et en apparence la même diastase, nous obtenions à des températures diffé- rentes des quantités inégales de dextrines diverses, et les équations d'O'SuUivan nous donnent une idée de leurs proportions. Or, voici un fait curieux, découvert par O'Sullivan, confirmé par Brown et Héron, c'est que si on chauffe au préalable une solution d'extrait de malt, à une température supérieure à celle où on le fait agir sur l'amidon, la proportion de dextrine et de maltose produits dépendra non de la lem- rature d'action sur l'empois, mais de celle à laquelle a été portée antérieurement l'amylase, de sorte que ce n'est pas la température à laquelle elle se produit qui détermine la qualité de la dextrine, c'est la température maxima à laquelle a été portée la dissolution de diastase. Chauffée trop haut, au-dessus de 80'^, cette diastase est devenue inac- tive, alors même qu'on le ramène à la température la plus favorable ; cela; on le savait; mais, ce qu'il y a de curieux, c'est que chauffée à une température voisine de celle qui la détruit, elle reste pour ainsi dire estropiée, et ne peut plus reprendre à aucune température son acti- vité complète. Cette activité, qui nous paraissait être si unepar sa cons- tance et sa régularité, la chaleur l'a dissociée, et non seulement la quan- tité, mais aussi la qualité des dextrines produites à une même tempé- rature sont en rapport avec ce degré de dissociation. C'est donc le réactif qui a subi le changement dont résulte le chan- gement de la dextrine, et nous avons le droit de mettre cette altération du réactif en rapport avec une autre altération visible qui se produit dans l'extrait de malt quand on le chauffe. Même aux températures les plus favorables à son action, cet extrait s'affaiblit peu à peu, et il s'y produit un précipité floconneux qui se forme d'autant plus vite que la température est plus haute. La coagulation est déjà très apparente à 50°. D'après Brown et Héron, elle va en augmentant rapidement jusqu'à 76', température à laquelle les 90 centiètnes de la matière REVUES ET ANALYSES. 127 albuminoïde sont coagulés dans un extrait fait avec 100 grammes de malt et 250 c. c. d'eau. Le coagulum, comme c'est l'ordinaire, entraîne la diastase, et ce qu'il y a de particulier, c'est que la portion qui per- siste n'a plus les propriétés de la diastase originelle. Tout se passe en apparence comme s'il y avait plusieurs diastases, précipitables ou coagulables à diverses températures, et dont celles qui produisent des dextrines persisteraient alors que celles qui donnent du maltose seraient détruites. Les apparences sont même tellement saisissantes dans cette direc- tion qu'on s'est demandé si elles ne cachaient pas une vérité. Quelques arguments semblent, en effet, témoigner de l'existence de deux diastases résistant inégalement à l'action de la chaleur et des réactifs. Dubrunfaut a vu que de l'extrait de malt chauffé à 85" cesse de donner du maltose, tandis qu'à 90'\ il peut encore liquéfier l'amidon et lui enlever sa pro- priété de bleuir par l'iode. De leur côté, Brown et Héron ont vu que l'acide salicylique, qui, à dose très faible, arrête brusquement la saccharification d'un empois additionné de malt, est beaucoup moins actif pour empêcher sa liquéfaction et sa dextrinification. Mais, d'effets pareils, on ne pourrait arguer à l'existence de deux ou plusieurs dias- tases que si on ne pouvait pas les produire avec la même diastase et au moyen d'une simple dilution. Or, c'est ce qui est facile. Une solution très étendue de malt peut liquéfier de l'empois et donner delà dextrine sans fournir en même temps de sucre en proportions sensibles. Peut- être est-ce parce que la lenteur de l'action qu'elle exerce lui permet de s'oxyder, et de passer ainsi à l'état inerte : mais rien ne nous dit qu'il n'en soit pas de même avec les solutions de diastases chauffées, affai- blies en quantité par la coagulation sans être atteintes en qualité. D'un autre côté, plus on étudie les antiseptiques, plus on voit qu'ils agissent en provoquant des phénomènes de coagulation, et en se substituant ainsi, y>o/W' tout ou partie, à l'aclion de la chaleur. En somme, rien ne nous autorise à croire à l'existence de deux diastases dans le malt, l'une à dextrine, l'autre à maltose ; et du reste, nous n'aurions fait que reculer le problème, car nous aurions encore à expliquer pourquoi la même diastase à dextrine produit des dextrines différentes à des températures différentes. Ce serait le même problème que pour l'amylase, à la fois saccharifiante et dextrinitiante, que nous avons envisagée jusqu'ici. Avant d'en aborder la solution, il y a une dernière remarque à faire. Les dextrines produites au-dessous de G3" se ressemblent telle- ment qu'elles peuvent être considérées comme identiques. Il n'y a de différences sensibles qu'entre celles qu'on obtient entre 64" et 70'^, c'est- 128 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. à-dire entre des limites étroites de température comprises entre celle où la coagulation de l'extrait de malt est déjà rapide, et celle où il est détruit. Si donc il est utile de chercher à se faire une idée des causes qui amènent ces difTérences entre ces dextrines, il faut pourtant éviter de leur donner trop d'importance : elles traduisent l'effet d'une cause qui va en s'afFaiblissant pendant qu'elle agit, et qui se trouve de ce fait dans les plus mauvaises conditions d'étude. E. DUCLAUX, ERRATUM. — Lire ainsi qu'il suit le tableau IV du travail de M. Vincent (p. 30), qu'une transposition de chiffres avait rendu partiel- lement incorrect : Tableau IV Classification, par énergie décroissante, des divers désinfectants des matières fécales normales^ récentes ou putréfiées. Quantité minima nécessaire pour chacun d'eux. QUANTITE DE DÉSINFECTANT DÉPENSE w MXKS^MTiE œ NATURE PRIX par Q mcvoiR de niHrç cube S du pour désinfecter par lioninie et par OBSERVATIONS â ilésodorisani RKVIENT : de 1,000 c. 0. jour daiis ^ OKSINFECTANT le kilog. niaiières à z de matières fécales CD 2i lieures. une agg'Ioméïation Inimaine. desinfecter. 1 Sulfate de cuivre. Pass. 7 à 88r,0 12 à Ufr,4 fr. 46 4fr. 2 Crésyl Tr. bon. 9 à 1 gr. 10 gr. 15 à 17 gr. 17 gr. 1 50 15 ;j Lyso'l A. bon. 2 20 4 Chlorui-e de chaux Ir. bon. 10 à 10;',7 17 à 2Ser,3 2g 4 83 Titre : llojitres de Cl. 5 Solvéol A. bon. Il à 12 gr. 18,71 à20«%4 6 72 6 Solutol A. bon. 12 gr. 208%4 » 1, 8 Soude A. bon. .\. bon. 12 gr. 20 gr. 2Ûf%4 ;ii gr. -; 24 40 Potasse 9 Acide phénique. Bon. 30 gr. 51 gr. 3 20 96 10 Eau de Javel. . . Bon. 200 gr. .'UO gr. 10 2U 11 Eau de Labar- raque Bon. 250 gr. 425 gr. 20 25 12 13 Chaux Pa.«s. Tr. bon. 100 gr. plus de 150 c. 170 gr. plus de 255 gr 30 2(1 Chlorure de zinc Chlorure de zinc. du commerce titrant 40o. 14 Huile lourde de houille Tr. bon. plus de 200 gr plusde340gr. 30 (iO i;i Bichlorure de mercure à 1 p. 1,000 addit. de bsr, d'HCl p. 1,000 Méd. ,i ip 1) Non pratique. 16 Sulfate de fer. . A. bon. Sulfate de pro- loxyde de fer du commerce non pratique. Le gérant G. Maâsôn. Sceau.\. — Imprimerie Charaire et C'e. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, t. ix Plaxche III 2 «j <; 8 '10 11 12 17 14 1G 17 18 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, t. ix Planche IV 1. 4. 7. 10. « / î4 w^ \ 8. ^ < r; Lr.^V^^ » 9. :.'-v <> IL 9'»« ANNÉE MAltS 1895 N. 3. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR m VIBRIONS RTESTINAIIX ET LA PATHO(iÉ.^'IE DO CHOLÉRA Par m. le D^ J. SANARELLI Prufosseur d'HyçiOnr' à J"lJiiiveiv-.ilr de Sienne. I ORIGINE DES VIRRIONS CHOLÉRIQUES TROUVÉS DANS LES EAUX Les récents progrès de la technique bactériologique ont ébranlé la doctrine étiologique du choléra au lieu de lui fournir, comme on aurait pu s'y attendre, un appui de plus en plus ferme. La découverte de vibrions cholériques dans une foule d'eaux', en dehors de toute épidémie actuelle ou récente de choléra, constituait, au regard de la doctrine de Koch, une diffi- culté ou une objection dont on a cherché de diverses manières à atténuer l'importance. M. Dunbar-, après avoir retrouvé comme moi des vibrions cholériques dans les eaux de localités indemnes de choléra, a cherché, sans y réussir, des réactions différentielles entre ces vibrions et les vibrions cholériques vrais. J'avais bien remarqué que parmi ceux que j'avais découverts dans les eaux de Paris et de Versailles, il y en avait qui n'étaient pas pathog^ènes pour les animaux, ne fournissaient pas la réaction rouge caractéristique, et présentaient d'autres carac- tères de culture que les vibrions isolés des selles de cholériques; mais, après avoir vu que ces derniers, après un long- séjour dans l'eau, se rapprochaient par leurs caractères des vibrions hydri- ques, j'ai admis que ceux-ci n'étaient que les premiers, dégé- nérés à la suite d'une long-ue vie saprophytique. 1. Voir à ce sujet mon mémoire inséré dans ces Annales, 1893, p. (i93. '2. Arbeiten d. K. Gesundheitsamtc, t. IX, 180:3, p. 379. 9 130 . ANNALES DE LINSTITUT PASTEUR. Duiibar n'accepte pas ces conclusions, mais j'ai eu le plaisir de les voir confirmer par les récentes observations de MM. Celli et Santori', sur l'épidémie cholérique de Rome en 1893, et de MM. Pestana et Bettencourt ^ sur la récente épidémie de Lis- bonne. Ces savants ont isolé, de déjections cholériques authen- tiques, des vibrions ayant les mêmes caractères que les miens, et aucun bactériologiste ne distinguerait le vibrion de Lisbonne, que je tiens de M. Bettencourt, de ceux que j'ai trouvés en abondance dans les eaux de Paris et de Yersailles. La solution de cette question étiologique du choléra doit sortir, du reste, d'autre chose que de subtils artifices de diagnose différentielle, et il faut chercher d'où proviennent ces vibrions de l'eau, et par quels moyens ils peuvent reprendre leur puis- sance pathogène sur l'homme. Sur ce dernier point, M. Metchnikoff a fait faire à la question un grand pas en nous donnant les moyens de reproduire sur l'homme le tableau caractéristique du choléra, à l'aide des vibrions que j'avais isolés des eaux de la Seine, à Saint-Cloud, et d'une fontaine publique à Yersailles. Du moment qu'on ne peut les considérer ni comme des survivants d'anciennnes épidémies, puisque Yersailles a toujours été indemne, ni comme des hôles vulgaires et habituels des eauK, puisqu'il n'y en a pas partout, il reste à se demander d'où ils venaient dans les eaux où on les a rencontrés. J'ai pensé et dit, ,dans mon mémoire, qu'ils provenaient de rinte^iiLiei'ho^inme^uiesjm^^ M. Rumpel % à Ham- bo~urg,lSr Metchnikoff % à Paris, avaient trouvé des vibrions cholériques dans les selles d'individus nien portants ; M. Yogler ' dans celles d'un malade traité à l'hôpital d'Altona pour du délire ; M. Ivanoff« dans celles d'un typhique à Berlin. Les partisans de Ivoch eux-mêmes admettaient que le vibrion virgule peut vivre et se multiplier abondamment dans l'intestin d'un homme en temps d'épidémie cholérique, sans lui donner le choléra. Mais il semble exister aussi en l'absence de tonte épidémie, et si on n'a 1. Cenlralbl. f. Bakt., 1894, no 21. 2. Rcvista de Medic. e Cirurgia, 189-i, n" 10. :■). Deutsche med. Wodteiischrift, 18'Jo, p. HiO. 4. Ces Annules, 18'.)o, p. 5IJ:2. a. Deutsche med. Woch., 18!)3, n° 33. , ê. Zeitschi: /". HdO-, 1893, p. 434. VIBRIONS INTESTIiNAUX ET CHOLÉRA. VSl pas constaté plus souvent sa présence dans ces conditions, c'est que les recherches ne se font guère que pendant les périodes épidéiniques. Déjà, à l'occasion de quelques tentatives pour donner le choléra aux cobayes, j'avais vu que des cobayes robustes, qui auraient pu résister séparément à l'inoculation intrapéritonéale d'une dose de poison typhique, et à l'injection gastrique d'une abondante émulsion de vibrions de Massouah dans du bicarbo- nate de soude, succombent en quelques heures quand on asso- cie ces deux injections, et présentent un tableau tout à fait pareil à celui du choléra humain. Leurs masses intestinales apparaissent congestionnées, hémorragiques, distendues et exces- sivement diarrhéiques. L'intestin grêle est plein d'un liquide séreux, transparent, dans lequel nagent un grand nombre de flocons blanchâtres; le gros intestin est toujours si dilaté par le contenu diarrhéique et par les gaz, qu'il détermine, presque à lui seul, l'énorme distension du ventre invariablement observée en pareil cas. Au premier aspect, il semble qu'il s'agit d'un cas authentique de choléra intestinal ; mais une observation plus attentive ne justifie pas cette supposition. Les vibrions sont extrêmement rares dans le contenu intestinal; l'intestin grêle, rempli d'un abondant transsudat séreux, riche en flocons épilhéliaux détachés des parois, ressemble à celui qu'on observe dans les cadavres des cholériques ; mais les bacilles injectés y font presque complètement défaut. En somme on voit, avec évidence, que les altérations anatomiques ne sont pas en rapport avec la multipli- cation des microbes introduits du dehors. L'examen du contenu diarrhéique du gros intestin, lequel est également profondément frappé, est encore plus intéressant. Ici encore les vibrions de Massouah se distiaguent assez bien au milieu des microbes si variés de l'intestin, mais ils ne sont jamais prépondérants, et, à côté d'eux, on observe un nombre parfois colossal de spirilles et d'autres vibrions caractéristiques, appartenant indubitablement à des espèces différentes. Ces spirilles se colorent, en général, avec une certaine diffi- culté, même en employant la fuchsine phéniquée de Ziehl : quelques-uns sont gros au centre et effilés aux extrémités h la manière des spirodiœte; quelques-uns sont très minces, en forme 132 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. d'élégantes spirales ; d'autres, d'un diamètre uniforme, présenteut sur leur longueur deux ou trois courbures; d'autres, enfin, ont simplement l'aspect de petites virgules. Toutes ces variétés de vibrions semblent trouver , dans l'intestin diarrhéique des cobayes, le milieu le plus propice à leur multiplication. En goutte pendante, quelques-uns de ces spirilles sont très agiles et traversent le champ avec rapidité ; d'autres possèdent seulement un mouvement vibratoire lent et régulier; d'autres enfin semblent presque absolument immobiles. Quant à leur provenance, il ne peut y avoir aucun doute ; j'en avais déjà observé de pareils, spécialement certaines formes nettement spirillaires, dans l'intestin de cobayes normaux, et l'unique circonstance notable était celle de leur énorme multi- plication dans l'intestin diarrhéique. J'échouai dans une longue série de tentatives d'isolement de ces microbes, en les prenant soit dans les cobayes des expé- riences ci-dessus, soit sur des cobayes normaux, ou des cobayes tués au moyen de l'injection intrapéritonéale de toxine typhique à fortes doses. En rapprochant cetinsuccès de leurprodigieuse multiplication dans l'intestin diarrhéique des animaux, je me demandai s'ils ne trouvaient pas dans l'intestin malade des conditions propices à leur développement, et j'en vins à essayer de déterminer, chez les cobayes, une forme d'entérite toxique grave et, autant que possible, d'une certaine durée. Il était supposable que, durant ce processus inflammatoire un peu prolongé, quelques-uns des vibrions saprophytes de l'intestin pourraient parvenir à acquérir des propriétés dont ils sont d'ordinaire dépourvus, surtout celle de se cultiver dans les milieux nutritifs des laboratoires. On sait, en effet, que les vibrions, habitués à vivre dans un milieu déterminé, en acceptent difficilement un autre. J'ai observé souvent ce fait dans les vibrions hydriques ; MM. CelU et SaïUori l'ont retrouvé pour les vibrions isolés des déjections cholériques, et qui n'ont pris qu'au bout de 8 mois de culture au laboratoire la propriété de fournir la réaction rouge et de se développer en bouillon, en gélose et en solutions de peptone à 37°. De même, le fait que, dans certaines formes d'entérite toxique, comme, par exemple, dans la fièvre typhoïde, les VIBRIONS INTESTINAUX Eï CHOLERA. 133 microbes intestinaux (B. coU), d'ordinaire non pathogènes, prennent rapidement une grande virulence, fait croire que les graves processus entériques peuvent favoriser le réveil d'un grand nombre de propriétés biologiques chez les microbes inoffensifs des fèces. Parmi les moyens que j'ai employés pour provoquer chez les cobayes une entérite toxique, le meilleur est l'intoxication par la toxine cholérique, avec ou sans le concours de la toxine typhique. Avant tout, je crois utile d'indiquer brièvement la préparation de ces toxines. Pour la toxine cholérique, on ensemence des vibrions viru- lents dans un grand ballon contenant 2 litres de solution de gélatine peptone (2 0/0 de peptone, 2 0/0 de gélatine, et 1 0/0 de sel marin). Au bout d'un mois à 37°, on alcalinise forte- ment avec de l'hydrate sodique et on fait évaporer lente- ment, à GO", presque jusqu'à consistance sirupeuse. Au résidu, on ajoute environ 10 c. c. de glycérine et on le maintient pen- dant environ deux semaines à la température de l'étuve. Cette longue macération désagrège le protoplasma des vibrions. On relire le liquide de l'étuve, on y ajoute de l'eau distillée jusqu'à le ramener au quart du volume primitif, on neutralise exactement avec de l'acide lactique, et ensuite on stérilise à 120°. Le liquide ainsi préparé a un grand pouvoir toxique. Il est brunâtre et très trouble; le corps des vibrions cholériques est exlraordinairement résistant, même aux agents chimiques les plus énergiques, et, malgré le traitement prolongé avec de la soude caustique et de la glycérine, il ne se désagrège que par- tiellement. Le contraire a lieu pour quelques autres microbes, par exemple, pour le bacille typhique dont le protoplasma, beaucoup moins résistant, se laisse attaquer avec facilité et, pour la plus grande partie, dissoudre dans le liquide de macération. La toxine typhique, que j'ai parfois employée dans ces recherches, n'avait subi aucun traitement spécial ; elle était simplement représentée par une vieille culture en bouillon gly- cérine, stérilisée à 120% laquelle tuait les cobayes à la dose mini- ma de 8 c. c. Les toxines vibrioniennes, au contraire, étaient mortelles 13 i ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. * pour les cobayes, à petites doses : (», 5 à 1 c. c. dans le péritoine tuait infailliblement en 12-24 heures '. On sait que tous les poisons microbiens connus jusqu'à présent sont tout à fait inactifs lorsqu'on les administre seuls par la voie gastrique. Ma toxine cholérique fait exception, car, injec- tée dans l'estomac, pendant deux jours de suite, à la dose de 3 c. c. dilués dans un volume égal d'une solution saturée de bicarbonate de soude, elle tue presque régulièrement les cobayes ■ quelques heures après la seconde injection. De plus, injectée dans l'estomac, même sans bicarbonate sodique, à lai dose de 0, 5 du poids de l'animal, elle tue les cobayes en 24 heures, lorsqu'on injecte en même temps, dans le péritoine, 2 c. c. de toxine typhique, cest-à-dire une dose presque inoffensive. Si l'on porte la quantité de toxine cholérique susdite à 1 0/0 du poids de l'animal, celui-ci meurt en 8-10 heures. Enfin, en alcalinisant l'estomac des cobayes avec 6 c. c. de la solution saturée de bicarbonate (dose qui est tolérée par les cobayes, sans aucun trouble, pendant un g-rand nombre de jours consécutifs) et en injectant ensuite, dans le péritoine, 2 c. c. de la toxine typhique, les animaux succombent rapidement comme s'ils avaient reçu la dose mortelle de toxine cholérique. En résumant ces données, sur lesquelles se baseront presque exclusivement ces recherches, on voit la grande influence qu'un liquide aussi peu alcalin que le bicarbonate de soude exerce sur la muqueuse digestive, lorsque, sur celle-ci, agit simultanément un poison microbien comme celui du typhus ou du choléra. Dans tous les cas où l'action du bicarbonate fut exclue, on Fa remplacé par l'injection intrapéritonéale de la toxine typhique, laquelle, comme onle sait-, n'agit sur la muqueuse intestinaleque par la voie de la circulation, déterminant une grave entérite toxique desquamative. La mort des animaux ayant subi un des traitements qui viennent d'être décrits se produit toujours à peu près de la même manière. Ils présentent le tableau de l'entérite cholérique aiguë, produite au moyen de l'injection gastrique de vibrions 1. Dans la .LÉR.\. 135 vivants et associée à l'injection péritonéale de toxine Ivphique. et le contenu diarrhéique de leur intestin, extrêmement caracté- ristique, rcnfcriue prcst/Kc toujours des vibrions qu'on peut observer nettement dans les pri'j>ar rut ions et qu'on peut isoler drms les milieux ordinaires de culture. II LES VIBHIONS INTESTINAUX DES COBAYES La méthode que j'ai préférée pour produire, chez les cobayes, une entérite toxique grave et d'une certaine durée^ était celle de l'injection gastrique de toxine cholérique diluée dans du bicarbonate de soude. Dans ce cas, on peut obtenii' la mort des cobayes, à volonté, au bout de 2, 3, 4, etc., jours de maladie, en tenant compte de la diminution quotidienne du poids du corps et en diminuant ou en aug-mentant, dans une certaine proportion, les doses toxiques. J'ai obtenu moins fréquemment de bons résultats de l'injec- tion gastrique de toxine cholérique et de linjection intrapé- rilonéale de toxine typhique. Dans un cas, je pus obtenir égale- ment de la diarrhée avec des vibrions, au moyen de linjection intraveineuse de la toxine du vibrion de Paris. Pcirmi les différentes toxines cholériques que j'ai préparées. j"ai donné la préférence à celle du vibrion de Ghinda (Massouah) comme étant la plus énergique; mais, comme on le verra, j'ai parfois employé, avec un égal succès, la toxine du vibrion de Paris (1892). La toxine du ribrio Metchuikoui, au contraire, ne m'a encore donné, jusqu'à présent, aucun résultat. Voici mon procédé opératoire habituel : On place derrière les incisives de l'animal un morceau de liège percé au centre, et, par le trou, on introduit dans l'estomac une sonde urétrale n" 6, de Collin. A l'orifice de cette sonde est adapté un petit tube de caoutchouc, uni à une seringue au moyen de laquelle on fait l'injection gastrique. La sonde, ainsi que les autres instruments, les liquides, etc., étaient, chaque fois, soig'neusement désinfectés ou stérilisés. Les cobayes provenaient, tour à tour, de localités les plus dispa- rates de la campagne environnante, et, avant les expériences» 136 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. on les tenait dans un milieu absolument à Tabri de toute con- tamination. Dès que les animaux étaient morts, on pratiquait l'autopsie et l'examen microscopique du contenu intestinal, que l'on semait, en même temps, dans divers tubes contenant la solution de géla- tine-peptone. Au bout de 12-16 heures de séjour dans l'étuve, on exami- nait indistinctement tous ces tubes au microscope ; mais à l'exception de deux cas, dans lesquels je pus retrouver des vibrions qui ne produisaient pas de pellicule, celle-ci représenta toujours, dans les cultures, l'indice le plus sûr de la présence des vibrions, lesquels étaient ensuite isolés au moyen des cultures ordinaires, sur plaques de gélatine. Je vais, maintenant, décrire chacun des cas dans lesquels il me fut possible d'isoler les vibrions intestinaux des cobayes : Cobaye A-B. 2/V. gr. 370. Injection gastrique de 2 c. c. de toxine cliolérique de Gliinda + 2 c. c. de bicarbonate. •i/V. gr. iOo. Injection gastrique de .3 c. c. de toxine cholérique de Ghinda + 3 c. c. de bicarbonate. 6/V. gr. 380. Injection gastrique de 3 c. c. de toxine cholérique de Ghinda + 3 c. c. de bicarbonate. 7,V. l'animal est très mal; diarrhée profuse; sensibilité abdominale, apparition de crampes et d'accès convulsifs prolongés. 12 heures environ après la manifestation des crampes et de la diarrhée, l'animal meurt dans un violent accès de crampes. Autopsie ; Masses intestinales pâles; intestin grêle jaunâtre et diar- rhéique; gros intestin excessivement distendu par des gaz et contenant un abondant liquide diarrhéique. Le contenu de Vestomac, de réaction alca- line, est de nature muqueuse, plein de flocons jaune grisâtre, formés par une énorme quantité de leucocytes en dégénérescence granulaire et par des cellules épithéliales dég('nérées. Le contenu de l'intestin grêle est également alcalin et constitué par un liquide jaunâtre, trouble, avec un grand nombre de flocons formés par des amas énormes de cellules épithéliales, de leuco- cytes et de globules rouges bien conservés; on observe également un grand nombre de microbes de formes diverses. Le contenu du jjros intestin, à réac- tion alcaline, est un liquide brunâtre, composé de résidus alimentaires, d'éléments cpithéliaux et de bactéries. Parmi celles-ci ressort une énorme quantité de spirilles et surtout d'amibes de toutes les dimensions et très mobiles. Cultures : à la surface, déjà au bout de 1-i heures, des cultures pres- que pures de vibrions. Les cultures successives à plat, en gélatine, per- VIBRIONS INTESTINAUX ET CHOLÉRA. 137 mettent d'en isoler deux variétés qui, à première vue, se distinguent en ce que la première ne produit pas de pellicule superficielle, tandis que, dans la deuxième, on l'observe déjà au bout de quelques heures. 1" viBRiox A. — Morpltoloijie : bâtonnets mobiles et minces. Cultures en gélatine : formation rapide de la bulle d'air, et liquéfaction le long de la piqûre. Au bout de trois jours, la culture présente les carac- tères classiques des cultures de bacilles virgules. Cultures dans les solutions de r/élatine-peptone : rapide développement avec absence de pellicule; le troisième jour commencent à apparaître à la surface quelques tlocons et, le quatrième jour, une pellicule fragile est déjà formée. Les vibrions sont de forme spirillaire et filamenteuse. Cultures sur gélose : développement rapide et abondant, non difîcren- ciable de celui des vibrions cholériques. Cultures sur pomme de terre : faible développement avec formation d'une couche d'abord grisâtre et ensuite jaune brun. Réaction indol-nitreuse : au bout de 24 heures elle est d'une couleur rouge marquée; au bout de 48 heures elle apparaît rouge fuchsine. ■ Action pathogène sur les animaux : à petites doses (i/6-1/8 de culture sur gélose) il tue les cobayes inoculés dans le péritoine, en 5-6 heures. L'exsudat péritonéal est très riche en vibrions typiques. Le sang est tou- iours stérile. Il n'est pas pathogène pour les pigeons. 2<* VIBRION B. — Morphologie : bâtonnets très incurvés, mobiles, souvent en forme de spirilles un peu plus gros que les précédents. Cultures en gélatine : formation rapide de la bulle d'air et liquéfaction le long de la piqûre. La culture entière présente bientôt les mêmes caractères que les vibrions cholériques ordinaires. Cultures dans la solution de gélatine-peptone : petits bâtonnets en forme de virgule, parmi lesquels on observe des filaments très recourbés ; ils s'y développent rapidement, formant déjà, au bout de 12 heures, une belle pellicule superficielle. Cultures sur gélose : rapide et abondant développement égal à celui des vibrions ordinaires. Cultures sur pomme de terre : développement un peu faible sous forme d'une pellicule jaunâtre qui, avec le temps, devient d'une couleur brun intense. Réaction indol-nitreuse : au bout de 24 heures, elle est déjà d'un rouge cerise; au bout de 48 heures elle est, comme dans le vibrion précédent, d'une couleur rouge fuchsine. * Action pathogène sur les animaux : à la dose de I/O de culture sur gélose, il tue les cobayes en 10-12 heures. Les vibrions qui se sont dévelop- pés dans l'abondant exsudât péritonéal sont extrêmement caractéristiques. Ils apparaissent très longs, spirillaires, groupés ensemble en manière de buisson, formant de très élégants entrelacements. Le sang est toujours stérile. Ils ne sont pas pathogènes pour les pigeons. 138 ANNALES^ DE L'INSTITUT PASTEUR * Cobaye C. 8/V. gr. 289. Injection gastrique de 2 c. c. de toxine de Ghinda. + - c. c. de bicarbonate. 9/V. gr. 320. Injection gastrique de 3 c. c. de toxine de Ghinda, + 2 c. c. de bicarbonate. lO/V. gr. 300. Injection gastrique de 3 c. c. de toxine de Ghinda, 4- 3 c. c. de bicarbonate. L'animal meurt 5 heures après la dernière injection. Autopsie : masses intestinales un peu congestionnées. Gros intestin, énormément distendu par l'abondant transsudat diarrhéique et par les gaz. La réaction de tout le contenu gastro-entérique est nettement alcaline. J^e contenu de l'intestin grêle est citrin, transparent,, riche en flocons épithélia.ux ; le transsudat du gros intestin présente la même physionomie que celui qui a été décrit chez le cobaye A-B; le liquide brunâtre, extraor- dinairemcnt riche en éléments cellulaires, semble une culture pure d'amibes et de spirilles de toute espèce. CnUnres : les solutions de gélatine-peptone, ensemencées avec le contenu intestinal, présentent déjà, au bout de 12 heures, une pellicule superflcielle constituée par une culture, presque pure, de vibrions. Les cultures sur plaques permettent d'isoler le 3« viijRiox G. — Morpholoijie : bâtonnets mobiles, plus longs et plus incurvés que les pr(''cédents, ressemblant un peu. par leur minceur, aux bacilles tuberculeux. Cxlinres en (félaline : bulle d'air caracti'ristique au bout de 36 heures, et développement typique avec liquéfaction, tout le long de la piqûre. Guitares dans les sol^ations de peptone-yélatine : formation rapide d'une pellicule superficielle, mince et résista,nte ; le liquide ne se trouble presque aucunement. Caltares sar gélose : rapide et abondant développement, non différent de celui des vibrions cholériques authentiques. Caltares sur pomme de terre : développement assez abondant et rapide, sous forme d'une belle pellicu|e brunâtre luisante. Réaction indol-nitrease : au bout de 2i heures elle est plas forte encore que dans les vibrions A et B; au bout de 48 heures, elle apparaît d'un rouge fuchsine intense. Action pathogène sur les animaux : ce vibrion tue les cobayes en 10. 18 heures à la dose de 16 de culture de 2-i heures sur gélose. Dans l'abon- dant exsudât péritonéal, contrairement h ce qui a lieu pour les vibrions \ et B, on trouve, d'ordinaire, de rares vibrions soi^s forme de filaments très longs et contournés, ou de petites virgules très incurvées. Le sang reste' stérile. Ils ne sont pas pathogènes pour les pigeons. Cobaye IJ. 1.5/V. gr. 383. Injection gastrique de 2 c. c. de la toxine de Ghinda + 2 c, c. de bicarbonate. ' VIBRIONS [NTESTîNAUX ET CHOLERA. KI9 ' 18/V. gp. iOO. Injection gastrique de 3 c. c. de la toxine de Ghinda -{- 3 c. c. de bicarbonate. L'animal meurt le jour suivant. Autopsie : liquide citrin dans le péritoine. Masses intestinale^ peu con- gestionnées, mais fortement diarrhéiques et distendues. Intestin f/vr/f rempli dun transSudat dense, rosé, constitué presque totatement par des cellules épithéliales desquamées; gros intestin peu diarrhéique avec rares amibes, et iiuantité restreinte de sinrilles. Cultures : au bout de 18 heures, à la surface de deux des trois tubes de solution nutritive ensemencée avec le contenu de l'intestin grêle, apparaît la pellicule caractéristique, constituée par une culture pure de vibrions. Dans les cinq tubes ensemencés avec le contenu du gros intestin, il ne se forme aucune pellicule et, à l'examen microscopique, on constate l'absence ' de vibrions. Avec les plaques de gélatine, on isole donc de l'intestin grêle, le 4'- VIBRION D. — Morphologie : petites virgules très mobites,. un peu grosses, difficilement colorables avec la fuchsine phéniquée ou avec le violet de gentiane. Cultures en gélatine : développement le long de la piqûre avec liquéfac- lion et formation rapide de la bulle d'air habituellf. Cultures dans la solution de gélatine-peptone : rapide apparition de la pellicule superficielle. Cultures sur gélose : identiques aux précédentes. Cultures sur pomme de terre : abondant et rapide développement d'une i)elle couche jaune brunâtre. Réaction indol-nitreuse : au bout de 2i heures, elle est rose pâle ; au bout de 48 heures, elle est rouge intense. Action pathogène sur les animaux : la dose de 1/6 de culture de 24 heures sur gélose tue les cobayes en 7-8 heures. Dans l'exsudat péritonéal. les vibrions sont rares, filamenteux, minces, avec un grand nombre de cour- bures. Le sang reste toujours stérile. Les pigeons sont réfractaires. Cobaye E. 2/VI. gr. 325. Injection gastrique de 2 c. e. de la toxine de Ghinda seule. 4/VI. gr. 330. Injection gastrique de 3 c. c. de la toxine de Ghinda seule. 6/VI. gr. 350. Injection gastrique de 3 c. c. de la toxine de Ghinda seule. 8/VI. gr. 360. Injection gastrique de 3.6 c. c. de la toxine cholérique susdite (= à 1 0/0 du poids du corps), et injection péritonéale simultanée de 2 c. c. de toxine typhique. L'animal meurt au bout de i4 heures. Autopsie : masses intestinales extrêmement diarrhéiques. Intestin grêle très pâle, distendu, rempli d'an transsudat jaune grisâtre à réaction alca- line ; Vestomac est également plein d'un liquide hémorragique à réaction fortement alcaline. Le gros intestin, énormément distendu, est rempli d'un liquide verdâtre à réaction alcaline. L'intestin grêle contient une quantité innombrable de cellules plus ou moins dégénérées et un grand nombre de microbes, parmi lesquels quelques gros spirilles et quelques amibes: le {//-os intestin ressemble à une culture 140 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. d'amibes aux formes les plus variées, à mouvements protoplasmatiques très actifs : présence des spirilles pléomorphes habituels. Le contenu de l'esto- mac et de Tintestin grêle est absolument privé de résidus alimentaires. Cultures : du péritoine et du sang, on isole des colonies de B. coU. Dans les tubes de solution nutritive ensemencés avec le contenu du gros intestin, il ne se forme, au bout de 12 heures, aucune pellicule; mais l'examen microscopique révèle la présence des vibrions. Au moyen des cultures plates en gélatine on isole, en effet, le 5e VIBRION. E. — Morphologie : vibrions mobiles, tlexueux, minces et peu colorables. Cultures en gélatine : à plat, on obtient des colonies très liquéfiantes, *avec petit noyau central et large zone transparente de liquéfaction. Dans les tubes on observe le développement avec liquéfaction le long de la piqûre et formation de la bulle d'air caractéristique. Cultures dans les solutions de gélatine-peptone : dans les 24 premières heures on n'observe ni la pellicule superficielle ni un trouble évident du liquide; au bout de Â8 heures, le liquide est déjà troublé et. à sa surface, apparaît un voile très mince et très délicat ; au bout de 3 jours la pellicule superficielle est complètement formée. Cultures sur gélose : rapide et abondant développement. Cultures sur pomme de terre : accroissement très modéré avec formation d'une légère pellicule superficielle jaune brunâtre. Réaction indol-nitreuse : au bout de 24 heures elle est à peine visible; au bout de 48 heures elle est d'un rouge écarlate. Action patliogène sur les animaux : ce vibrion tue, en 8-12 heures, les cobayes de moyenne taille, à la dose d'environ 1/4 de culture de 24 heures sur gélose. Dans l'exsudat pèritonéal, il se développe avec une abondance extraordinaire, sous forme de bâtonnets presque spirillaires, très incurvés, parfois filamenteux. Il ne passe pas dans le sang circulant et n'est pas pathogène pour les pigeons. Cobaye F. lO/VI. gr. 320. Injection gastrique de 2 c. c. de toxine de Ghinda + 2 c. c. de bicarbonate. M/VI. gr. 310. Inj. gastr. de 2 c. c. de tox. de Ghinda + 3 c. c. de bic. 13/VI. gr. 283. Inj. gastr. de 3 c. c. de tox. de Ghinda + 3 c. c. de bic. L'animal meurt quelques heures après la dernière injection, présentant une abondante diarrhée et des crampes musculaires générales. Autopsie : quantité restreinte de liquide dans le péritoine ; masses intes- tinales congestionnées et diarrhéiques; l'intesiin ^/t/^ est plein d'un trans- sudat très limpide, légèrement coloré en rose. La réaction est alcaline. Le {/ros intestin, excessivement distendu par l'abondant contenu diarrhéique et par des gaz, présente çà et là des taches hémorragiques. La réaction est, ici encore, nettement alcaline. Le contenu de l'intestin grêle est représenté presque exclusivement par des éléments cellulaires desquames et par des leucocytes, avec faible quan- VJBRIO>^S INTESTINAUX ET CHOLÉRA. 141 tité de microbes ; le contenu du gros intestin présente les mêmes caractères que ceux qui ont été observés dans les expériences précédentes, c'est-à-dire : énorme quantité d'amibes, d'éléments cellulaires et de vibrions. Cultures: les liquides nutritifs ensemencés avec le contenu intestinal présentent déjà, au bout de 12 heures, une belle pellicule superficielle dont on isole le 6« vFBRiox G. — Morpholo[/ie : vibrions très mobiles, incurvés, virguli- formes, peu colorables. Cultures en gélatine : développement régulier et liquéfaction le long de la piqûre, avec rapide formation de la bulle d'air superficielle. Cultures dans les solutions de gélatine- peptone : rapide formation de la pellicule superficielle sans trouble du liquide. Cultures sur gélose : rapides et abondantes. Cultures sur pomme de terre : développement rapide et abondant avec production d'une belle pellicule brunâtre très foncée. Réaction indol-nitreuse : au bout de 2i heures, elle apparaît d'une cou- leur rose; au bout de 48 heures, elle est déjà d'un beau rouge fuchsine. Action pathogène sur les animaux : ce vibrion lue en 6-8 heures les cobaj-es de moyenne taille à la dose de 1/4 de culture sur gélose de 24 heures. Dans l'exsudat péritonéal, il se développe à peu prés comme le précédent. Il ne passe pas dans le sang et n'est pas pathogène pour les pigeons. Cobaye G. 12/VII. gr. 380. Injection gastrique de 3 c. c. de toxine de Ghinda -H 3 c. c. de bicarbonate. 14/ VII. gr. 365. Même traitement. lo/VII. gr. 3.50. Même traitement. L'animal meurt quelques heures après la dernière injection, présentant une énorme distension du ventre avec abondante diarrhée. Autopsie : masses intestinales peu congestionnées, mais excessivement distendues; intestin grêle, à réaction alcaline, distendu par un transsudat dense et transparent ; gros intestin dilaté par des gaz, contenant une énorme quantité de liquide diarrhéique, verdàtre, très ténu, à réaction alcaline. L'intestin grêle contient, comme d'ordinaire, une très grande quantité de cellules épithéliales et de leucocytes, avec quelques microbes; le contenu du gros intestin, au contraire, vu au microscope, semble presque un champ mouvant, à cause du nombre extraordinaire d'amibes de toutes formes et de toutes grandeurs '. Au milieu de celles-ci, on trouve également, en grande quantité, les spi- rilles habituels. Cultures : quelques li(iuides nutritifs, ensemencés avec le contenu de l'intestin grêle et du gros intestin, présentent déjà au bout de 24 heures une pellicule superficielle dont on isole le 1. J'appelle sur cette singulière trouvaille, qui représente la règle dans toutes les entérites toxiques des cobayes, l'attention des savants qui s'occupent d'élu- cider le rôle étiologique des amibes dans la pathologie humaine, surtout au regard de certaines aflections intestinales. 14-2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 7^ VIBRION G. — Morphologie : petits vibrions virguliformes, très mobiles, très incurvés, peu colorables. Cultures en gélatine : accroissement rapide tout le long de la piqûre, avec production de la caractéristique bulle d'air superficielle. Cultures dans les solutions de gélatlne-peptone : formation rapide delà pellicule superficielle avec trouble très léger du liquide. Cultures sur gélose: accroissement rapide et abondant. Cultures sur pomme de terre : développement abondant et formation dune belle couche jaunâtre. Réaction indol-nitreuse : au bout de 2i heures, elle est d'un beau rose vif; au bout de 48 heures, elle apparaît, comme dans tous les autres vibrions, d'un rouge fuchsine très intense. Action pathogène sur les animaux: ce vibrion tue les cobayes en 12- •14 heures, à fa dose de 1/6 de culture sur gélose, de 24 heures. 11 se développe très tien dans t'exsudat péritoncal. à peu près comme les autres, et n'envahit jamais le courant sanguin. 11 n'est pas pathogène pour les pigeons. Cobaye H. 9/VIl. gr. 2So. Injection gastrique de .3 c. c. de la toxine de Ghinda + 3 c. c. de bicarbonate. 10/VlI. gr. 255. Même traitement. L'animal meurt le jour suivant; poids du cadavre : gr. 235. Autopsie: intestin çirêlc pâle, transparent, diarrhéique. à réaction alca- line. Le gros intestin est également pâle, peu distendu, mais plein d'un transsadat diarrhéique. Le contenu du premier est un liquide presque ver- dàtre, plein de cellules épithéliales desquamées : on en voit des lambeaux très étendus qui occupent parfois tout le champ du microscope; c'est un véritable amas de cellules cylindriques, la plupart encore bien conservées: un grand nombre de bactéries et aucune amibe. Le gros intestin apparaît, ainsi que d'ordinaire, comme le vrai paradis des amibes et des spirilles. On en voit de toutes formes et de toutes dimensions. Quelques spirilles sont très gros et doués d'un mouvement très lent; d'autres sont, au contraire, très minces, très mobiles, courts, arqués, en forme de virgule: d'autres, enfin, sont de longs spirilles doués d'un rapide mouvement spiral. Cultures: on ensemence 3 tubes du contenu du gros intestin et 3 tubes du contenu de l'intestin grêle. Le matin du jour suivant, dans les 3 tubes de l'intestin grêle, on observe une belle et mince pellicule, complète, constituée par des vibrions en culture pure. Des 3 tubes du gros intestin, deux seule- ment présentent un mince voile où se trouvent un grand nombre de vibrions. Au moyen des cultures plates en gélatine on isole le 8^ VIBRION II. — Morphologie : vibrions très mobiles, llexueux, minces, peu colorables, sans formes filamenteuses. Cultures en gélatine : développement caractéristique avec liquéfaction le long de la piqûre et production de la bulle d'air. Cultures dans la solution de gélatine-peptone : au bout de 12 heures, il VIBRIONS- INTESTINAUX ET CHOLERA. 143 s"est déjà formé une belle et résistante pellicule superficielle, sans trouble du liquide nutritif. Cultures sur gélose : développement habituel, rapide et abondant. Cultures sur pomme de terre : accroissement assez rapide avec formation d"une pellicule jaune brunâtre. Réaction indol-nltreuse : au bout de 24 heures, elle apparaît d'une couleur rouge framboise; au bout de 48 heures, elle est, comme toutes les autres, rouge fuchsine très intense. Action pathogène sur les animaux : ce vibrion tue les cobayes de moyenne grosseur, à la dose de 1/G de culture de 24 heures sur gélose, en 8-12 heures. Dans l'exsudat péritonéal, il se développe peu abondamment, prenant des formes filamenteuses très incurvées. Il ne passe jamais dans le sang circulant. Il n'est pas pathogène pour les pigeons. Cobaye I. I2/VI1. gr. o40. Injection gastrique de 3 c. c. de la toxine de Ghinda + 3 c. c. de bicarbonate. 14/ Vil. gr. 323. Inj. gastr. de I c. c. de tox. de Ghinda + 1 c. c. debic. IG/VIl. gr. 310. Inj. gast. de 3 c. c. de tox. de Ghinda + 3 c. c. de bic. L'animal meurt 4 heures après la dernière injection, avec diarAée. régurgitation fécale par la bouche, crampes et forte distension du ventre. Autopsie : Absence de liquide dans le péritoine; masses intestinales médiocrement injectées de sang. Intestin grêle, à réaction alcaline, forte- ment distendu par un transsudat diarrhéique d'aspect fécal ; gros intestin plein de gaz et d'un liquide diarrhéique semblable à celui de l'intestin grélo. à réaction alcaline. Le contenu de l'intestin grêle aussi bien que celui du gros intestin pré- sentent les mêmes caractères macroscopiques et microscopiques. Évidemment, dans ce cas. les forts, mouvements antipéristaltiques de fout le canal digestif ont déterminé le passage du contenu du gros intestin jusqu'à l'estomac, d'où s'est produite ensuite la régurgitation par la voie de l'œsophage. On y observe, comme d'ordinaire, une grande quantité d'élé- ments épithéliaux, d'amibes et de ribrious. Cultures: on ensemence divers tubes de solution de gélatine-peptone avec le contenu de l'estomac, de l'intestin grêle et du gros intestin. Le jour suivant, on observe une belle pellicule dans deux tubes de l'estomac, dans un tube de l'intestin grêle et dans un du gros intestin. Les cultures en surface sur gélatine mettent en évidence le 'je viBRio.N 1. — Morphologie : vibrions mobiles, plus courts, plus gros et plus incurvés que les précédents; ils sont peu colorables. Cultures en gélatine : développement et liquéfaction le long de la piqûre, avec formation de la bulle d'air superficielle. Cultures dans les sohilions do gélatine-peptone : au bout de 12 heures, il se forme une belle et résistante pellicule superficielle; le liquide sous-jacent n'apparaît presque pas trouble. Cultures sur gélose : habituel développement rapide et abondant. 144 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cultures sur pomme déterre: accroissement abondant et rapide sous forme d'une belle pellicule brunâtre. Réaction Indol-nitreuse : au bout de 24 heures, elle est d'une couleur rouge cerise; au bout de 48 heures, elle apparaît rouge fuchsine très intense. Action pathogène sur les animaux : ce vibrion tue les cobayes en 12- 14 heures, environ, à la dose de 1/4 de culture sur gélose de 24 heures. Dans l'exsudat péritonéal, il se multiplie abondamment sous forme de virgules incurvées; on y observe rarement des formes filamenteuses. Il ne passe jamais dans le courant sanguin. Il n'est pas pathogène pour les pigeons. Cobaye K. 18 VU. gr. 335. Injection gastrique de 3 c. c. de la toxine de Ghinda + 3 c. c. de bicarbonate. 19/VlI. gr. 320. Même traitement. L'animal meurt le lendemain de la dernière injection, présentant un fort météorisme abdominal. Autopsie : masses intestinales fortement injectées ; intestin grêle, efflanqué et distendu par une énorme quantité de transsudat dense et transparent, légèrement hémorragique. Le gros intestin est extraordinairement distendu par des gaz et du liquide; il est beaucoup plus volumineux que le gros intestin d'un lapin adulte. Le contenu de l'intestin grêle démontre la présence d'une énorme quan- tité de cellules épilhéliales, de leucocytes et de globules rouges, parmi lesquels on observe un grand nombre de microbes; le contenu du gros intestin présente la physionomie habituelle, qui a déjà été décrite dans les cas précédents; ici encore, on remarque une grande quantité d'amibes, de cibrions et d'éléments épithéliaux. Cultures : les tubes ensemencés avec le contenu instestinal démontrent, le jour suivant, la présence de diverses pellicules de vibrions. Les cultures plates en gélatine mettent en évidence le 10'' VIBRION K. — Morphologie : vibrions mobiles, courts, tout à fait identiques aux précédents, mais beaucoup moins colorables avecles moyens ordinaires de coloration. Cultures en gélatine : développement rapide avec liquéfaction tout le long de la piqûre, et production de la caractéristique bulle d'air super- ficielle. Cultures dans les solutions de gélatine-peptone : au bout de 12 heures, on observe, à la surface du liquide, une pellicule belle et résistante, tandis que le liquide sous-jacent se maintient encore très limpide. Cultures sur gélose : identiques aux précédentes. Cultures sur pomme de terre: développement un peu tardif sous forme d'une pellicule jaunâtre luisante, laquelle, avec le temps, devient d'un brun très intense. Réaction indol-nitreuse : au bout de 24 heures elle est d'un rouge fram- boise; au bout de 48 heures, elle apparaît d'un rouge bordeaux. VIBRIONS INTESTINAUX ET CHOLERA. \Ao Action pathogi'ne sur les animan.r : ce vibrion tue les cobayes de moyenne grosseur, en 10-12 heures, à la dose de 1/4 de culture de 24 heures sur gélose. Dans l'exsudat péritonéal. il se multiplie très peu abondamment, sous forme de bâtonnets, plus ou moins filamenteux et incurvés. Il ne passe jamais dans le sang et n'est pas pathogène pour les pigeons. Cobaije L. 2i/VIl, 10 h. m. Injection intraveineuse de 2 c. c. de la toxine de Paris filtrée. 24/VII, 1 1 h. m. Température rectale : 36", 7'; 5 h. s. : 35°, 2'. On n'observe aucun météorisme abdominal, mais une paraplégie générale. L'animal se maintient cependant assez bien et ne présente aucun des caractères que l'on observe à la suite de l'injection péritonéale de virus ou de toxine cholé- rique. On constate seulement une sensibilité abdominale exagérée. 24/VII, 7 h. s. Température rectale : 35°,6'; il h. s. : 35°.7'. Le lendemain matin on trouve le cobaye mort. Autopsio : L'aspect que présente l'abdomen est identique à celui qu'on observe dans l'intoxication ab ore avec la toxine cholérique de Ghinda. L'intestin grêle est dilaté, congestionné et rempli de transsudat diarrhéique; le gros intestin, énormément dilaté, présente, sur quelques points, de larges taches ecchymotiques, son contenu est diarrhéique. alcalin, brunâtre. Dans l'intestin grêle on trouve une grande quantité d'éléments épithéliaux des- quames; on observe jusqu'à d'entières villosités qui conservent encore la forme primitive; dans le gros intestin on remarque des amibes et les spirilles habituels. Les poumons sont fortement congestionnés; la rate apparaît petite, noirâtre et facilement friable. Dans la cavité pleurale existe du transsudat citrin. Cultures : les cultures du sang restent stériles, les cultures en solution de gélatine-peptone, du contenu intestinal, ne montrent la formation d'aucune pellicule; toutefois, dans quelques-unes d'entre elles, l'examen microscopique révélo la présence de vibrions. Les cultures plates en gélatine mettent, en effet, en évidence le 11« Vibrion L. — Morphologie : sur gélose apparaissent des vibrions très petits, très irréguliers, de diverses dimensions ; quelques-uns semblent des coccus, d'autres sont un peu plus longs, plus gros, et prennent l'aspect de bactéries ordinaires; les cultures semblent presque contaminées. Tous ces vibrions se colorent très faiblement; dans les solutions de gélatine-peptone, ils apparaissent un peu plus minces, mais toujours petits et irréguliers. Cultures en gélatine: développement très lent et mesquin le long de la piqûre, sans liquéfaction de la gélatine. Culture dans les solutions de gélatine-peptone : on obtient un développe- ment très lent, sans formation de pellicule; le liquide reste un peu troublé, même après plusieurs jours de permanence dans l'étuve à 37" ou à la tem- pérature du milieu. Cultures sur gélose : le développement est régulier et diffus, mais beaucoup plus restreint que pour les autres vibrions. 10 446 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Cultures sur pomme de terre : négatives. Réaction indol-nltreuse : elle fait défaut même au bout de plusieurs jours. Toutefois, le réactif de Griess (acide sulfaniiique + naplithylamino + acide acétique) révèle une grande quantité de nitrites. La réaction de Légal- Weyl (nitroprussiate de soude + hydrate sodique + acide acétique) révèle des traces minimes d'indol. Action pathogène sur les animaux : ce vibrion lue les cobayes en G heures, à la dose de 1 culture entière sur gélose de 24 heures; il tue en 2i heures à la dose de 1/2 culture. Les animaux présentent une péritonite exsudative très intense; l'exsudat est riche en vibrions, petits, trapus, peu incurvés, en forme de grosses virgules. Les cultures du sang restent stériles. Les pigeons sont réfractaires. Cobai/e M. ^ lO/VUI, gr. 330. Injection gastrique de 4 c. c. de la toxine de Paris (concentrée) + 3 c. c. de bicarbonate. 11/ VIII, gr. 370. Le même traitement. 12/\TII, gr. 3G0. L'animal apparaît très malade et se trouve en proie à une très forte diarrhée un peu hémorragique. 11 est assailli, à l'improviste, d'un violent accès de crampes et meurt. Autopsie : très légère injection des masses intestinales; l'intestin f/rêle est pâle, d'aspect cireux, mais énormément dilaté, aminci et plein d'un transsudat riziforme dense et séreux; le gros intestin, dont les plaques lym- phatiques apparaissent rougies et tuméfiées, est énormément dilaté et plein d'un liquide diarrhéique verdàtre. Le contenu de l'intestin grêle, composé d'un liquide transparent, de couleur citrine, riche en flocons muqueux, con- tient une grande quantité de virgules presque à l'état de culture pure. Dans les préparations colorées, elles apparaissent identiques à celles des déjections humaines ; elles sont très grosses et incurvées. Les cultures exécutées immédiatement, dans les solutions de gélatine- peptone, présentent, le jour suivant, une pellicule superficielle dont on isole, au moyen des cultures plates, le 12* Vibrion M. — Morphologie : vibrions très mobiles, un peu [dus gros que les précédents, mais très incurvés. Cultures en gélatine : développement à peu près identique à celui des autres vibrions. Cultures dans les solutions de gélatine-peptone : la pellicule superficielle apparaît déjà au bout de 12 heures; le liquide sous-jaccnt se trouble très légèrement. Cultures sur gélose : identiques au précédentes. Cultures sur pomme de terre: accroissement rapide et abondant sous forme d'une belle pellicule jaune brunâtre. Réaction indul-nitreusc : très faible au bout de 24 heures, mais très mar- quée au bout de 4S heures. Action pathogène sur les animauj' : ce vibrion tue les cobayes de 3-400 grammes à très petites doses, dont la limite minima n'a pas été bien VIBRIONS INTESTINAUX ET CHOLERA. 147 précisée. Un cobaye de 370 grammes mourut en 5 heures, à la suite d'une injection péritonéale de 1/i de culture sur gélose; un deuxième cobaye, de 200 grammes, mourut en S heures, après avoir reçu, dans le péritoine, 0,S c. c. d'une culture en solution de peptone de 24 heures; un troisième cobaye, de 305 grammes, mourut à peu près dans le même temps, après avoir reçu 0,2 c. c. de la même culture en bouillon. Dans ces cas, il ne passe jamais dans le sang, Il n'est pas pathogène pour les pigeons. in SIGNIFICATION BIOLOGKJLE DES VIBRIONS INTESTINAUX En étendanlces recherches à un plus grand nombre de cobayes et à d'autres animaux, on aurait certainement fait une moisson plus variée, plus riche et plus intéressante. Mais les 12 vibrions que je me suis borné à isoler suffisent à nous donner, au sujet du concept unitaire du bacille virgule et de la théorie actuelle sur l'étiologie du choléra, des notions toutes différentes de celles qui ont cours. Aucun bactériologiste ne pourrait sûrement différencier ces vibrions des vibrions des déjections cholériques, et je doute que dans aucun cas de choléra humain on ait vu un exsudât intes- tinal plus riche en virgules caractéristiques que celui du cobaye M, signalé plus haut, que je considère comme m'ayant présenté le cas le plus typique de mes recherches. Quant aux réactions ordinaires de ces microbes, elles sont tellement prononcées que ce sont les vibrions cholériques authentiques qui, à ce point de vue, semblent atypiques ou dégénérés. Des vibrions de diverses provenances que j'ai dans mon laboratoire et que j'ai bien étudiés, aucun n'a une action patho- gène aussi marquée que le vibrion A. Pas plus pour lui que pour les autres, je n'ai recherché la dose minima mortelle, ce qui eiU exigé une hécatombe d'animaux. Je me suis borné à étudier la rapidité avec laquelle la mort arrivait sous l'influence de propor- tions déterminées (1/2, l/i, 1/6) de cultures sur gélose. C'est le vibrion A qui, toutes choses égales d'ailleurs, est le plus rapide- ment mortel. De plus, au cours de quelques vaccinations sur les- quelles je reviendrai tout à l'heure, j'ai vu que ce vibrion A est plus toxique que le vibrion de Ghinda et môme celui de Ham- 148 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. bourg. Le vibrion C, au contraire, bien que très pathogène, est le moins toxique de ceux que j'ai étudiés, et on vaccine très facilement les cobayes contre lui. Mais ces microbes intestinaux ont surtout ceci de remarquable qu'ils donnent la réaction rouge avec une intensité supérieure à celle de tout autre vibrion cholérique. Très marquée au bout de 24 heures, cette réaction colore le liquide, au bout de 48 heures, avec une telle intensité qu'on pourrait le confondre avec une solution de fuchsine à 1 et 2 0/0. Ces vibrions produisent donc, dans les solutions de peptone, beaucoup d'indol, comme on peut le démontrer aussi avec la réaction de Légal- Weyl, et réduisent activement les nitrates, comme le montre le réactif de Griess. Tout en constatant que mes vibrions intestinaux l'emportent à ce point de vue sur les vibrions cholériques authentiques, il ne faut pas oublier que ce caractère est un peu flottant. Les vibrions de Rome et de Lisbonne ne donnent aucune réaction rouge ; celle des vibrions de Massouah est faible et difficile à mettre en évidence; d'autre part, la plus grande partie de mes vibrions hydriques, non pathogènes, en sont presque complètement privés. Cette réaction indol-nitreuse ne peut donc nullement servir à une diagnose différentielle. Les autres caractères de culture ne permettent pas non plus de séparer nos vibrions intestinaux des vibrions virgules : ils sont les mêmes dans leur ensemble, pour les uns et les autres : ainsi pour le pléomorphisme. Dans la solution de peptone, les vibrions isolés des déjections cholériques à Massouah, à Ham- bourg, à Lisbonne, à Rome, ne produisent pas tout de suite une pellicule superficielle. Il en est de même pour les vibrions intes- tinaux A, B, E, L; le vibrion E en donne une au bout de trois jours ; ceux de Massouah, de Hambourg et les vibrions A, B, L en donnent au bout de quatre jours, tandis que ceux de Lisbonne et de Rome n'en fournissent jamais. Cependant, après quelques passages par les animaux, le vibrion A donne une pellicule au bout de 12 heures, et de même pour les autres. Enfin, si nous passons à la morphologie, nous trouvons dans les vibrions cholériques authentiques des types plus variés que ceux de nos vibrions intestinaux. De sorte que, en résumé, il faut renoncer à la diagnose bactériologique du choléra telle qu'on la faisait autrefois. VIBRIONS INTESTINAUX ET CHOLÉRA. 149 Mais les recherches qui précèdent n'ont pas seulement pour effet de prouver qu'il n'y a aucun critérium différentiel entre les bacilles des épidémies et ceux de l'intestin : elles éclairent l'ori- gine des premiers, qui semblait si mystérieuse. Elles font plus, elles ouvrent la question de la valeur spécifique qu'on doit accorder à ces vibrions intestinaux dans la pathologie humaine. M. Metchnikolf a prouvé que les vibrions hydriques pouvaient devenir cholériques. S'ils sont les mêmes que les vibrions intes- tinaux, c'est en nous-mêmes, dans notre intestin ou celui des animaux domestiques, que nous devons rechercher l'origine des épidémies de choléra. Cette conclusion est en parfait accord avec l'étude de quel- ques épidémies récentes, celle de Paris en 1892. celle que M. Treille a décrite dans la province de Constantine'. Mais elle paraîtra suspecte aux partisans de l'origine exotique du choléra, qui récusent l'exemple d'autres microbes, hôtes habituels de notre organisme, capables poui'tant, dans des circonstances déter- minées, de développer de véritables épidémies de choléra-nostras, d'entérites infectieuses, de dysenterie, de pneumonie, etc. Les recherches de M. Metchnikolf sur la production d'un véritable choléra au moyen des vibrions hydriques sont venues développer dans une direction nouvelle les notions fournies dès 1887 par M. Ilueppe ', confirmées et élargies ensuite par MM. Macé et Simon '\ Lesage \ Macaigne % Gilbert et Girode \ sur l'étiologie des entérites infectieuses et du choléra-nostras. Ces recherches ont montré que le B. coli, hôte habituel et inoffensif de notre intestin, peut acquérir la virulence et la con- tagiosité à la suite des troubles les plus variés de l'appareil digestif. Dans le cas de M. Hueppe, c'était une absorption excessive de bière fraîche qui avait provoqué une véritable attaque de choléra à B. coll: dans le cas de MM. Gilbert et Girode, c'était une consommation d'eau de Seine, et ainsi de suite. Les lésions entériques qui donnent la virulence aux coli- i. Le C/io/i'iYi africain dans la province de Cnnstantine en 1893; Algei" 1894. 2. Berl. Klin. Wnchenschr., 1887, n'^ :'.9-iO. 3. Revue Générale de clinique et de fhérapeuti(/ue ; 1891 n» 4'J. 4. Société de Biologie, ']a.o.vier 1892. 0. Le B. coli commune, son rôle dans la pathologie, Paris, 1892, p. Su. ti. Cité par M. Macaigne, Le., p. 63. 150 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. bacilles ' ne semblent pourtant pas capables de réveiller l'activité pathogène des bacilles cholériques intestinaux. Dans un cas seulement, après une violente intoxication obtenue par injection intraveineuse de toxine cholérique, nous avons pu isoler d'un' cobaye, après 24 heures seulement de maladie, un vibrion (L) moins pathogène, il est vrai, que les autres, plus rapproché de l'état saprophytique. Pour que les désordres et les vibrions se rapprochent de ceux du vrai choléra, il faut, comme avec le cobaye M, déterminer, dans l'appareil digestif, un processus morbide d'une gravité exceptionnelle, par sa durée et par la nature des lésions anato- miques et fonctionnelles qu'il détermine. Dans d'autres cas, la manifestation de propriétés pathogènes de la part des vibrions intestinaux est également explicable, suivant les dernières découvertes de M. Metchnikoff, lequel a trouvé que, dans l'intestin des animaux il existe, normalement, des microbes susceptibles de favoriser activement le développe-- ment et la virulence des vibrions cholériques. Nous devons donc croire que la manifestation de propriétés pathogènes de la part des vibrions intestinaux normaux n'est possible qu'exceptionnellement, dans la nature, de même qu'elle n'a pu être qu'exceptionnellement mise en évidence dans les expériences de laboratoire et dans les cas cliniques rappelés plus haut. IV VACCINATIONS SPÊCIFIQUKS ENTRE LES DIVERS VIBRIONS Une fois démontrée l'impossibilité de différencier, d'une manière certaine, les vibrions hydriques des vibrions cholériques, se posait la question de savoir si les premiers pouvaient vacciner contre les seconds, et vice versa. Quelques expériences anciennes - m'avaient montré que la réciprocité vaccinale, par le péritoine, n'était pas constante non seulement entre vibrions hydriques et cholériques, mais même entre vibrions cholériques authentiques. Sur ces entrefaites, l'importance théorique de la vaccination cholérique, chez les cobayes, a beaucoup diminué depuis que les expériences de 1. Voir a ce sujet mon mémoire inséré dans ces Anna/es 4894, p. jVo. 2. Ces Annales, 1893, p. 729. VIBRIONS INTESTINAUX ET CHOLERA. 15i M. Klein', confirmées par celles de Sobernheim % Issaeff% Pfeifîer S ont montré que l'injection intrapéritonéale ou sous- cutanée de microbes divers pouvait rendre les cobayes très résis- tants contre l'injection intrapéritonéale d'une dose mortelle de vibrions cholériques. Nous reviendrons plus lard sur la signification des observa- tions de Klein. Pour le moment, nous avons à nous arrêter sur un mémoire où MM. Pfeiffer et Issaeff ^ indiquent le moyen de distinguer les vrais vibrions cholériques des faux. Ce moyen est le suivant : Le sang des animaux rendus réfractaires contre une espèce microbique déterminée donne un sérum doué de propriétés immunisantes contre ce microbe. En conséquence, le sérum d'un cobaye vacciné contre un vibrion cholérique authentique doit immuniser les cobayes contre tous les vibrions qui aspirent à être considérés comme cholérigènes, et lorsqu'un vibrion, quelle que soit sa provenance, ne répond pas à cette condition sme qua non, il doit être exclu du nombre des facteurs étiologiques du choléra. Il peut paraître surprenant devoir cette spécificité de Faction préventive surgir de nouveau, à propos du choléra, à un moment où saccumulent les travaux qui lui font perdre le rang qu'elle avait pu espérer occuper dans la science : ceux de MM. Cesaris- Demel et Orlandi % de M. Dunschman % de MM. Pfeitl'er et Issaeff "^ eux-mêmes, qui ont trouvé le sérum de cheval normal aussi préventif contre les vibrions cholériques que celui des animaux vaccinés contre le choléra ; à un moment enfin où M. Roux-* nous a révélé les actions qu'exercent sur le venin du serpent les sérums des animaux protégés contre le tétanos et contre la rage. La spécificité réciproque relative au choléra n'en eût pas moins constitué une découverte très précieuse si elle avait été réellement démontrée, sans restrictions et sans ambages. Je ne 1. Cpiilralbl.f. Bak/., 1893. p. i2&. "2. Hijgienischc Jiundschau, 1893, p. 22. 3. Zeitschr. f. Ilijy., 189i', p. 287. 4. ibidem, 1894, p. 35.'). ?;. Ibidem, 1894. li. Archicio p. l. Scienze Medicite, 1893, n" U. 7. Ces A /ma/es, 1894, p. :203. 8. L. c, p. 370. 9. Ces Annales, 1894. 152 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. m'arrêterai pas aux objections déjà faites à MM. Pfeiffer et Issaeff. En les entendant affirmer, par exemple, qu'on ne peut être sûr de la nature cholérigène d'un vibrion que lorsqu'on l'a retiré du contenu intestinal d'un cholérique, durant une épidémie étendue de choléra, je me demande s'il y aurait des vibrions déterminant des épidémies étendues et d'autres des épidémies restreintes ou des cas isolés. Jusqu'ici le degré de gravité ou d'extension d'une épidémie n'avait été rattaché qu'à des dififérences dans l'influence des circonstances extérieures (auxquelles il faut joindre, depuis M. Metchuikoll", celle des microbes antagonistes et favorisants), ou bien à des différences de virulence dans les vibrions. Cette dernière idée, que j'ai déjà explicitement énoncée dans une autre occasion, a été contestée par MM. Pfeiffer et Issaeff, mais elle a reçu une ample confirmation des faits. Aux épidémies bénignes de Paris, de Rome, de Lisbonne, correspondent autant de vibrions qui se distinguent de celui de la grave épidémie de Hambourg; le microbe de Massouah est devenu classique pour sa toxicité et sa morphologie, et M. Pasquale ', qui l'a découvert, dans un puits de Ghinda, près Massouah, l'avait considéré dès l'origine comme tout à fait distinct de celui de M. Koch. Au lieu d'accepter ces notions, MM. Pfeiffer et Issaeff, ayant trouvé que ce vibrion de Ghinda tue les cobayes traités préven- tivement par le sérum d'un animal immunisé contre le vibrion de Hambourg, lui dénient le caractère de vibrion cholérique. Ils en font de même pour l'autre vibrion dit de Massouah, isolé par M. Pasquale. Et pourtant, à l'aide du vibrion de Ghinda, fourni par moi, M. Metchnikoff a obtenu un choléra intestinal typique chez les animaux, et M. Fer mi a observé un cas de choléra très grave, suivi de guérison, chez un homme qui en avait ingéré spontanément une culture. M. Fermi publiera plus tard cette observation très caractéristique. Mais nous pouvons conclure tout de suite que le critérium de MM. Pfeiffer et Issaeff est en contradiction avec l'expérience, et qu'il y a des races diverses de vibrions cholériques inégalement virulents. MM. Pfeiffer et Issaeff avaient comparé tous les vibrions au vibrion de Hambourg, considéré comme typique, et c'était le sérum d'animaux vaccinés contre le vibrion de Hambourg qui i. Giorn. medico del li"^ esercito, Roma, 1S91. VIBRIOiNS INTESTINAUX ET CHOLERA. 153 leur servait à prononcer les admissions et exclusions. J'ai voulu étendre ces essais, et j'ai vacciné quelques séries de cobayes contre autant de races de vibrions de provenances variées. Puis j'ai essayé l'action préventive réciproque des divers sérums. Pour les vaccinations, j'ai employé les vibrions suivants : Vibriona iaolés des déjections cholériques. i° V. de Hambourg' ou de PfeifFer, fourni par M. Metchnikoff; 2" V. de Massouah, isolé par M. Pasquale, en 1890-1891; 3" Y. de Paris, trouvé par M. Netter, à Courbevoie, en 1892; i'^ Y. de Cassino, tiré des déjections d'un cholérique à Cas- sino, en 1893. Vibrions isolés des eaux. 0'^ Vibrion de Ghiuda, tiré par M. Pasquale des eaux d'un puits à Ghinda, et qui a fait le tour des laboratoires d'Europe, sous le nom de vibrion de Massouah. Il se développe en petites virgules minces, le plus souvent non filamenteuses, sur gélatine-peptone, gélose, là ou le V. de Massouah donne de longs filaments. Avec ce dernier, la pellicule paraît au bout de 3 ou 4 jours, tandis qu'elle se forme en 24 heures avec le V. de Ghinda. En outre, l'auréole de liquéfaction autour des colonies sur gélatine est transparente avec le Y. de Ghinda, trouble avec le Y. de Massouah ; 6° Y. de Yersailles, trouvé par moi en 1893, dans une fon- taine pubhque de Yersailles, et reconnu cholérigène pour l'homme par M. Metchnikoff. Vibrions intestinaux des cobayes. 7° Yibrion A, décrit plus haut, et trouvé dans l'intestin d'un cobaye à la suite d'une entérite toxique expérimentale. La période de vaccination a duré 3 mois, du commencement de juin au commencement de septembre. On inoculait à diverses reprises, sous la peau des cobayes jeunes (les vieux sont moins résistants aux toxines), des cultures en bouillon stérilisées à la 154 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. chaleur. Ensuite on injectait sous la peau des cultures vivantes. Ces injections sous-cutanées sont indiquées quand on veut donner au sang- des propriétés spécifiques, car elles permettent l'introduction de quantités de virus que n'aurait jamais sup- portées le péritoine. Lorsque les animaux avaient reçu 2 ou 3 fois du virus vivant sous la peau, je commençais à inoculer dans le péri- toine d'abord des cultures stérilisées, et ensuite, à plusieurs reprises, des cultures vivantes. C'est le sérum de ces animaux bien immunisés qui servait à procurer l'immunité aux cobayes contre les vibrions indiqués ci-dessus. On l'inoculait à la dose de 0,3 c, c, 0,5 c. c, 1 c. c. sous la peau d'autant de petits cobayes de 2 à 300 gramfties, auxquels, au bout de 24 heures, on injec- tait, dans le péritoine, la dose minima mortelle du vibrion contre lequel on voulait essayer la propriété immunisante du sérum. Cette dose minima. nécessaire pour tuer les cobayes en moins de 12 heures, fut différente pour les divers vibrions. Pour le vibrion de Hambourg-, elle était de 1/4 de c. c. de culture de 24 heures sur gélatine-peptone ; pour les vibrions de Massouah et de Ghinda, de 1/10 de culture de 24 heures sur gélose ; pour les vibrions de Paris, de Cassino et de Versailles, de 1/6 de la même culture de 24 heures sur gélose; pour le vibrion A, de 0,3 c. c. de la culture de 24 heures en solution de gélatine-peptone. Dans certains cas, comme on le verra dans les tableaux suivants, on a fait l'injection de sérums préventifs dans le péritoine en même temps que celle du virus. VIBRIONS INTESTINAUX ET CHOLÉRA. Série I. — Vibrion cholérique d' Hambourg . 155 PROVENANCE du No des POIDS du QUANTITE (lu s K It U H injedo. ENDROIT D.\TE de DOSE du RÉSULTATS s I-; )i r M iminiaux CORPS 1> I.NJECTIO.N l'im'ection V I R L- s Sérum de cobayes vaccinés contre le V. deHanib'iurr/. I 11 m IV 29(1 310 265 300 lJ,-i ce 0,5 — 1,0 — 0,5 — Sous la peau. Péritoine. 24 heures. .\vecle sérum. 1/4 ce. Survécu. Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de (ihiniia. I II m IV 3 II") 300 ■'HO 235 0,3 ce. 0,5 — 1,0 — 0.5 — Sous la peau. Péritoine. 24 heures. Avec le sérum. i/l ce Survécu. Sérum de cobayes' vaccinés contre le V. de Mnssouah. I II m IV 240 -'SO 3110 23Ô 0.3 ce 0,5 — 1,0 — 0.5 — Sous la peau. Péritoine. 2i heures. .Vvec le sérum. 1/1 ce Survécu. Sérum de cobayes' vaccinés contre le V. intestinal .1. I II m IV 310 2S0 245 360 0.3 ce 0.5 — 1.0 — 0,5 — Sous la peau. Péritoine. 21 heures. .\vec le sérum. 1 i ce Survécu. Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Ca.ssino. I 11 370 285 300 290 0,3 ce 0,5 — 1,0 — 0,5 — Sous la peau. Péritoine. 24 heures. .\vec le sérum. 14 ce Survécu. 1 Sérum de cobnyes^ vaccinés contre le V. de I'ari:< . j 1 II 111 350 240 285 0,3 ce. 0,5 — 1.0 — Sous la peau. 24 heures. 1 i ce Survécu. IV 300 0,5 — Péritoine. .\vec le sérum. - - Sérum de cobayes^ vaccinés contre le V. de Versailles. 1 I II m IV 285 370 305 290 0,3 ce 0,5 — 1,0 — 0,5 — Sous la peau. Péritoine. 24 heures. Avec le sérum. 1/4 ce Survécu. Sérum de cobayes \ 1 2sii 1,0 ce Sous la peau. 2i heures. 1/4 ce. .Mort en 12 h. neufs . 1 1 1 11 395 1,0 — Péritoine. Avec le sérum. Mort en 24 h. Série II. — Vibrion cholérùpie de Massouah. PROVENANCE No POIDS QUANTITÉ du SÉRUM E N D R OIT DATE DOSE du (les il II de du RESL'LT.VTS ^ it R r M aiumaux CORI'S iiijefté. l.'l.MtCTlllN v 1 11 Os I 280 0,3 ce. Sous la peau. .'f heures. l/IOdeciil. .Mortenl2h. Sérum de cobayes vaccinés contre le .«iii'ïi^Iose. 11 200 0,5 — — _ V. de Hdiiifiourii. 111 295 1,0 — _ — IV 300 0,5 — Péritoine. .A.vec le sérum. - Survécu. Sérum de cobayes' vaccinés contre le V. de Ghindix. I 11 111 270 0,3 ce 0.5 — 1,0 — Sous la peau. 21 heures. — .Mort en 12 h. IV .'90 0,5 — Péiitoinc. .Vvec le sérum. - Survécu. Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Massouah. 1 11 m IV 260 240 295 305 0,3 ce u,5 — 1,0 — 0,5 — Sous la peau. Péritoine. 2 i heures. Avec le sérum. - .Mort en 12 h. Survécu. 156 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. PROVENANCE du s t; p. V M Sérum de cobayes vaccinés contre le V. A. Sérum de cobayes l vaccinés contre le. V. de C a ai 110. \ Sérum de cobayes\ vaccinés contre le< V. de Paris. i Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Versailles. , I .Sérum de cobayes, neufs. ] No POIDS des du aDJmaux CORPS I 310 11 :!25 111 290 iV 340 1 300 II 280 111 235 IV 315 I 290 11 285 m 310 IV 300 1 350 II 335 m 290 IV 285 1 305 11 340 QUANTITE du s I^ B U M injecté 0,3 ce. 0,5 — 1,0 — 0,5 — 0,3 ce. 0,3 — 1,0 — 0,5 — 0,3 ce. 0,5 — 1,0 — 0,5 - 0,3 ce. 0,3 — 1,0 — 0,5 — 1,0 ce 1,0 — ENDROIT D l>JKCriON Sous la peau. Péritoine. Sous la peau. Péritoine. Sous la peau. Péritoine. Sous la peau. Péiiloine. Sous la peau. Péritoine. DATi: de l'infection 24 lieures. .\vec le sérum. 24 heures. Avec le sérum. 24 heures. Avec le sérum. 24 heures. Avec le sérum. 24 heures. Avec le sérum. DOSE du VIRUS 1/iÛdecul. surïélose. RESULTAT! MortenlSh. Survécu. Mort en 24 h. Survécu. Mort en 10 h. Morten24h. Survécu. Mort en 12 h. Survécu. Mort en 6 h. — oh. Série III. — Vibrion cholérique de Paris. PROVENANCE No POIDS QUANTITE du SÉ R OM injecté ENDROIT DATE DOSE du s K R D .M des animaux du CORPS ll"I^JEc:TlON de l'infection du VIRUS RESULTATS Sérum de cobayes 1 270 0,4 ce. Sous la peau. 24 heures. 1/6 démit. Survécu. vaccinés contre le surgéluse. v. de Hambourg. 11 295 0,5 — — — — — Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Ghiiida. I 11 340 280 0,3 ce 0,5 — Sous la peau. 24 heures. - Survécu. Sérum de cobayes 1 300 0,3 ce Sous la peau. . 24 heures. _ .Mort en 12 h. vaccinés contre le 11 290 0,3 — — — — — V. de Massouah. m 325 1,0 — Péritoine. Avec le sérum. — Survécu. Sérum de cobaye^ vaccinés contre It V. intestinal ,4. 1 11 380 325 0,3 ce 0,6 — Sous la peau. 24 heures. - Survécu. Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Cassino. 1 li 273 290 0,2 ce 0,5 — Sous la peau. 24 heures. - Survécu. Mort après 4 j. Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Paris. 1 II 340 310 0,4 ce 0,6 — Sous la peau. 24 heures. - Survécu. Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Versailles. 1 11 280 295 0,3 ce 0,6 — Sous la peau. 24 heures. - Survécu. Sérum de cobayes 1 310 0,3 ce Sous la peau. 24 heures. Mort en 10 h. neufs. 11 290 1.0 — Péritoine. .\vec le sérum. " VIBRIONS INTESTINAUX ET CHOLÉRA. Série. IV. — Vibrion cholérique de Cassino. 157 PROVENANCE du No des POIDS du QUANTITÉ du SÉRUM FNDROIT DATE de DOSE du RÉSULTATS s F R IJ M aiiiinaux CORPS injci-tii. r.'iNFECTION VIRUS Sérum fie cobayes 1 380 0,3 ce. Sous la peau. 24 heures. 1/6 de cuit. Survécu. vaccinés contre le siirsélosp. V. de Hamlioiirfi. II l'Oo 0,5 — - — — — Sérum de cobayes vaccinés contre le V. de Ghinda. 11 3. 10 i'60 0,3 ce 0,0 — Sous la peau. 24 heures. - Survécu. Miirt aprps 5 j. Sérum de cobayes vaccinés contre le/ V. de Massouah. II m IV 310 340 irimitif. J'ai dit plus haut qu'avec la toxine du V. Metchnikovi, je ne suis jamais parvenu à obtenir chez les cobayes une entérite cholérique analogue à celle que donnent les autres toxines vibrionniennes. L'animal ne subit aucun trouble apparent, sauf une légère diminution de poids, et, chose singulière, il peut résister cependant à l'ingestion de la toxine de Ghinda. C'est ce que montre l'expérience suivante : Exp. IV. — 2 cobayes reçoivent tous les jours l'ingestion gastrique do 4 c. c. de toxine du F. Metchnikori, dilués dans i c. c. sol. de bicarbonate. Dates 3, 4, 5. 6, 7, 8, 9, 40, 44, 42, 43 juin. Cobaye n" I 325 305 315 310 310 310 345 320 335 340 345 Cobaye n" 2 345 300 300 305 305 310 320 335 335 335 340 Le traitement reste suspendu 44 jours. Le 24 juin, on soumet les 2 cobayes en même temps que 2 témoins, à l'ingestion gastrique journalière de 3 c. c. de la toxine de Ghinda. Voici les pesées : — Cobaye n" 4. Cobaye n" 2. Cobaye témoin. Cobaye témoin. 24 425 390 445 440 25 410 375 380 410 26 410 ■ 360 355 375 27 410 360 Mort. Mort. 28 445 360 176 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ' Ce qui précède montre bien qu'on peut vacciner des animaux contre l'entérite cholérique. Mais le traitement préventif est long et délicat. J'ai cherché si on ne pouvait pas arriver plus vite et j'y ai réussi à l'aide de la toxine du V. de Ghinda. Elle détermine, comme nous savons, une entérite toxique rapidement mortelle, quand elle est introduite dansTestomac à la dose de 3 c. c, dilués dans un volume égal de solution de bicarbonate. Mais si on injecte ces 3 c. c. sans bicarbonate, ou 2 c. c. avec bicarbonate, les cobayes maigrissent rapidement et progressivement pendant plusieurs jours; mais, au bout de 20 à 30 jours, ils reprennent leur poids initial, et peuvent alors résister à l'ingestion gastrique de la dose mortelle, ainsi qu'en témoigne l'expérience suivante : Exp. Y. — Cobayes 1 et 2. Les 16 et 19 août, injection gastrique de 3 c. c. de toxine de Ghinda. dilués dans 3 c. c. d'eau. Les cobayes sont malades, présentent du météorisme et de la sensibilité abdominale, mais ils se réta- blissent au bout de 2i heures, bien qu'ils s'amaigrissent. Le 6 septembre, ils ont regagné leur poids primitif. On leur fait ingérer alors, de même qu'à deux cobayes témoins, 3 c. c. de toxine de Ghinda dilués dans 3 c. c. de bicarbonate. Les témoins meurent le jour même. Les autres sont un peu malades dans les heures qui ont suivi l'ingestion, mais sont rétablis le soir. Exp. VI. — Un cobaye reçoit le 17 août 2 c. c. de la toxine de Ghinda. dilués dans 3 c. c. de bicarbonate. Malaise, météorisme, sensibilité abdomi- nale. Le poids varie peu. Dates 17, 18, 19, 20, 21. 22, 23 août. Poids. 325 3lo 320 317 330 3.3o 340 Ce cobaye reçoit le 23 août, en même temps qu'un témoin, 3 c. c. .'5 de la toxine de Ghinda, dilués dans i c. c. de bicarbonate. Le cobaye témoin meurt en 10 heures d'une entérite cholérique; l'autre cobaye, après avoir présenté un peu de malaise, se rétablit le jour même, perd un peu de son poids les jours suivants, mais le 30 août, il était tout à fait réparé et rétabli. Ces expériences ne laissent aucun doute sur la possibilité de préserver les animaux contre une dose mortelle de toxine pro- duisant une entérite cholérique dont les analogies avec le choléra humain ne peuvent échapper à personne. IX RÉSUMÉ En revenant aux notions développées dans le courant du présent travail, nous voyons d'abord que, à côté des vibrions VIBRIONS liNTESïINAUX ET CHOLERA. 177 '; hydriques, il faut placer d'autres vibrions des intestins des animaux. Tous ces vibrions sont des vibrions cholériques, et ,' ceux des eaux ne sont ni des survivants des anciennes épidémies, ; ni des saprophytes vulgaires, ils proviennent sans doute de \ l'intestin des animaux et peut-être de l'homme lui-même. La méthode proposée par MM. PfeifFer et IssaefT pour dis- tinguer des pseudo-vibrions cholériques les vibrions cholériques authentiques, conduit à des conclusions paradoxales et n'est pas d'accord avec les faits. Tout au plus peut-on conclure, des essais auxquels elle a donné lieu, que dans l'espèce vibrion cholérique, il y a des variétés pouvant fournir des substances toxiques et vaccinantes d'activités différentes. Relativement à l'action de ces vibrions dans l'organisme, nous avons d'abord refusé le caractère d'une infection générale à l'affection péritoiiéale ordinaire des cobayes : c'est une péritonite sans caractère spécifique. L'interprétation est la même pour le processus morbide qui se développe dans le tube intestinal. Ici encore les vibrions ne détermineraient ni une infection, ni une intoxication générale; ils détruiraient seulement l'épithélium intestinal , rendant fraussudantes des parois absorbantes '. La cause de la mort par le choléra intestinal _ne_ doit donc pas être recherchée dans un empoisonnement du sang. Les toxines cholériques, même celles des vibrions les plus actifs, ne sont pas absorbées dans l'intestin quand l'épithélium est intact, et il n'y a plus d'absorption quand l'épithélium est tombé. Gomme l'a montré M. Metchnikoff, on ne peut obtenir l'immunité contre l'entérite cholérique ni en faisant acquérir au sérumdes propriétés préventives, ni en administrant par l'estomac des vibrions vivants. Il faut d'abord déterminer une entérite béni- gne qui, une fois guérie, peut protéger contre une entérite mortelle. Nous avons vu que cette accoutumance intestinale peut être réalisée au moyen des toxines. Comme le choléra humain n'est au fond qu'une entérite toxique, on peut prévoir la possibilité d'une méthode prophylactique basée sur l'accoutumance intes- tinale aux poisons cholériques. 1. La priorité de celte idée me semble revenir à M. Pacini, qui l'a émise en 1879. Voir : Del processo morboso del choiera asiatico, Firenze, 1879, p. 20. 12 178 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHE III 1. vibrion de Paris. — 2, vibrion de Cassino. — 3, vibrion de Ghinda. — A, vibrion de Massouah. — 5, vibrion de Hambourg. — 6. vibrion A. — 7, vibrion de Lisbonne. — 8, vibrion B. — 9, vibrion G. — 10, vibrion D. — II, vibrion E. — 12, vibrion F. — 13, vibrion G. — 14, vibrion H. — 15, vibrion I. — 16, vibrion K. — 17. vibrion L. — 18, vibrion M. PLANCHE IV I. Vibrion de Hambourg, culture de 24 heures sur gélose. -1. Vibrion de Cassino, — — 3. Vibrion de Ghinda, — — 4. Vibrion de Massouah. — — 5. Vibrion de Lisbonne, — — s;. Préparation provenant du gros intestin d'un cobaye mort d'entérite cholérique toxique. 7. Vibrion A, culture de 24 heures sur gélose. 8. Vibrion A, exsudât péritonéal d'un cobaye. 9. Vibrion B. culture de 24 heures sur gélose. 10. Vibrion B, exsudât péritonéal d'un cobaye. II. Vibrion C, — — \1. Vibrion L, non liquéfiant, culture de 24 heures sur gélose. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DU VIBRION SEPTIQUE Pau a. BESSON Médecin aide major adjoint au laboratoire de bactériologie du Yal-de-Qràce. PREMIER MEMOIRE ÉTIOLOGIE Le vibrion septique est le germe pathogène anacrobie le plus anciennement connu et étudié. Eu 1877, Pasteur fixait la mor- phologie et la biologie de ce microorganisme, en même temps qu'il décrivait, sous le nom de septicémie expérimentale aiguë, la maladie qui succède à son introduction dans le tissu cellulaire sous-cutané des animaux de laboratoire. Plus tard, MM. Cliau- veau et Arloing découvraient le vibrion de Pasteur dans la gan- grène gazeuse foudroyante des hôpitaux de Lyon, l'érysipèle bronzé de Velpeau. En 1887, enfin, MM. Roux et Gbambcrlaud réussissaient à vacciner des animaux contre le vibrion en leur injectant des cultures stérilisées par la chaleur; dans le même mémoire, ces savants montraient que les cultures stérilisées peuvent encore, à haute dose, provoquer la mort des animaux réceptifs: ils avaient découvert le poison septique. Après ces travaux, il peut sembler téméraire de vouloir ajouter quelque chose à l'histoire du vibrion septique. Il nous a cependant paru que certains points de Tétiologie de la septicé- mie gangreneuse étaient restés obscurs. Notre attention a été attirée par l'ancienne fréquence de cette maladie opposée à sa disparition presque complète à l'heure actuelle, malgré l'ubiquité du vibrion et la résistance de ses spores à nos agents antiseptiques. Les travaux de MM. Vaillard, Vincent et Rouget sur Fétiologie du tétanos', puis ceux de M. Metchnikoff sur l'étiologie du cho- léra ont donné une telle importance aux associations micro- biennes que l'on devait se demander si les faits auxquels nous 180 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. venons de faire allusion n'étaient, pas justiciables d'une explica- tion tirée de cette féconde conception. Utilisant la voie tracée par M. Yaillard et ses élèves, c'est en appliquant les méthodes de ces expérimentateurs que nous avons entrepris l'étude de la septicémie gangreneuse. Point n'est besoin, avant que d'aborder notre sujet, de rap- peler les caractères morphologiques et biologiques du vibrion septique; il n'y a rien à ajouter aux descriptions de Pasteur. Disons seulement qu'un grand nombre d'espèces animales sont réceptives pour le vibrion septique ; parmi lesanimauxde labora. toire, la souris, le cobaye, le lapin sont des plus sensibles. Davaine avait vu depuis longtemps qu'un millionième de goutte de sérosité septique suffît pour tuer un cobaye. Le chat présente aussi une grande réceptivité; le rat blanc vient ensuite, mais le rat d'égout est a peu près réfractaire : il ne meurt que sous Finfluence d'une très forte dose d'un virus très actif, après avoir présenté une grosse lésion locale purulente. Dans nos recherches, nous avons utilisé de préférence le cobaye et le lapin. Les passages successifs par le cobaye accroissent rapidement la virulence du microbe: à des dilutions très élevées, une trace de sérosité tue alors le cobaye et le lapin en moins de 8 heures. Avec ces virus exaltés, la lésion locale est très peu accentuée : à peine note-t-on un léger œdème limité au point d'inoculation. La sérosité de l'œdème ne renferme point de leucocytes, elle est très riche en vibrions ; jamais dans l'organisme vivant ces vibrions ne forment de spores; celles-ci, au contraire, appa- raissent quelques heures après la mort, et surtout quand on porte un peu de sérosité à l'étuve à 33'' à l'abri du contact de Fair. Les sporeiJ du vibrion septique sont douées d'une grande résistance vis-à-vis des ag-ents de destruction. MM. Chauveau et Ailoing ont montré que les antiseptiques usuels étaient sans action sur ces germes; seul l'acide sulfureux leur a semblé posséder quelques propriétés destructives. Les spores septiques, à l'état humide, supportent, sans perdre de leur vitalité, la tem- pérature de 80° pendant plusieurs heures, et résistent plus d'une demi-heure à 90". D'après San Felice, elles ne sont pas atteintes par une dessiccation prolongée pendant plusieurs mois ni par une exposition de cinquante heures à la lumière solaire. ETUDE DU VIBRION SEPTIQUE. 181 LE POISON SEPTIQUE Les poisons bactériens ont pris une telle place dans la patho- génie des maladies infectieuses que l'on ne peut omettre, dans un travail consacré à un microbe pathogène, l'étude de la toxine que ce microbe prépare : aussi, dès le début de ce mémoire, devons-nous nous préoccuper de la nature et des pro- priétés du poison septique. Dès 1887, MM. Roux et Chamberland ont étudié le poison que le vibrion septique produit dans les cultures et dans l'orga- nisme vivant. Après l'inoculation, le vibrion se multiplie et envahit rapidement la totalité de l'organisme envahi ; il ne faut donc pas s'attendre à ce que sa toxine ait la même activité que celle des microbes qui, comme les bacilles du tétanos et de la diphtérie, se cultivent uniquementaupointd'inoculation. Alors que les toxines de ces derniers microbes amènent la mort des petits animaux de laboratoire à des doses presque infinitési- males, le filtrat des cultures du vibrion septique ne produit une maladie mortelle, chez les mêmes animaux, qu'autant qu'on en injecte plusieurs centimètres cubes. A. Cultures filtrées. — Dans nos recherches, nous avons utilisé des cultures filtrées à la bougie Chamberland, et aussi, après semblable filtration, de la sérosité recueillie sur des ani- maux venant de succomber à la septicémie expérimentale aiguë. Pour les cultures, il faut choisir un milieu permettant au microbe de fabriquer la plus grande quantité possible de matière toxique. Les cultures en bouillon ordinaire conviennent mal : elles sont très peu actives, et, après filtration, tuent diffi- cilement le cobaye. Mieux vaut s'adresser à du bouillon de bœuf peptonisé à Sou 10 0/0 (peptone Chapoteaut) et fortement alcalinisé. Nous avons obtenu de meilleurs résultats encore en utilisant un mode de culture que nous a indiqué M. Roux. Dans un flacon de 1,200 à 1,500 c. c. de capacité, on met 500 grammes de viande de bœuf hachée et quelques centimètres cubes d'une solution de soude à 1 0/0; le flacon, bouché à l'ouate, est porté à l'autoclave à US*» C. pendant vingt minutes. Après refroidis- sement, on ensemence avec un peu de sérosité prise sur un 182 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. cobaye mort de septicémie. Au bouchon*de ouate, on substitue uu bouchon de caoutchouc stérilisé portant deux tubes dont l'un plonge dans le contenu du flacon, se recourbe à angle aigu et se termine par une extrémité effilée : il servira à décanter le liquide, après culture. L'autre tube s'arrête à la partie supérieure du flacon; à l'extérieur il est coudé à angle droit, renfernTe une bourre de ouale et porte un'étranglement près de son extrémité. C'est à ce dernier tube que l'on adapte la machine à vide. Le vide fait dans le flacon, le tube est fermé d'un trait de chalumeau, au niveau de l'étranglement, et le flacon est porté à l'étave à 37°. Au bout d'une vingtaine d'heures, de nombreuses bulles de gaz viennent crever à la surface de la bouillie pâteuse que contient le flacon, la viande prend une teinte rose vif caracté- ristique, et il tend à se former deux couches : dans un liquide trouble et rougeâtre, baigne une masse semi-solide, crevassée, irrégulière. Vers la fin du deuxième jour, il est utile de casser avec une pince l'extrémité du tube que l'on a fermé au chalu- meau : les gaz dégagés par la culture s'échappent immédiate- ment en sifflant, et une odeur infecte se répand dans la salle : ces gaz, formés en grande abondance et comprimés dans le flacon, gênent la culture et, faute de leur donner issue, on n'obtiendrait jamais qu'un produit peu toxique. Après leur éva- cuation, la culture se poursuit à l'abri de l'air, le flacon étant constamment rempli, à la pression atmosphérique, par l'acide carbonique et l'hydrogène dégagés par le développement de la bactérie. L'expérience a montré que le maximum de toxicité des cul- tures se rencontre vers le 6® jour, puis leur activité baisse rapi- dement : c'est donc à ce moment que le flacon sera retiré de l'étuve. La partie liquide est décantée, la partie solide est passée à la presse à viande et la sérosité obtenue est mêlée au produit de la décantation; le tout est filtré sur une bougie Chamberland. La toxine ainsi obtenue est beaucoup plus active que celle que préparaient MM. Roux et Chamberland. A la dose de 3 à 5 c. c. injectésdansle péritoine, des cobayes de 450 à 600 gratnmes présentent une affection passagère, dont tous les symptômes rappellent les phénomènes terminaux de la septicémie, mais qui guérit rapidement. Une dose inférieure à 2 c. c. ne donne lieu à aucune manifestation morbide. C'est ce que démontrent • ETUDE DU VlBiaON SEPTIQUE. !s3 les quelques expériences suivantes, choisies parmi les très nom- breuses que nous possédons. Exp. — Un cobaye inàle de 420 grammes reçoit, le 30 janvier 1894. un centimètre cube de filtrat, dans le péritoine. Rien à la suite. Exp. — Cobaye mâle. Poids 475 graiflmes. Reçoit, le 3 juin 1893, dans le péritoine, 3 c. c. de filtrat. Rapidement, la température rectale tombe de 390;5 à 370,0, puis à 33'', 5. L'animal se met en boule, son poil se liérisse. Le lendemain la température est redevenue normale, on constate un [leu d'œdème au point de pénétration de l'aiguille. Tout symptôme a disparu le 5 juin au matin. Exp. — Cobaye mâle. Poids 450 grammes. Reçoit le 31 janvier 1894, à 4 heures du soir, dans le péritoine, 4 c. c. de filtrat. Un quart d'heure après l'injection, la température est tombée de 39°, 3 à 3Go,5, et au bout de âheures, à 34°, 9. L'animal est immobile, son poil est hérissé, ses membres sont agités de fréquents soubresauts; il tient les yeux fermés. Bientôt il tombe sur le liane, présente un état comateux. 11 semble mourant à 7 heures du soir. Le lendemain matin on retrouve l'animal sur ses pattes, le poil est encore hérissé, la température rectale est de 36", 7. Cet état s'améliore progressivement, elle 3^ jour l'animal est en parfaite sanlé. Des doses analogues, ou plus considérables, injectées dans le tissu cellulaire sous-cutané, ont beaucoup moins d'influence sur l'état général, et ne font guère varier la température : mais, localement, elles produisent soit un œdème très marqué, soit une eschare. Expérience. — Cobaye. Poids 410 grammes. Le 3 juin 1893, reçoit sous la peau de l'abdomen 5 c. c. de filtrat; à la suite, aucun phénomène général ; apparition d'un œdème dur au point d'inoculation. Le soir, cet œdème s'étend à une large portion de la paroi thoraco-abdominale ; il persiste trente-six heures. Exp. — Cobaye. Poids 460 grammes. Le 20 mai 1893, reçoit sous la peau de l'abdomen 4 c. c. de filtrat. Rapidement se produit un œdème volumineux ; 'animal se met en boule, son poil se hérisse, sa température baisse de deux degrés. Le lendemain, l'état général est redevenu normal; l'œdème ne disparait qu'au troisième jour. Exp. — Cobaye. Poids 460 grammes. Le 20 mai 1893, reçoit sous la peau de l'abdomen 4 c. c. de filtrat. Pas de phénomènes généraux. Le soir appa- rition d'un œdème qui s'étend à toute la paroi abdominale et persiste jusqu'au lendemain soir. Exp. — Cobaye, Poids 3.30 grammes. Le 3 juin 1893, reçoit sous la peau de l'abdomen 5 c. c. de filtrat. Aucun accident le jour même. Le lendemain, induration, rougeur de la région; le troisième jour se dessine une zone de mortification qui aboutit à l'élimination d'une large eschare. Guërison. Exp. — Cobaye. Poids 420 grammes. Le 30 mai 1893, reçoit sous la peau 184 ANNALES DE L INSTITUT PASTEUÎl. de l'abdomen, 5 c. c. de filtrat. Dès le lendemain formation d'une eschare de retendue d'une pièce de deux francs. Élimination. Guérison. Dans aucun des cas où nous avons noté de l'œdème (33 expé- riences), l'examen microscopique d'une gouttelette de la sérosité, prélevée purement, n'a décelé la présence d'un vibrion. Ce liquide d'œdème, à l'œil nu, paraissait transparent^ un peu rosé, et, au microscope, l'on y rencontrait d'assez nombreux globules roug-es; les leucocytes y étaient très rares : leur proportion, par rapport aux globules rouges, était à peu près la même que dans le sang. Les ensemencements sont toujours restés stériles. Quand on injecte, à un cobaye ou à un lapin, de petites doses plusieurs fois répétées du produit de filtration d'une culture en viande, on observe une véritable intoxication chronique ; nous aurons plus tard l'occasion de dire qu'il est à peu près impossible de vacciner les animaux par ce procédé. Exp. — Cobaye. Poids 460 grammes. Reçoit, du 3 au 20 juin 1893, tous les trois jours, une dose de 2 à 4 c. c. Dès la troisième inoculation, il perd l'appétit, son poil se hérisse, il commence à maigrir. Le 20 juin, on est forcé de suspendre les inoculations; l'animal meurt quelques jours après en pleine cachexie. Exp. — Cobaye. Poids 475 grammes. Du 3 juin au 19. juillet 1893, reçoit 38 c. c. de filtrat, en doses fractionnées, répétées tous les quatre jours. La santé reste bonne jusqu'au 12 juillet; à ce moment, l'animal devient triste, maigrit, son poil se hérisse; les inoculations sont suspendues jusqu'au 25 juillet : à cette époque, l'animal est redevenu vif, son poids est de 470 grammes, son poil est luisant; on recommence les inoculations, mais dès la deuxième (3 centinjètres cubes) les symptômes morbides réapparaissent, et l'animal meurt de cachexie le 20 août. L'injection iutrapérilonéale de doses comprises entre 5 et 10 c. c. tue rapidement des cobayes de 300 à 400 grammes. Exp. — Cobaye. Poids 325 grammes. Reçoit dans le péritoine 6 c. c. de filtrat. En une heure, la température tombe de 39° à 34*'. Le cobaye se met en boule, son poil se hérisse; surviennent des mouvements convulsifs, du coma; le lendemain matin l'animal est mort dans sa cage (6 mai 1893). Exp. — Cobaye. Poids 305 grammes. Le 15 juin, à 7 heures du soir, reçoit dans le péritoine 7 c. c. de filtrat. Le lendemain matin l'animal est dans le coma; des convulsions fréquentes agitent ses membres, la tempé- rature rectale est de 33°, 1 ; la mort survient au milieu de la journée. L'addition de solution iodée semble modifier très peu les propriétés de la toxine septique. La chaleur a plus d'action : le ETUDE rJU VIBRION SEPTIQUE. 185 chauffag-e des cultures à 80" et 100° diminue notablement l'aclfvité du poison, qui devient ainsi susceptible d'être toléré à dès doses beaucoup plus fortes. Le vieillissement de la toxine à la température de 33°, à la lumière diffuse, en altère rapidement les propriétés. Il n'en est pas de même du vieillissement en vase clos, à l'abri de l'air et de la lumière, à la température du labo- ratoire : dans ces conditions le poison conserve toute son activité. Exp. — Un filtrai, tuant un cobaye de 325 grammes à la dose de 6 c. c. injectes dans le péritoine, est conservé pendant un an, en tubes scellés, dans une armoire obscure. Le 10 juillet 1894, un cobaye de 295 grammes reçoit dans le péritoine 6 c. c. de ce filtrat âgé d'un an : bientôt l'animal se met en boule, sa température baisse, il tombe dans le coma et meurt dix heures après l'inoculation. Dans tous les cas où la mort succède à une injection intra- péritonéale de toxine, on trouve, à l'autopsie, Tintestin conges- tionné, le péritoine rouge hortensia, et il existe un peu de sérosité stérile dans la cavité péritonéale. B. Sérosité filtrée. — Le produit obtenu en filtrant de la sérosité d'œdème de cobayes et de lapins récemment morts de septicémie s'est montré beaucoup moins actif que la toxine fournie par les cultures en viande. Injectée à la dose de 2 à iO c. c. dans le péritoine de cobayes de 280 à 330 grammes, celle sérosité filtrée a toujours été inoffensive. Chez le cobaye de 300 grammes environ, on obtient une maladie plus ou moins grave, mais aboutissant toujours à la guérison avec une dose de 13 à 20 c. c. La mort n'a été obtenue qu'après injection intrapéritonéale de 30 à 40 c. c. Propriétés chimiotaxiques. — La toxine du vibrion septique possède des propriétés chimiotaxiques négatives. Suivant un procédé classique, des tubes capillaires sont emplis de toxine préparée en bouillon peptonisé; puis, avec un léger trait de chalumeau on les ferme à une extrémité : on obtient ainsi do petits tubes, longs de 2 à 3 centimètres, pleins de toxine et ouverts à un seul bout. Ces tubes sont introduits, au moyen de très petites incisions, sous la peau de lapins et de cobayes; au bout de 8, 10 et 20 heures on les enlève et examine leur contenu. Tandis que des tubes témoins, renfermant un peu du bouillon qui a servi à la culture, et introduits en même temps sous la 180 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. peau, contienrienL à ce momciil un liquide louche, très riche ou leucocytes, le contenu des tubes de toxine est resté limpide et l'examen microscopique n'y décèle aucun leucocyte. Ce n'est fjuo' pour des durées d'inclusion de 24 à 30 heures que ces derniers tubes peuvent présenter des leucocytes, soit qu'au contact prolongé des tissus vivanls les propriétés du poison aient subi des modifications, soit quo la toxine ait diffusé et ait été remplacée par de la lymphe. Le chauffage à 85'^ pendant deux à trois heures, qui, comme nous l'avons dit, altère le poison septicjue, modifie absolument ses propriétés cHimiotaxiques : de négatives elles deviennent positives, et les tubes insérés sous la peau des lapins et des cobayes ne lardent pas à se remplir de leucocytes. II ■* K l'état dk pureté, les spores du vibrion septiqle ne se développent PAS DANS LES TISSUS VIVANTS ET SAINS Pour vérifier l'hypothèse que nous avons émise dès le début de ce travail, le premier point à démontrer est que la spore du vibrion septique, telle qu'elle existe dans la terre, n'est pas en état de se développer dans les tissus vivants et sains quand elle y pénètre à l'état de pureté. Il fallait pour cela nous procurer des spores pures. Dans les cultures, les germes existent à côté delà toxine ; or nous avons vu que celte dernière s'altère quand on l'expose pendant plusieurs heures à la température de 80°; au contraire les spores résistentdans ces conditions. Tel est le procédé auquel nous avons eu le plus souvent l'ecours : une culture âgée de 15 à 20 jours est enfermée dans un petit tube de verre fermé aux deux bouts, le tube est maintenu au bain-marie pendant trois heures à 80"; une petite portion de cette culture chauffée est alors prélevée et ensemencée avec les précautions ordinaires : tou- jours cet ensemencement donne lieu à une culture virulente. Une autre méthode, employée par MM. Vaillard et Vincent dans leurs recherches sur le tétanos, consiste à laver les spores pendant plusieurs jours sur un culot de filtre Ghamberland ; la toxine est entraînée par l'eau et les spores restent sur le filtre; ETUDE DU VIBRION SEPTIQUE. 187 il faut que le lavage soit prolongé, car il est très difficile do débarrasser ainsi les gernaes de la totalité de leur toxine. Enfin l'expérience nous a appris que, dans les cultures de vibrion septique abandonnées plusieurs mois à l'étuve^ à 35°, la toxine finit par disparaître : on se trouve alors en présence de spores pures. Dans toutes nos expériences, nous avons utilisé des cultures très abondantes et très virulentes préparées avec de la sérosité recueillie sur des cobayes récemment morts de septicémie, et mêlée à sou volume de bouillon de bœuf peptonisé. Les spores pures, obtenues par l'un des précédants procédés, ont pu être injectées en très grande quantité à des cobayes et à des lapins sans déterminer aucun accident chez ces animaux. Trente-cinq cobayes et quatre lapins ont reçu, sans incon- vénient, des millions de ces spores dans le tissu cellulaire sous- cutané. Dans beaucoup de ces expériences on a recherché, par des numérations en gélatine, quel était, approximativement, le nombre des spor^'s contenues dans la quantité de culture inoculée. Dins tous les cas, les cultures chauffées ont été injectées sous la peau à des doses variant de 0,1 à 0,8 c. c. Quand on a utilisé pour l'inoculation des spores privées de toxine par le lavage, ces germes, recueillis purement sur le filtre, ont été délayés dans une quantité d'eau égale au volume primitif de la culture. Pour fixer les idées, nous reproduisons ici les résultats de quelques-unes de nos expériences. ExPÉKiiîXCE III. — Cobavo. Poids ^W grammes. 20 mars 1893. Reçoit sous la peau de rabdomen 0,1 c. c. de culture chauffée. Aucun accident consécutif. Exp. V. — Cobaye. Poids 460 grammes. 4 avril 1893. Ileçoit0,3c. c. de culture chauffée. Aucun accident consécutif. Exp. IX. — Cobaye. Poids 360 grammes. 25 avril 1893. Reçoit 0,0 c. c. de culture chauffée. Aucun accident consécutif. fixp. XI. — Cobaye. Poids 460 grammes. Le 25 avril 1893, reçoit 0,7 c c. d'une culture chauffée. Aucun accident consécutif. Exp. XV. — Cobaye. Poids (iiO grammes. Le 8 juin 1893, reçoit 0,2 r. c. d'une culture chauffée. Aucun accident consécutif. Exp. XVII. — Cobaye. Poids 510 grammes. Le 8 juin 1893, reçoit 0,4 c. c. de spores lavées (ramenées tiu volume delà culture). Aucun accidenta la suite. 188 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUK. Exp. XXI. — Cobaye. Poids 550 grammes. Le 48 octobre 1893, reçoit 0.2 c. c. d'une culture chauffée, soil environ 2.207.900 spores. Aucun accident à la suite, Exp.*XX[I. — Cobaye. Poids 780 grammes. Le 20 octobre 1893, reçoH: 0,5c. c. d'une culture chauffée, soit environ 5.000,000 de spores. Aucun accident consécutif. Exp. XXIV. — Lapin. Reçoit, le 18 novembre 1893. 1.2 c. c. d'une culture chauffée, soit à i)eu près 14.760,000 spores. Aucun accident consécutif. Exp. XXVIII. — Cobaye. Poids 530 grammes. Reçoit, le 31 octobre 1893, 0,6 c. c. d'une culture chauffée, soit approximativement 3,407.040 spores. Aucun accident à la suite. Exp. XXIX. — Cobaye. Poids 500 grammes. Reçoit, le 31 octobre, 0,5c. c. d'une culture chauffée, soit 2,839,000 spores. Rien à la suite. Exp. .X\I. — Cobaye. Poids 665 grammes. Reçoit, le 8 novembre 1893, 1 c. c. d'une culture chauffée, soit 5.678.000 spores. Aucun accident consé- cutif. Exp. X.XXIX. — Lapin. Reçoit, le 24 novembre 1893, 1 c. c. d'une culture chauffée, soit 12,357,600 spores. Aucun accident consécutif. Exp. LVIII. — Cobaye. Poids 530 grammes. Reçoit, le 2 février 1894. 0,5 ce. d'une culture chauffée, soit 1,450,000 spores. Rien dans la suite. E.xp. LXII. — Cobaye. Poids 630 grammes. Reçoit, le 40 août 4894, sous la peau de l'abdomen, 0,8c. c. d'une culture vieille de trois mois et conservée à l'étuve à 35». Aucun accident à la suite. Exp. LXVIII. — Cobaye. Poids 3G5 grammes. Reçoit, le 29 août 1894, sous la peau de l'abdomen, 0,2 c. c. d'une culture conservée 10 semaines à l'étuve à 35». Aucun accident consécutif. Exp. LXX. — Lapin de 6 niois. Reçoit, le 4 septembre 1894, souslapeau de l'abdomen. 1 c. c. d'une culture «conservée 10 semaines à l'étuve à 35°. Aucun accident consécutif. Nous arrêterons là celte énumératioii d'expériences : il est surabondamment démontré que l'inoculation de spores pures en quantités énormes (jusqu'à 5,000,000 poiirlecobaye et 14,000,000 pour le lapin) n'a entraîné aucune maladie chez ces animaux. C'est là un point définitivement acquis : dans les conditions où nousnous sommes placés, les spores pures ne germent point dans les tissus sains. Reste à établir le mécanisme de ce phénomène. Mais, avant tout, il importe de bien remarquer que, si, dans les expériences précédentes, Tinjection sous-cutanée des spores n'a pas provoqué la septicémie, la cause n'en est point que l'activité pathogène de ces spores fut amoindrie : il suffit en eiîet d'ajouter un peu d'acide lactiipie à une trace de nos cultures chauffées pour provoquer, à coup sûr, une affection mortelle chez les cobayes et les lapins inoculés. ETUDE DU VIBRION SEPTIQUE. 189 III POURQUOI LES SPORES DU VIBR.'O.N SEPTIOUE NE GERMENT PAS QUAND ELLES SONT LNJEGTÉES PURES DANS UN TISSU SAIN. — ROLE DE LA PHAGOCYTOSE Dans les expériences précédeiiles, quand on injecte, sous la peau de l'abdoraeii d'un cobaye, une dose de 0,1 c. c. à 0,8 c. c. d'une culture chauffée de vibrion septique, il se produit rapide- ment, au lieu d'inoculation, une lét^ère tuméfaction du tissu conjonctif. Cette tuméfaction se limite bientôt et aboutit, vers la 30*^ heure, h la formation d'une petite nodosité de consistance ferme. A l'incision, cette nodosité se montre constituée par une masse blanc jaunâtre entièrement formée de leucocytes polynu- cléaires. En faisant, à divers moments, à l'aide d'une pipette effilée, des ponctions dans ces foyers, on retire un peu d'un liquide épais. L'examen de ce liquide par la méthode générale de coloration des spores (coloration à la fuchsine de Ziehl, déco- loration du fond par l'acide nitrique étendu, recoloralion par le bleu de méthylène aqueux) permet de se rendre un compte exact du phénomène qui aboutit à la destruction des germes. Vers la 24** heure, les leucocytes sont très abondants au lieu d'inoculation; la plupart d'entre eux renferment des spores bien colorables parla fuchsine de Ziehl; un certain nombre de leuco- cytes contiennent 2 ou 3 spores, quelques-uns seulement en renferment 5 à 8. En dehors des leucocytes, on voit un très petit nombre de spores libres ; il est probable que ces spores ont été englobées, mais que les manipulations ont détruit quelques phagocytes et mis en liberté les germes qu'ils contenaient. Ce que nous savons de la biologie du vibrion rend inadmissible que des spores aient pu rester libres 24 heures dans les tissus du cobaye sans germer. Jamais on ne rencontre de bacilles. Vers la 30^ ou 36- heure, le nombre des spores contenues dans les leucocytes diminue notablement; beaucoup 3'entre elles se colorent mal, les autres ont complètement disparu, mais sont remplacées, à l'intérieur des noyaux, par des vacuoles ne prenant aucune coloration, et qui sont les derniers vestiges de la digestion des germes. Ces vacuoles seules se retrouvent après 3 el 4 jours : il est exceptionnel de rencontrer alors des spores colorables à l'intérieur des leucocytes; ce n'est que vers le 6« 190 ANNALES DE L'LNSiîTUT PASTEyR. ou S*" jour que les vacuoles elles- mûmes disparaissent; le leuco- cyte devient granuleux, son noyau se colore irrégulièrement. La nodosité persiste pendant 10 à 12 jours, puis elle se résorbe et disparaît complètement. A l'inoculatiou des spores pures succède donc un afflux de cellules phagocytaires; les spores du vibrion septique, comme celles du tétanos, sont rapidement ingérées, puis détruites par les leucocytes. Il est cependant possible de provoquer la mort des animaux d'expérience à l'aide des spores pures du vibrion septique. Le pouvoir protecteur des phagocytes n'est pas indéfini ; on conçoit que. si l'on injecte une dose de spores telle que les leucocytes soient débordés, ne puissent suffire à l'englobement des germes, la septicémie doive se déclarer. Cette limite de la résistance 'cellulaire est d'autant plus facile* à atteindre que les spores du vibrion germent rapidement dans les tissus; pour que la septi- cémie ne se manifeste pas, il importe que leur immobilisation par les phagocytes ait lieu dans les premières heures qui suivent l'inoculation; passé ce temps, les spores ont germé, les bacilles ontcommencé à élaborer leur toxine négativement chimiotaxique, la route est fermée aux cellules amœboïdcs ; la septicémie est fatale. On ne peut prévoir, a priori, quelle dose exacte de spores pourra être inoculée sans danger : il y a là une affaire de récep- tivité individuelle variable d'espèce à espèce, d'animal à animal. Le lapin résiste à des doses fatalement mortelles pour le cobaye. Cependant, pour une même espèce, la faculté de résistan'ce semble être, jusqu'à un certain point, fonction du poids de l'ani- mal. Un cobaye de GOOgrammes, par exemple, supporte 0,8 c. c. d'une culture chauffée, alors que 0,6 c. c. de la même culture tue sûrement un cobaye de 225 grammes. L'état de santé de l'animal semble également jouer un rôle important da'iis l'aptitude à la résistance; plusieurs fois des cobayes atteints d'affections diverses furent inoculés avec des spores chauffées, et, presque toujours, des doses minimes de ces spores, inofTensives pour des cobayes sains de même poids, les tuèrent en peu d'heures. Il semble que, dans ce cas, l'activité phagocytaire ait été diminuée du fait de la maladie préexis- tante. hlUDE DU VIBRION SEPTIQUE. lUI IV LES SPORES GERMENT ET PROVOQUENT LA SEPTICÉMIE QUAND ELLES SONT PROTÉGÉES CONTRE LES PHAGOCYTES L'examen de la lésion consécutive à l'inoculation de spores pures dans le tissu cellulaire du cobaye et du lapin nous a permis de reconnaître que la germination de ces spores est empê- chée par les phagocytes ; nous aurons fourni de ce fait une nouvelle preuve plus concluante encore si nous établissons que, protégées contre les cellules amœboïdes, les spores peuvent se développer et infecter l'organisme animal. Les substances chimiotaxiques négatives, jouissant de la propriété d'empêcher l'émigration leucocytaire, soustraient à l'action des éléments cellulaires les germes inoculés en même temps qu'elles. Une des plus actives de ces substances est l'acide lactique : un cobaye qui supporte sans accidents deux ou trois millions de spores septiques pures succombe infailliblement à l'inoculation d'une centaine de ces mêmes germes si on a eu préalablement le soin de les délayer dans un peu d'eau contenant une goutte d'acide lactique. Nous avons dit plus haut que la toxine septique jouit de propriétés chimiotaxiques négatives ; il suffit d'ajouter un à deux centimètres cubes de cette toxine à une faible quantité de spores pour amener, en quelques heures, la mort du cobaye inoculé. Dans ces cas, l'exsudat leucocytaire est nul ; peu après l'ino- culation apparaît un œdème crépitant; le tissu conjonctif est infiltré par un liquide clair dépourvu d'éléments ligures amœ- boïdes; la culture se généralise et l'animal ne tarde pas à suc- comber. Après l'inoculation de spores additionnées d'acide lactique, l'œdème est toujours très marqué, la peau est distendue, l'épiderme se desquame, le derme mis à nu prend une teinte livide et laisse suinter un liquide sérosanguinolent d'odeur putride; la ressemblance est très grande avec la gangrène gazeuse de l'homme. A l'autopsie, les muscles sous-jacents sont dissociés, infiltrés de sérosité, les cartilages articulaires sont souvent décollés, l'os mis à nu. Les procédés mécaniques de protection contre les phagocytes 192 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. utilisés par MM. Yaillard et Rouget dans leurs recherches sur l'étiolog-ie du tétanos, peuvent être employés avec succès pour permettre aux spores pures du vibrion seplique de se développer dans l'organisme. On obtient en particulier une expérience 1res démonstrative en s'adressant à la méthode utilisée par ces savants pour réfuter les objections que Roncali avait opposées à leurs travaux. On taille purement, dans un morceau de gélose peptonisée stérilisée, un petit cube de 0°, 005 de côté; avec uue aiguille chauffée on creuse ce cube d'une petite cavité qui reçoit une très fme gouttelette (moins de 100 spores) d'une culture de vibrion préalablement chauffée deux heures à 80% puis, avec une goutte de gélose fondue, on obture le petit orilice. Le cube ainsi préparé est placé, avec la plus grande pureté, sous la peau de l'aine d'un cobaye, et l'on suture la petite plaie résultant de l'opération. Un cobaye témoin, de même poids, reçoit, le même jour, une dose de 0,4 à 0,5 ce. (800,000 à 1,200.000 spores) de la même culture, et reste sain les jours suivants. Le cobaye qui a reçu le cube, au contraire, meurt sûrement le 3^ ou le 4^ jour après l'inoculation, avec tous les symptômes de la septicémie. Une dose minime de spores suffit dans ce cas pour infecter l'animal, la mort, il est vrai, n'arri- vant qu'au bout de plusieurs jours; l'œdème n'app;iraît jamais avant quarante-huit heures, et l'animal ne succombe que le 3'- jour, au plus tôt. L'examen du cube de gélose, pratiqué immédiatement après la mort, donne l'explication de ces faits. Au centre des parties œdématiées, on trouve le cube entouré par une membrane épaisse, blanchâtre, assez résistante, et unique- ment constituée par des leucocytes polynucléaires ; les arêtes du cube sont émoussées; ses couches les plus superficielles renfer- ment de nombreux leucocytes, mais, dès qu'on atteint une pro- fondeur de un millimètre à un millimètre et demi, les leucocytes deviennent rares : ils font absolument défaut au centre. Jamais on n'observe trace de phagocytose dans ces cellules. Au centre du cube, toutes les spores ont germé et sont remplacées par de nombreux vibrions. Ces vibrions ont traversé les parois du cube, oh on les retrouve en abondance, et ont fini i)ar atteindre le tissu cellulaire où ils ont pu se développer, l'émigration leu- cocytaire ayant été rapidement arrêtée par la diifusion de la ETUDE DU VfBRION SEPTIOUE. 193 toxine produite par la culture à l'intérieur du cube. La longueur relative de l'incubation de la maladie est due à la durée de la culture, latente pour ainsi dire, dans le cube : les premiers symptômes n'apparaissent qu'au moment ovi les vibrions et leurs produits atteignent le tissu cellulaire. Une expérience de contrôle vérifie les faits énoncés : deux cubes avec spores sont préparés d'une façon identique et inoculés à deux cobayes semblables; l'inoculation terminée, un cobaye est gardé comme témoin; chez l'autre, on écrase le cube en le serrant entre les doigts, sous la peau de l'animal. Le cobaye témoin meurt de septicémie, le cobaye au cube écrasé reste indemne. En mêlant des spores pures avec une certaine quantité de sable fin, on protège, dans une certaine limite, les spores contre les phagocytes; on peut ainsi obtenir la mort avec de petites quantités de spores. Un centimètre cube d'une culture chaulîée, renfermant approximativement 2,900,000 spores, est mélangé à 8 grammes de sable fin stérilisé ; il suffit d'une quantité du mélange ayant le volume d'une tête d'épingle pour tuer un fort cobaye; or cette quantité correspond à un très petit nombre de germes. Que, dans cette expérience, il s'agisse bien d'une protection toute mécanique des spores parles grains de sable, c'est ce que prouve la contre-épreuve suivante. Un cobaye reçoit, en un point du tissu cellulaire sous-cutané de la paroi abdo- minale, gros comme une tête d'épingle du mélange de sable et de spores; il meurt le lendemain. En même temps que celui-là, un cobaye de même poids a reçu une quantité double du même mélange, mais cette quantité a été répartie en six points différents du tissu cellulaire sous-cutané de l'animal : ce cobaye ne prend pas la septicémie. L'explication de ce fait est simple : les leucocytes qui n'ont pu réussir à englober, en un point de l'organisme, une certaine quantité de spores mêlées de grains de sable, ont la tâche rendue plus aisée par le seul fait que la masse à englober est répartie en différents points ; son action ainsi divisée, la fonction phagocytaire s'exerce au moyen d'un nombre beaucoup plus grand de cellules amœboïdes, chaque foyer d'inoculation provoquant autour de lui un exsudât leucocytaire qui a facilement raison d'une quantité minime du corps étranger à détruire. 13 ♦Ui ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Par toutes ces expériences, nos conclusions du précédent chapitre se trouvent confirmées : les leucocytes polynucléaires englobent les spores inoculées à l'état pur et préservent l'or^ga- nisme ; entrave-t-on la fonction phagocytaire, les spores ger- ment et la septicémie éclate. V CONDITIONS DE I.'lNFECTION NATURELLE A. Les microbes favorisants. Une parcelle de terre de jardin, inoculée à un cobaye, lui * donnC;, à peu près à coup sûr, une septicémie mortelle: nous avons en notre possession une terre dont l'iiToculation d'une quantité égale au volume d'une tête d"épingie ordinaire tue fala- lement le cobaye. Or, un pareil volume de la même terre chauffée 2 heures à 80° est sans action pathogène sur le même animal; nous avons dit précédemment que du sable additionné d'une grande quantité de spores était inoffensif à cette dose. Il y a donc dans la terre de jardin un agent qui favorise le développement des spores; or, d'après ce que nous avons établi, un tel facteur ne peut intervenir quà la condition d'agir sur la fonction phagocytaire, et, après les recherches de MM. Vaillard, Vincent et Rouget sur i'étiologie du tétanos, on doit penser, a liriori, à attribuer cette action favorisante à des associations microbiennes. Pour vérifier cette hypothèse, nous nous sommes d'abord adressé aux bactéries qui avaient, dans les travaux des auteurs précédents, favorisé la germination des spores téta- niques en tissus sains, et nous avons inoculé, à des cobayes, comparativement des spores septiques pures et des mélanges de spores et des microbes favorisants du tétanos. Aucun de nos animaux n'a succombé; une petite nodosité se produisait après l'inoculation, la phagocytose s'y montrait très active, elles germes inoculés disparaissaient bientôt. Les microbes favorisants du tétanos écartés, il restait à déterminer si un rôle analogue vis-à- vis du vibrion septique était dévolu à d'autres bactéries. Pour cela, nous avons entrepris systématiquement l'étude des microbes qui se trouvent dans la terre à côté des spores septiques. Un "cobaye reçoit une petite parcelle de terre et meurt de septicémie au bout de 22 heures; à l'autopsie, on trouve, au point dinocu- . KTUDL I)V VIBRION SEPTIQUE. 195 latipn, les grains de terre environnés d'une très petite quantité d^uij pus épais. Une trace de ce pus est ensemencée dans une fiole de Vivien contenant une très faible couche de bouillon; la fiole est portée à l'éluve : le développement, dans ces conditions, se fait au contact de l'air; le vibrion ne peut se cultiver; seules les bactéries aérobies se multiplient, le liquide se trouble, prend une teinte verdâtre et dég-age une odeur putride. Le 3® jour on réensemence une petite g^outtelette de la culture dans une nou- velle iiole de Vivien; on fait ainsi 4 à 5 passages consécutifs. Le dernier passage terminé, on injecte un demi-centimètre cube de la culture sous Iti peau de l'abdomen d'un cobaye; l'animal ne prend pas la septicémie, mais il se forme, au lieu d'inoculation, un abcès volumineux. Une gouttelette du pus de cet abcès est ensemencée en bouillon, une autre sert à faire des isolements en boîte de Pétri. Au bout de 4 à o jours, de nom- breuses colonies apparaissent sur la gélatine des boîtes; ces colonies sont de quatre sortes : certaines, de couleur blanche, liquéfient la gélatine et sont constituées par un gros bacille à bouts arrondis; d'autres sont formées par un lin bacille, assez analogue au bacille fluorescent liquéfiant, et communiquant aux cultures une odeur putride et une coloration verdâtre; d'autres encore sont formées par un coccus blanc; les dernières enfin par un coccus rouge produisant de la tiiméthylamine. En dehors des spores septiques, la terre en expérience ren- fermait donc quatre bactéries qui ont résisté au passage par l'orga- nisme animal; c'est parmi elles que nous devons rechercher l'existence de microbes favorisauLs. Injectons à un cobaye une trace de spores septiques pures et quelques dixièmes de centimètre cube de la culture totale en bouillon de nos quatre bactéries de la terre, l'animal prend la septicémie et meurt au bout de 24 heures. Un cobaye témoin résiste au contraire à l'inoculation dune dose dix fois plus con- sidérable de spores pures. De même, une trace de terre chauffée 2 heures à 80'\, donne la septicémie au cobaye à la condition qu'on rfnocule avec un peu de la même culture en bouillon. Il est inutile de dire que cette culture des microbes favorisants, inoculée à plusieurs cobayes, ne leur a jamais donné la septicémie. La terre de jardin renfermant des bactéries capables de favo- riser le développement des spores septiques, nous avons 196 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. recherché si ce rôle favorisant est l'apanage de quel(jues-unes seulement, ou de la totalité des espèces que nous avions isolées. Le coccus rouge et le coccus blanc se sont monUés très actifs ; il suffit d'injecter, avec un petit nombre de spores, quelques dixièaies de centimètre cube de leur culture pure en bouillon, pour communiquer au cobaye une septicémie rapide: il en a été de même du bacille à culture verdâtre; cependant nous avons constaté que les propriétés favorisantes de cette dernière bactérie disparaissaient assez vite dans les cultures en milieux artificiels : après un mois de culture le bacille est devenu tout à fait inactif. Le bacille à bouts arrondis n'a jamais favorisé le développement de la septicémie. L'existence de microbes favorisants démontrée dans la terre, nous avons recherché si différentes bactéries prises dans les milieux extérieurs, les plaies suppurées, etc., pouvaient jouer un rôle analogue. Le micnicoccas prodigiosus s'est révélé favorisant très actif; ses cultures, même à très faibles doses et après stérilisation à 100°, injectées avec une trace de spores septiques, ont déter- miné le développement de la septicémie et la mort des animaux (cobayes et lapins). Le staphylocoque doré jouit aussi de propriétés favorisantes, mais à la condition qu'il soit utilisé peu de temps après son passage par l'organisme vivant ; tandis qu'un staphylocoque récemment isolé du pus d'un furoncle s'est montré très active- ment favorisant, nous avons échoué en nous servant de cultures entretenues pendant plusieurs mois au laboratoire. Un diplocoque rencontré dans le pus d'un abcès spontané, chez un lapin, a aussi, à la dose de 0,3 à 0,5 c. c, favorisé le développement des spores septiques chez le cobaye et le lapin. Dans les milieux extérieurs, il existe donc des bactéries dont la présence est nécessaire pour la germination des spores dans les tissus sains : grâce à ces associations microbiennes, les quelques germes contenus dans un fragment de terre échappent à l'action destructive des phagocytes., et infectent à coup sûr l'organisme vivant. Ces microbes associés sont beaucoup moins résistants que les spores septiques aux différents agents de des- truction; un léger chauffage, le contact des solutions antisepti- ques usuelles les tuent facilement. On conçoit dès lors qu'après ETUDE DU VIBRION SEPTIQUE. 197 souillure d'une plaie par un agent contenant les spores du vibrion, un pansement antiseptique mette le patienta l'abri de la gangrène gazeuse : les microbes dont l'association est nécessaire à la germi- nation des spores sont mis dans l'impossibilité de se développer, et celles-ci, abandonnées à elles-mêmes, sont facilement englo- bées et digérées par les cellules amœboïdes. Ainsi s'explique la disparition presque absolue de la gangrène gazeuse foudroyante devant les méthodes antiseptiques. Les plaies souillées pfir la terre et principalement les plaies de guerre sont fatalement mises au contact de spores sepliques, si répandues dans la nature : l'antisepsie chirurgicale, qui n'a aucune action immé- diate sur ces germes, détruit les bactéries favorisantes, et livre les spores sans défense aux phagocytes prolecteurs. B. Le traumatisme. Si grand que soit le rôle des associations microbiennes dans Téliulogie de la septicémie gangreneuse, il ne faut pas oublier la part qui revient à la nature du traumatismi', aux caractères physiques de la plaie. Les faits établis par MM. Vaillard et Rouget, à propos de l'éliologie du tétanos, montrent quelle est l'importance de l'influence de ces facteurs sur la phagocytose; nous ne pouvions les négliger dans l'étude de la septicémie. 'Plaies profondes. — MM. Chauveau et Arloing ont montré que le vibrion septique ne se développe que dans les plaies profon- des ; ce fait trouve son explication dans la biologie du vibrion septique: anaérobie strict, le germe ne se cultive qu'en l'absence absolue du contact de l'air. Reprenant sur le cobaye et le lapin les expériences de MM. Chauveau et Arloing, nous n'avons jamais pu infecter des animaux porteurs de plaies superficielles, d'excisions de la peau faites d'un coup de ciseau, par exemple. Après les recherches de Novy, qui vient de démontrer (Zeitsch. f. Bygienc; 1894; T.XVfl; p. 209.) qu'une espèce particulière de vibrion septique se développe sur la gélose inclinée à la condition d'être ensemencée en même temps que d'autres microbes, tels que le Proteus rulgaris, le Micrococcus prodigiosiis, nous devions rechercher, si, associé à des microbes favorisants, le vibrion de la septicémie gangreneuse ne pouvait infecter des plaies superficielles. Des cobayes et des lapins, après de larges 498 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. excisions faites sur la peau du dos, reçurent dans la plaie de fortes doses de cultures de vibrion septique en même temps que les différents microbes reconnus favorisants : jamais la septicémie ne s'est déclarée chez ces animaux. La profondeur de la plaie est donc une condition essentielle pour le développement de la septicémie gangreneuse. Nécrose des tissus. — Les spores du vibrion septique, comme celles du tétanos, rencontrent dans les tissus mortifiés des condi- tions favorables à leur culture. Après injection d'une trace de spores pures sous une eschare obtenue par cautérisation de la peau à l'aide d'un agitateur de verre porté au rouge, le cobaye et le lapin prennent la septicémie et meurent au bout de 20 à 30 heures. C'est la confirmation de l'expérience du bistour- nage de MM. Chauveau et Arloing. Une violente contusion, amenant un épanchement sanguin, favorise aussi le développement des spores, mais il est néces- saire que cette contusion amène la mortification des tissus: encore cette expérience ne réussit-elle que chez le cobaye; dans 1 DIAGNOSTIC de de LE SI 1 1 L ^^ l'ai ICH'SIK L ' 1 .N T K S I 1 > Al-ni-.s LA MORT A l'aIIIULSIE Erysipéle gangro- 39 h. ap. la mort. U) h. — Aucune lésion. Pas de diarrhée. Inject. intestinale. Diarrhée. Streptoc. l'ijogen. Coi/etbacill.liquéf. B. Col,-. Insuffisance car- diaque Tubercul.puImoD. f;s h. — Entérite tubercul. Diarrhée notable. ( 1 n. Cnli. lubercul.pulmon. 2(i h. — Ulcère tuberculeux. Pas de diarrhée. B. Culi. 202 A-NNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. III. — Observations où les cultures de la rate ont donné des résul- tats différents an moment de Vautopsie et immédiatement après la mort, le résultat étant pos-it if dans les delix cas. DIAGNOSTIC Myocardile. Stase Septico-pyémie.. . Insuffisance mi- traie Néphrite clironi- que E T A T de !.' 1 N TF s r I X Rion à noter. Injection. Stase. Rien <'i notei'. -M .M £ N T de l'aotopsie 34 h. ap. la mort. 18 h. — U h. — 17 h. — RESULTAT ■M'IlÈS LA MOUr B. Coli et stapht/f. pyofj. B. Ciili rares, stiiphyl. nombreux. B. Cûli et stdpJvjl. B. Coli el stiipivil. RESULTAT L AUTOP-ilE B. Coli. B. i'oli nombreux, Slupliyl. rares. B. CoU. B. Culi. IV. — Observation oit B. coli a été décelé seulement dans lesang du cœur. DIAGNOSTIC A N A r .J M 1 Q U E MOMENT I) E i.'adtopsie ÉT.\T DE L'INTESTIN RENSEIGNEMENTS CLINIQUES luberrul. pulmonaire.. 9 heures après la mort. Ulcères tuberculeux. Diarrhée notable. V. — Ohsercalions oii leB. coli a été décelé seulement dans le corps thyroïde (dans sept autres cas il était constaté dans le corps thyroïde en même temps que dans la rate. j DIAGNOSTir, A >■ A 1 O \! ! y IJ E MOMENT JE L AUTOI'SIE KTAT DE L'INTESTIN RENSEIGNEMENTS CLINIQUES Pneumonie tranche ., . 3S h. après la moi t. Rien à noter. Insufûsance mitrale . Pas de diarriiée. YI. — Observations oii le B. coli n'a été décelé dans aucun organe. D I A G N S T 1 G A N A T O M I Q u E Tuberculose pulnnon.. . Carcinome de l'estomac. Syphilis cérébrale Hémorragie intestinale. Carcinome de l'estomac MOMENT DE L ' A I T O !■ -i 1 L 18 h. l'i h. 20 h. 23 h. l'o h. iprès la niorf. Tubercul. pulmon 2+ h. Choléra asiatique 17 h. ET.\T DE L'INTESTIN Ulcères tuberculeux. Rien à noter. Pi>iloiiite séro- tibrineuse. Rien à noter. Lésions cholériques. RENSEIGNEMENTS CLINIQUES Diarrhée . Forte diarrhée prolongée Pas de diarrhée. Diarrhée continue intense. pas de diarrhée. Choléra algide. Rinionjue. — Dans cinq de ces sept observations la Lullure du corps thyroïde n'a pas été fait»;. PENETRATION DES xMICROBES INTESTINAUX. 203 La première conclusion qui se dégage de noire étude est «îue nous avons constaté dans il cas (tableau I), immédiatement 'après la mort, la présence du b. coli dans la rate. La seule inter- prétation rationnelle, c'est qu'il y a été amené par la circulation pendant la vie. Si nous étudions comparativement les cultures de la rate, faites au moment de la mort et les cultures faites à l'autopsie, nous constatons que dans quatre observations seulement, le h. coli a été trouvé dans la rate à l'autopsie, alors qu'au moment de la mort les cultures ne l'avaient pas décelé. Il semble tout naturel d'expliquer ce fait en admettant un envahissement po^i mortem. Nous repoussons cette explication. Tout d'abord on peut se demander a iirioil pourquoi, si l'en- vahissement est cadavérique, il ne s'etfectue pas chez tous les cadavres autopsiés dans les mêmes délais ou plus tard encore. Ensuite, si le b. coli franchit les barrières intestinales seulement après la mort, il doit se propager de proche en proche, ou bien suivre les voies lymphatique ou sanguine. Or, dans des recherches analogues, Malvoz ' ne l'a rencontré ni dans le liquide péritonéal, ni dans les veines mésentériques. ni dans les ganglions. Déplus nous n'avons nullement besoin de l'hypothèse d'un envahissement cadavérique pour expliquer les résultats consi- gnés dans le tableau II. En effet, si nous étudions bactériologi- quement la rate au moment de la mort et au moment de l'au- topsie, nous rencontrons des différences considérables : a) A Kautopsie les bouillons se peuplent toujours plus rapi- dement et plus énergiquement qu'au moment de la mort. b) Sept fois sur onze cas positifs, nous observons ce fait vrai- ment étrange que l'ensemencement direct en gélatine restait stérile au moment de la mort, alors qu'à l'autopsie il se montrait fertile. (Disons en passant que sans la culture en bouillons, nous aurions conclu à l'absence de //. coli dans ces cas). c) Quatre fois au moment de la mort, nous constatons une association du b. coli et de stapluilococciis. ©ta l'autopsie le //. coli est presque seul constaté (tableau III). En résumé, il apparaît que dans les heures qui séparent la mort du moment de l'autopsie, il se fait une multiplication des bacilles du groupe coli existant dans la rate au moment de la 1. Mai.voz, loco cilatu. 204 ANNALES DE LINSTITUT PASTEUR. mort. Cette multiplicatioa (associée peut-être à une vitalité indi- "viduelle plus grande) peut être assez considérable pour assurera ces bacilles la prédominance exclusive au bout d'an certain' temps, alors qu'au moment de la mort on les trouvait associés à d'autres espèces. On admettra parfaitement dès lors que l'on décèle le b. coli an moment de l'autopsie, alors qu'au moment de la mort on ne l'avaitpas trouvé, sans qu'il soit besoin de recourir àl'hypothèse d'un envahissement post mortem. Disons aussi dès maintenantque cesontsurtoutnosrecherches expérimentales qui ont déterminé notre manière de voir sur cette question. Si nous recherchons maintenant les causes déterminantes de l'envahissement pendant la vie, nous -voyons que cet envahisse- ment n'est nullement lié à la présence de maladies à localisation intestinale. Dans plus de la moitié de nos cas positifs, l'examen macroscopique ne révélait l'existence d'aucune lésion, et pendant la maladie on n'avait observé aucun trouble fonctionnel de l'in- testin. D'autre part, plusieurs fois l'autopsie montrait l'existence de lésions notables, d'ulcérations tuberculeuses, par exemple, la diarrhée avait été forte et prolongée, et nos cultures restaient stériles. Evidemment, il est possible que les conditions détermi- nantes de l'envahissement se rencontrent au maximum dans les entérilesprimitives (choléra nostras. infantile. . . ) : nous ne contes- tons pas cela, mais nous insistons seulement sur ce fait que ces conditions se rencontrent aussi en dehors de ces affeotions. Quelle est la fréquence de V envahissement? Nous avons constaté la présence du b. coli de suite après la mort dans 11 cas sur 2.j. Si l'on admet, comme nous le croyons, que l'envahissement constaté à l'autopsie s'est effectué aussi pendant la vie, nous devons ajouter les observations dans lesquelles les cultures de la rate ont poussé seulement à l'au- topsie. Naturellement nous devons aussi tenir compte des obser- vations où nous avons décelé le b. coli, non dans la rate, mais dans le sang du cœur ou la pulpe du corps thyroïde. Nous arri- vons ainsi à une proportion de 20 cas positifs sur 27 cas exa- minés. Mais il convient de faire remarquer que dans les 7 cas négatifs, l'examen n'a porté dans o cas que sur la rate exclusi- vement. Peut-être, si le corps thyroïde ou d'autres organes PENETRATION DES ^JlCiiOBES INTESTINAUX. 205 profonds avaient été examinés, le nombre des cas négatifs aurait-il encore été réduit! Nious sommes ainsi conduit à nous demander si renvahissement de la circulation générale par les microbes intestinaux n'est pas un phénomène en quelque sorte banal, se rencontrant dans la grande majorité des cas de mort naturelle, s'efïecLuant à un moment plus ou moins rapproché ou éloigné de la mort, et intervenant, à un titre quelconque, dans la terminaison fatale. Les cultures du sang des gros vaisseaux et du cœur ont été fréquemment stériles. — Le fait a été souvent signalé. Les cultures du corps thyroïde nous fournissent des résultats intéressants. Sur 11 cas, nous avons trouvé le b. coli î) fois, et 2 fois nous ne l'avions pas constaté dans la rate. Il n'y a là rien qui doive étonner ; le corps thyroïde est un organe richement vascularisé, et on sait que les travaux modernes lui attribuent un rôle important dans la défense de l'organisme contre les agents morbides (Abelous) '. A la suite de ces considérations, nous nous croyons autorisé à poser les conclusions suivantes: 1° L'envahissement de la circulation générale et des organes profonds par les microbes intestinaux se réalise chez beaucoup de malades avant la mort ; 2'5 II n'existe pas une corrélation étroite entre cet envahisse- ment et l'existence d'affections intestinales ; 3" Il est probable que les microbes que l'on trouve dans les organes profonds, lors des autopsies pratiquées dans les délais habituels, y ont été amenés pendant la vie pai' la circulation (peut-être y aurait-il lieu de faire des réserves pour les périodes de forte chaleur) : 4° Le corps thyroïde parait être, au même titre que la rate, le foie, la moelle osseuse, un organe de dépôt pour les microbes en circulation dans le sang. II. Recherches expkuimentales. Dans les expériences qui suivent, il s'agit d'animaux (des lapins pour la plupart) qni ont été soumis à l'action d'irritants de l'intestin variés, de manière à amener leur mort en un espace de temps déterminé. 1. Abelols, Ilevue géiu.'fa/e (/es sciences pures et app/v/irces, l-'J uiai 1893. -20r> ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Après un certain délai, variable suivant les cas, les animaux * ont été autopsiés: le sang- du cœur et)» de la veine porte, la puJpe du foie et de la rate ont été ensemencés dans de nombreux bouil- lons; les bouillons ont été portés à l'étuve à 31''. S'ils se trou- blaient, on déterminait ultérieurement les espèces par cultures sur les milieux habituels. < l. Trois lapins normaux, en pleine santé, sont sacrifiés brusque- ment. Les cultures des viscères profonds restent indéliniment stériles. V lî. Nous avons tenu à contrôler sommairement les e et 17 jours après l'infection. Sur les chiens vaccinés, deux résistent ; le 3^ meurt de rage le 21^ jour après l'infection. 2*^ Expérience. — Deux chiens et deux lapins de contrôle reçoivent par trépanation du virus des' rues. Les chiens subissent ensuite le même traite- ment que ceux de la première expérience. Les deux lapins meurent 25 et 27 jours après la trépanation ; l'un des deux chiens meurt rabique 30 jours après l'infection ; l'autre chien était mort le 2"« jour, sans symptômes rabiques. 3* ExPERiEXCE. — Le 15 mars 1893, trois chiens reçoivent le même trai- tement que ceux de la première expérience ; trois autres reçoivent, pendant deux périodes successives de 4 jours, o, 10, 15, 20 c. c. d'(''mu]sion chauffée à 80»; puis, après un repos d'un jour, et pendant 5 jours, 10 c. c. de la même émulsion. Le 30 mars, tous ces chiens, et un chien et deux lapins de contrôle, sont inoculés, dans la chambre antérieure de l'œil, par le virus des rues. Les animaux de contrôle meurent de 18 à 21 jours après l'infection. Trois des chiens vaccinés meurent rabiques, dont un de la première série et, deux de la seconde. Les trois autres restent bien portants. i" ExpÉRiEXCE. — Onze chiens sont injectés, le 20 décembre 1893, par du virus des rues dans la chambre antérieure de l'œil. Neuf d'entre eux reçoivent en 15 jours les doses suivantes d'émulsion chauffée : 5, 10, 15. 20, 10, 15. 20, 10. 15. 10. 10. 10, 10, 10 c. c. Les deux autres l'estent comme* chiens de contrôle. Ces derniers meurent du 23^ au 24« jour après l'infection. Parmi les autres, cinq meurent de 25 à 28 jours après l'infection, quatre restent bien portants. Les émulsions chauffées à 80" sont donc impuissantes à vac- ciner sûrement les chiens contre la rage; mais comme leur bon efl'et n'est pas douteux, après les expériences qui précèdent, nous les avons fait entrer peu à peu comme adjuvants du traitement' de M. Pasteur, et nous les substituons maintenant au bouilloii danslequel sont émulsionnées les moelles. Voici quelques chid'res donnant une idée des résultats de cette pratique : Du 6 août 1891 au l(i juillet i81K^, on s'est contenté d'injecter 10 c. c. d'émulsion chauffée dans le cas de morsures graves faites par des loups. Il y a eu une mort survenant plus de I.j jours après le traitement, sur 2i4 traités, soit 0,41 0/0. — Du 13 juil- let 1893 au 24 novembre 1893, on a préparé avec de l'émulsion chauffée toutes les moelles à partir de celle de 4 jours. Morta- lité 0, sur 47 traités. — Du 25 novembre 1893 jusqu'à aujourd'hui. 2d2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. toutes les moelles étant préparées avec l'émulsion chauiïée, il y a eu J69 traités, n'ayant fourni aucune mort. Il faut attendre que cette statistique porte sur un plus grand nombre de cas pour en tirer une conclusion solide. Oji voit pour- tant dès à présent que cette introduction de Témulsion chauffée dans le traitement amène de bons résultats, puisque, sur 215 cas, la mortalité a été nulle. II. Essais de vaccination avec des émulsions de virus fixe GHAIFFÉES A DIVERSES TEMPÉRATURES. Les résultats obtenus avec l'émulsion chauîTée à 80° nous ont fait penser à étudier les propriétés virulentes d'une échelle d'émulsions chauffées à diverses températures, dans l'espoir d'en tirer un nouveau système de vaccination. Voici le résumé des recherches que nous avons faites dans cette direction : i™ Expérience. — Le 19 février 1894, le cerveau d'un lapin mort de rage à virus fixe est émulsionné dans 100 c. c. d'eau stérilisée, et l'émulsion est parta